(A close look at Political Events as observed in Africa today)
Jean-Marie DIKEBELAYI, LL.M
Researcher and Administrative Assistant
Institute for Globalization and I nternational Regulation
Department of International
And European Law
Faculty of Law, Maastricht University, the Netherlands
Introduction
Les mois qui avaient suivi les indépendances africaines, et donc la prise en mains par les africains eux-mêmes de leur destinée avaient suscité, en tout cas, de l’espoir sur la construction d’une Afrique nouvelle après des décennies de toutes sortes d’humiliations sous le régime colonial.
En même temps s’était ouverte, à nouveau, une période de morosité et d’inquiétude où les peuples africains s’étaient vus soumis à des dictatures plus implacables que le système colonial. On se rappellera, la main sur le coeur, par exemple, l’Ouganda du tristement célèbre Maréchal Idi Amin DADA (déchu en 1979) dont les hauts faits d’armes connus étaient essentiellement: régime de terreur imposé aux civils, ostracisme de jeunes cadres, corruption…; le Centrafrique de celui qui se proclama successivement Maréchal, Président à vie, et Empereur BOKASSA premier de l’Empire Centrafricain (1965-1979); la Guinée du dictateur de la pire espèce, celui-là qui ne tolérait aucune manifestation d’opposition en paroles, en actes ni en gestes, lui qui, un jour dit spectaculairement “NON” à feu président français Charles de GAULE en ces termes: “…Nous ne renonçons pas et nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel à l’indépendance, et il n’y a pas de dignité sans liberté, nous préférerons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage” (1958-1984); le Tchad des Généraux F.N. TOMBALBAYE (1960-1975), F. MALLOUM (1975-1980), Goukouni WEDEYE (1980-1982), Hissen HABRE (1982-1990) dont l’illégitimité des régimes avait toujours nécessité des interventions extérieures; le Soudan de Gafar El NIMERY (chassé du pouvoir en 1985); la Somalie de Siad BARE; l’Etshiopie de Hailé MARIAM dont l’impopularité des gouvernements avait toujours eu besoin des lois d’exception pour leur maintien dans le temps; le Za?re du Maréchal et Président Fondateur MOBUTU dont les méthodes de gouvernement se résumaient seulement en quelques termes: gabegie financière, népotisme, clanisme, baratins, chantages, larmes de crocodile et évocation du spectre de la balkanisation …(1)
Pour légitimer tous ces nouveaux régimes autoritaires, plusieurs motifs étaient avancés, entre autres, le souci de mobiliser la société pour le développement et d’intégrer divers peuples dans une nouvelle nation (2).
Vers les années 1990, les régimes autoritaires des partis uniques et dictatures militaires vont rencontrer sur leur chemin des mécontentements populaires et des explosions sociales à cause de trois décennies de débâcle économique et de violations des droits les plus fondamentaux de la personne humaine. Ils vont également être confrontés avec les pressions internationales liant l’effort de coopération à la démocratisation et au respect des libertés fondamentales (3), en même temps qu’ils assistent aux réformes en Europe de l’Est (4).
Dans cette mouvance, sans trop tarder, un peu plus de quinze pays africains s’étaient précipitamment engagés dans l’instauration, de pure façade, du pluralisme politique en attendant des bailleurs des fonds la contrepartie financière de cette réforme (5). C’est curieusement dans ces circonstances que la démocratie formelle arrive en Afrique plutôt que l’avènement d’une société démocratique (6).
Le temps semble aujourd’hui de nouveau propice au doute, à la perplexité et aux interrogations sur l’avenir du continent. En effet, les évènements du Burundi, Rwanda, Centrafrique, Nigeria, Kenya, Ex-Za?re, Congo Brazzaville, Sierra Leone, Niger, Côte d’Ivoire, Zimbabwe… (7) ne font que renforcer notre conviction sur l’absence d’une réelle volonté de démocratisation et offrent au monde des exemples frappants de médiocres résultats obtenus par la “démocrysie africaine” (8). Tout le rêve de la libération semble tourner au cauchemar!
