Sur la balkanisation de la République démocratique du Congo

Par Le Potentiel

DR. BAJIKA BONSO (CP)

Le samedi 23 janvier 2010, dans une salle de la Paroisse Notre-Dame de Fatima, j’ai été convié à assister à une conférence intitulée comme ci-haut, organisée par le groupe de Presse «Le Potentiel », les orateurs nous ont été présentés et je n’y reviendrai pas.  L’objectif de cette conférence, si j’ai bien compris était de nous conscientiser sur les dangers de balkanisation qui guettent notre pays. J’ai eu à soulever quelques remarques qui me semblaient fondamentales, notamment sur nos comportements qui font le lit de cette balkanisation. Malheureusement, aucun de ces conférenciers dans leurs réponses, n’est revenu sur ces remarques c’est pourquoi j’ai décidé de mettre par écrit mes préoccupations et ma vision sur cette affaire de la balkanisation.

En effet, si la communauté internationale veut réaliser la partition de notre pays, elle ne le fera qu’avec notre propre concours, et jamais sans nous ; l’exemple du Rwanda et de la Côte d’ivoire, qui ont réussi à y échapper, je l’espère, devrait nous inspirer. Car à un moment donné de notre histoire, et de notre vie nationale commune, bon nombre d’entre nous seront portés à penser que seule la balkanisation pourra nous apporter des solutions à nos souffrances et à tous les problèmes de gouvernance que nous vivons au quotidien. Tant ils seront dégouttés de notre vivre ensemble.

Marguerite A. Peeters, dans «La mondialisation de la Révolution culturelle occidentale» p 149, définit l’ingénierie sociale comme l’art et la science d’acheminer des individus, des groupes, voire même des sociétés, des cultures, ou une civilisation entière, vers l’accomplissement d’un agenda particulier, sans que les groupes concernés, à aucune étape du parcours, ne se rendent compte qu’on leur impose un agenda extérieur.

Moi, je vois donc que les Congolais sont manipulés par des ingénieurs sociaux venus d’ailleurs, qui veulent notre partition et qui nous utilisent, nous-mêmes, pour réaliser leur sale besogne. Ils rendent les conditions de notre vivre ensemble exécrables, insupportables; les uns sont très riches, les autres trop pauvres; les uns ne connaissent pas le chômage, les autres n’ont aucun de leurs nombreux enfants qui travaillent, les uns étudient et même envoient leurs enfants aux études à l’étranger, les autres n’ont aucun enfant à l’école et ceux qui en ont un qui étudie, ils le voient chassé de l’école par manque de minerval, les uns se paient grassement et ne donnent rien aux autres à qui ils demandent d’attendre le point d’achèvement de l’initiative PPTE, sous l’instigation des manipulateurs venus d’ailleurs. Tout cela sur fond de tribalisme et de haine réciproques.

Les riches et les privilégiés, ressortissant souvent des mêmes coins de la République, ont les moyens et la puissance de l’Etat, et ils répriment souvent sévèrement les autres, ceux d’ailleurs, qui osent protester, qui osent se rebeller. Le leader charismatique de Bundu dia Kongo, a souvent stigmatisé ces comportements-là. Sans être tout à fait d’accord avec lui, je constate que beaucoup d’entre nous ne se sentent plus vraiment chez eux, dans leur propre pays.

L’archevêque de Kinshasa, lors de la publication d’un résultat dedernières échéances électorales, a déclaré à peu près ceci : « le bloc Est-ouest, ce n’est pas les élections, mais ce sont nos comportements de chaque jour les uns envers les autres ». Ils nous invitait à nous aimer les uns les autres. Le même archevêque, L. Monsengwo Pasinya, dans son message de Noël 2009 à ses fidèles, nous a dit, à la page 5, au point 9 , je cite: « Chaque fois que, dans un pays , des citoyens, pour l’une ou l’autre raison, se sentent ignorés par les gouvernants, qu’ils se considèrent comme les étrangers les uns aux autres, qu’ils sont exploités sans merci, l’ONG ne pourra se réconcilier dans ce pays ». Si l’on ne peut se réconcilier, ne vaudrait-il pas mieux se séparer? Voilà la balkanisation qui rampe ! Et quel commentaire peut-on faire de cette anecdote «Si tu trouves chez toi, dans ta maison, un Muluba et un serpent », il vaut mieux tuer (!) le Muluba et laisser le serpent». Je ne sais pas quel Muluba voudrait vivre avec des gens pareils, dans un même pays! C’est toujours la balkanisation qui rampe et crapahute partout.

Susan George, dans une publication intitulée « Le rapport Lugano» avec le sous-titre « jusqu’où ira le capitalisme » écrit ceci (ves les pp 150-151, et je prends quelques extraits) «les approches psychologiques, convenablement canalisées, peuvent contribuer à créer une atmosphère favorisant l’hostilité entre les groupes l’outil psychologique le plus utile mis à la disposition de ces objectifs est la politique identitaire; les individus devraient s’identifier à un sous-groupe ethnique, linguistique ou religieux , au détriment d’une définition de soi qui passerait par l’appartenance à un même pays une partie de celle offensive devrait être consacrée à procurer un soutien aux porte-parole les plus agressifs de ces particularismes, il faudra leur assurer un media qui puisse leur faciliter de communiquer. etc.. ».

En conclusion, l’Occident combat chez nous l’idée d’appartenance à un même pays, à une même nation. Il espère que les groupes identitaires vont finir, tôt ou tard, par se rentrer dedans et se séparer. Nous allons donc nous-mêmes, dans très bientôt, être les artisans de notre propre désintégration.

Si les Congolais ne mettent pas fin au tribalisme (et aux autres injustices), le tribalisme mettra fin au Congo.

Je vous demande donc, cher journal, chaque fois que, désormais, vous voudrez parler de la balkanisation de notre pays, de nous conscientiser, de façon un peu plus pédagogique, sur les dangers du tribalisme, sur les dangers des injustices sociales et sur les forces occultes qui les entretiennent. Merci

Comments

  1. mambulu dit :

    Merci pour vos sugestions. Merci. Esperons que les responsables de ce journal et tous les congolais capterons le message…