On peut, dès lors, à juste titre caractériser généralement les régimes politiques de jeunes nations africaines issues des empires coloniaux par leur dysfonctionnement (9). En effet, tout observateur neutre des régimes politiques africains actuels est frappé par un déficit de légitimité (avec son cortège des corollaires : remises en questions permanentes, précarité des institutions, extraversion quasi-aveugle, incapacité des constitutions à constituer des remparts contre des coups d’Etat, putschs, ou autres pronunciamientos, changement des lois fondamentales qui n’apprennent pas grand-chose sur la réalité du pouvoir mis en place…), des rebellions comme modes de conquête ou d’accession au pouvoir, le recours à la violence (parfois la plus aveugle) pour se faire entendre, des revirements et des reniements, des fins des régimes en tragédie ou en comédie (10), des remplacements des régimes corrompus par des pouvoirs brutaux et tribaux…tous aussi impopulaires les uns que les autres, des mandats éternels ou sans alternance…bref, des crises permanentes, et des voix s’élèvent pour prédire la catastrophe, parfois sans la moindre nuance ! (11)
Comment expliquer cet étrange destin des régimes politiques africains instaurés après les indépendances et quelles sont les raisons positives d’espérer dans l’avenir ?
Ce sont ces deux questions majeures qui sont au centre de mes réflexions tous les jours, et c’est à elles que j’essaie d’apporter quelques éléments de réponse dans la présente étude.
Dans la première partie (A) des développements qui suivent, je vais m’efforcer de présenter d’abord un tableau à grands traits de ce dysfonctionnement (A.1.) avant de procéder à une tentative d’explication (A.2.). Je consacrerai la deuxième partie de l’étude aux raisons positives d’espérer dans l’avenir (B), avant de conclure.
- Dysfonctionnement des régimes politiques africains actuels et tentatives d’explication
A.1. Panorama du dysfonctionnement
Quel instantané l’Afrique offre t-elle d’elle –même en ce début du 21ème siècle ?
C’est d’abord celui d’un continent sinistré, rongé par des misères innommables : absence de services sociaux, faillite du système éducatif, la scolarisation dont dépendent tant d’avancées dans plusieurs domaines rituellement déclarée objectif prioritaire, mais quand on regarde les résultats, il n’y a pas de quoi être fier ; c’est ensuite celui d’une Afrique mendiante et clochardisée, où habitent des populations incapables de peser sur leur propre destin, victimes de leurs propres gouvernements ; c’est aussi celui de la corruption généralisée (on a vu en Afrique des dirigeants piller leurs pays comme des cochons les champs de pommes de terre, qui étaient rien, mais qui, gr?ce au pouvoir sont devenus tout) ; c’est encore la montée vertigineuse du nombre d’exilés politiques et économiques.
L’Afrique aujourd’hui c’est synonyme des images insoutenables des scènes d’horreur : des enfants dont on ampute les bras ou les jambes, qu’on tue par balles, au canon, à la grenade, à la machette, au couteau, à coups de bâton…des mineures, mères et grand-mères qu’on viole, des tourbillons de violences, des jeux des massacres, des ravages de guerres fratricides, des violations des droits humains les plus élémentaires. L’Afrique, c’est une région du monde où les pays sont dirigés par des chefs ayant du sang sur leurs mains, qui investissent dans des guerres et créent des besoins dont leurs peuples n’ont nullement besoin ; c’est la résurgence des entités politiques basées sur l’ethnie ou la tribu, c’est le retour au système des «Blocs » ; c’est des régimes qui se succèdent et se ressemblent sans apporter même un début de solution aux problèmes de leurs habitants ; c’est des dirigeants qui changent leurs pays sans changer la vie de leurs citoyens. L’Afrique c’est en définitive un continent en panne, qui patauge dans la médiocrité, qui tourne en rond comme un pilote qui a perdu le nord, qui va de crise en crise, à la recherche d’hommes providentiels, otage du capitalisme occidental dont elle est à la fois le produit et la vache laitière, qui depuis les indépendances ne cesse de swinguer entre les régimes militaires et civils et qui , à chaque changement, voit ses habitants frustrés du fait des régimes machiavéliques qui ne font que retarder son décollage (12). Bref, un tableau très sombre, dont la réputation est en dessous du médiocre, mais éclairé pourtant, ironie de la vie et paradoxe du sort par de nombreux et divers atouts. Les potentialités naturelles, par exemple, des pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola, le Gabon, le Congo Brazzaville, la Guinée, le Nigeria…sont à ce point fabuleuses. Qu’il me suffise ici de présenter en guise d’échantillon la carte d’identité du Congo Kinshasa dont Colette BRAEKMAN, journaliste belge, rapporte, s’agissant de ses richesses… «…Dans ce pays qui est un scandale géologique, dont l’agriculture pourrait nourrir toute la région, où l’or et le diamant se ramassent à la main dans les rivières, la pauvreté de simples citoyens est hallucinante et contraste violement avec le luxe ostentatoire des privilégiés qui boivent du champagne rosé à 10 heures du matin et jouent avec les robinets d’or de leurs salles de bain. C’est pour cela qu’à Goma KABILA et les siens ont appelé musée de la honte la luxueuse villa de MOBUTU où ils se trouvent installés » (13).
Devant ce malheureux constat, nul ne peut désormais éviter cette question que je me pose toujours : comment expliquer cet état des choses ?
A.2 Tentatives d’explication de la situation
Les analystes se perdent en conjecture sur cette question. On avance pêle-mêle diverses raisons et explications. Nous en trouvons l’expression dans certaines théories très en vogue aujourd’hui et dont je vais revisiter ici quelques unes. Elles sont développées et défendues par des personnalités appartenant à des catégories différentes : hommes de la rue, académiciens, experts, responsables politiques…et chaque catégorie a son point de vue, sa façon de voir les choses, ses idéaux, voire ses intérêts particuliers. Nous, en tant qu’intellectuel, nous ne prenons part pour aucune idéologie (14), mais notre unique ambition c’est de réunir des personnalités dans une atmosphère d’objectivité, de sérieux et d’honnêteté intellectuels. Il s’agit principalement de l’afro pessimisme, du déterminisme biologique, du déterminisme extérieur, de la solidarité africaine, de l’inexpérience politique des africains et de l’héritage colonial.
A.2.1 L’afro pessimisme
Un nombre de plus en plus grand d’hommes et de femmes aujourd’hui développent un sentiment qui a tendance à faire école : l’afro pessimisme. L’afro pessimiste dénigre l’africain, considérant le fait d’être africain comme négatif, comme un sacré malheur et il voit dans l’imbroglio africain actuel une fatalité qui n’est réservée qu’à l’Afrique seule. Cette attitude observée surtout en occident et de plus en plus en Afrique aujourd’hui me rappelle les temps où certaines personnalités considéraient que «les africains sont des porcs, on ne pourrait les tirer de leurs porcheries qu’à l’aide d’un pouvoir fort » (15). Certains africains finissent par se laisser convaincre de cette manière et tombent dans l’autodénigrement.
Cette théorie, insaisissable, cache mal les visées politiques et économiques profondes. A cet égard, elle est proche de la thèse raciste qui, elle, véhicule les préjugés biologiques.
A.2.2 La thèse raciste ou le déterminisme biologique
Beaucoup encore, Dieu sait combien, trouve l’infériorité marquée de l’Afrique aujourd’hui (par rapport aux autres continents) dans le phénomène « «race» et font valoir qu’il s’agit là d’un déterminisme biologique que rien au monde ne pourrait changer ; ils concluent que c’est une situation irréversible (16).
Qu’on se rappelle que c’est à partir de cette théorie que s’était développé en Allemagne nazi jusqu’à la fin du second conflit mondial un nationalisme qui avait conduit les dirigeants allemands de l’époque, relayés par des intellectuels prestigieux comme Lanz von LIEBENFALS, VOELKISH, Julius STREICHER ou le professeur HANSOFER à magnifier la race aryenne et en particulier la race germanique comme celle des seigneurs et des super hommes appelés à exercer son hégémonie sur toutes les autres (17).
Attachons-nous seulement aux conséquences, oh combien néfastes et dramatiques de cette doctrine, s’il faut le rappeler encore le génocide des millions et des millions des juifs, tziganes, polonais, russes… (18). L’évènement avait ému toutes les générations postérieures, à l’exception des néo-nazis, lesquels continuent à penser même aujourd’hui que les gens de couleur méritent de franchir ce stade de l’évolution !
Il est indéniable que certaines races ont, à ce jour, produits des techniques plus avancées que d’autres. Mais cela ne signifie pas que cette avance résulte des facteurs purement biologiques, car le conditionnement du milieu a eu toute son influence dans l’éclosion des civilisations. Qui plus est, rien aujourd’hui ne garantit scientifiquement que des races qui sont prétendument considérées comme inférieures de nos jours ne passent dans les siècles à venir tout à fait à l’avant-plan dans les domaines techniques ou autres…. C’est à juste titre que Paul VALERY écrivait il y a de cela quelques années que comme les hommes «les civilisations sont mortelles» ! Témoin : la Grèce antique !
Par, ailleurs du temps des romains, qui eût pu croire que les germains passeraient un jour au peloton de tête dans les domaines technique, scientifique ou culturel ? Veilleius PARTECULUS, un ancien auteur latin, n’écrivait-il pas que les germains étaient à peine supérieurs aux bêtes sauvages. Quelques deux mille ans maintenant après, on s’aperçoit que cet homme s’était complètement trompé si on regarde les réalisations des allemands aujourd’hui dans les domaines du savoir et du savoir faire en particulier (19).
D’autre part, la doctrine raciste reste muette sur l’incontestable dynamisme observé en Afrique ( considérée jusqu’aujourd’hui comme berceau des civilisations) avant les conquêtes étrangères. L’histoire de l’Egypte ancienne, des empires (Méroé, Ghana, Songhaï, Lunda…) et des royaumes (kongo, luba, kuba…) pour ne citer que ceux-là est très édifiante (20).
Tout compte fait, comme la thèse de l’afro pessimisme, la doctrine raciste me paraît être un moyen de camoufler les visées politiques profondes. Sinon comment pourrait-on rendre compte d’une civilisation qui avait magnifiquement contribué au progrès de la science et de la culture (la civilisation allemande pour ne pas la nommer) soit retournée à la pire des barbaries en organisant méthodiquement le massacre massif d’enfants, des vieillards, des malades, d’infirmes, puis des juifs, des bohémiens et des slaves en menant d’un bout à l’autre de l’Europe une méticuleuse razzia et en entraînant dans des écoles spéciales de joyeux animateurs de la mort pour des millions d’êtres humains !
A.2.3 Le déterminisme extérieur
Il existe aussi de nombreux africains qui rendent volontiers le monde extérieur responsable des faiblesses et retards de l’Afrique aujourd’hui. Si elle n’en constitue pas la toile de fond, cette thèse forme la charpente ou la clé de voûte des discours officiels de nos dirigeants. Beaucoup s’ingénient à en faire le bouc émissaire des maux dont le continent souffre : un coup d’éclate ici, on y verra une opération montée par ses agents (23), le marasme économique fait-il rage là, on l’accusera d’en être la cause, la zizanie règne t-elle entre deux pays frères, on dira qu’il y a anguille sous roche et que ça ne peut être que le produit de ses manigances ! (24)
Une telle analyse, on s’en doute, n’a rien d’absurde ; elle demeure juste dans une certaine mesure. Il est vrai qu’elle touche de très près certains points les plus sensibles de nos difficultés actuelles. Cependant, j’observe qu’elle a tendance à favoriser une fausse conscience et une certaine irresponsabilité. En tout cas, je ne crois pas que l’influence extérieure, même si elle est réelle, mérite cet excès d’honneur qu’on lui rend, il convient de la ramener à ses justes proportions ! Je partage entièrement le point de vue des auteurs qui trouvent que la première cause de leurs malheurs ce sont les africains eux-mêmes ; feu Aimé CESAIRE, par exemple, ce vétéran des questions africaines qui alliait expérience personnelle et grandes ressources intellectuelles est de ceux-là. Cet intellectuel et homme politique martiniquais s’interrogeait, de son vivant, pourquoi de nombreuses nations (hors de l’Afrique) qui, jadis étaient dans la même situation que nous et où l’influence extérieure n’est pas du tout absente ont-elles tout de même réussi à s’en sortir ? (25). Tout récemment, tout en reconnaissant l’effet maléfique d’interventions extérieures sur l’Afrique, le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique Barak OBAMA, est allé dans le même sens et a relativisé cette thèse du déterminisme extérieur, lorsqu’il conseillait aux africains, à partir du Ghana de cesser de penser que le colonialisme d’hier et l’occident d’aujourd’hui sont les responsables de nos malheurs actuels et obstacles que nous rencontrons. L’Afrique a besoin, devait-il poursuivre d’institutions solides et stables ; les africains qui viennent s’installer en Europe ou en Amérique réussissent bien et il se demandait pourquoi ne trouvent-ils pas des conditions de réussite chez eux ?
A.2.4 L’altruisme africain
L’une des valeurs fortes de l’humanisme africain c’est certainement l’altruisme connu généralement sous le nom de solidarité africaine. On la définit généralement comme une règle morale et sociale de conduite imposant aux membres de la collectivité une obligation à la fois de charité, d’entraide, d’assistance mutuelle et qui rend la vie de l’africain communautaire, c’est-à-dire essentiellement fondée sur une inclination naturelle de faire du malheur d’autrui son malheur, à partager avec autrui sa joie et ses moyens de subsistance, à lui apporter toute l’assistance dont il a besoin pour son épanouissement. (26)
Comme hier, des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer le côté négatif de cette valeur la considérant comme une des faiblesses de la civilisation africaine ayant peu ou prou contribué à l’immobilisme qu’on lui connaît aujourd’hui. Un homme de grande culture et grand historien africain d’origine sénégalaise mérite une mention spéciale à cet égard. Il s’agit du très regretté Cheik Anta DIOP. Longtemps il fut une voix qui criait dans le désert. Ce qu’il entendit à son époque dans les débats sur les civilisations de la terre lui inspira un livre : «Antériorité des civilisations nègres, Mythe ou Vérité historique ?» qui parut pour la première fois dans «Présence Africaine » à Paris en 1967 (27). Cet historien de renom, comme avant lui Basil DAVIDSON, trouve en la solidarité africaine une faiblesse dans la mesure où ce modus vivendi réduit la mobilité psychologique des africains qui, du fait d’être toujours pris en charge par les autres demeurent toujours in situ et se satisfont de l’existant, c’est-à-dire de l’état de nature. Or, il est prouvé aujourd’hui qu’il existe une corrélation étroite entre la mobilité psychologique et le changement social (28). Dès lors on peut comprendre pourquoi par, exemple, l’européen qui, historiquement était privé d’abondance et d’une telle ambiance de prise en charge a, lui, créé une civilisation tout à fait opposée, caractérisée par une lutte sans merci pour la possession des biens matériels. La conquête et la préservation du bonheur matériel, on le sait, ont souvent été à la base des rivalités. D’où les conflits qui ont marqué les révolutions occidentales dans l’histoire. Et pour les résoudre, il a fallu que l’occident crée vite une structure, la «polis » ou la cité au sens grec du terme (29), c’est-à-dire une supra tribale identité, un Etat-nation. Ce passage de l’ordre de nature à l’ordre artificiel et conventionnel, c’est ce que l’on appelle «civilisation ». Pour cette raison, l’organisation politique doit être considérée comme si pas le plus important, un des évènements sociaux les plus importants et nécessaires dans l’histoire de l’humanité.
A.2.5 L’inexpérience politique africaine : maladie d’enfance, crise de croissance
Le fait politique africain apparaît comme le cadet chétif de ;la famille des structures politiques. Né trop tard dans un monde trop vieux, le fait politique africain a connu la crise de croissance. En effet, l’histoire contemporaine enseigne que les structures politiques du type moderne apparaissent en Afrique bien plus tard que sous d’autres cieux. Qui plus est, elles vont être prématurément troublées, voire même stoppées par les invasions qui se sont abattues sur le continent à partir du 15ème siècle. Pour n’avoir pas grandi assez, c’est-à-dire pour n’avoir pas été mise à l’épreuve du temps (30), cette forme institutionnelle appelée Etat ici, ou Empire, Royaume là…n’a pu, en Afrique, provoquer des changements qu’on peut normalement attendre d’un adulte (31).
Une telle chose, on ne peut le nier prend du temps pour être mise en œuvre. L’histoire des institutions françaises montre que l’unité de la France a pris des siècles pour s’installer (32). Celle de l’Italie ne date que d’un peu plus d’un siècle et demi à peine (33)
Aussi la promotion du «nous national» devrait-elle s’imposer comme un objectif essentiel et une étape nécessaire dans la construction d’un pays. Car il s’accompagne toujours du patriotisme qui semble faire cruellement défaut aux nombreux africains. Quand on est imbu du patriotisme, on exalte toujours et partout sa patrie, sa langue, sa religion, sa culture, son histoire, on défend d’une manière intransigeante les intérêts supérieurs et vitaux de sa patrie d’abord et avant tout.
Le vide créé par la crise de croissance de l’expérience politique africaine va peser lourd sur le sort de l’Afrique et faciliter les invasions extérieures avec leurs effets dévastateurs, notamment l’assimilation de l’africain, la négation pure et simple de sa culture, l’encadrement par la force et le morcellement arbitraire du continent…
Les négations, les coercitions, le divide et impera (diviser pour régner)…ne pouvaient produire qu’une société primaire et très vulnérable, d’où non seulement était absent tout vouloir vivre collectif, mais aussi où la marge d’initiative, l’autonomie, la capacité d’innovation et de coordination, bref le potentiel d’action du système politique se trouve structurellement réduit au dessous de la variété requise pour lui permettre de répondre à la diversité et à l’immensité des demandes des autres systèmes sociaux par une diversité au moins égale des décisions politiques.
A.2.6 L’héritage colonial
On entend aussi dire que les maux et les troubles dont le continent africain souffre aujourd’hui sont le fait de l’héritage colonial. Les tenants de cette thèse font valoir que la masse des paralysies et des crises avec lesquelles l’Afrique se trouve confrontée actuellement sont les effets des faiblesses et injustices du système colonial qui, comme des forces mal comprimées, maintenant libres comme des furies se déchaînent du fait de la disparition formelle du système qui leur servait de cadre (34). Cependant que les nostalgiques de «vieux beaux temps» coloniaux continuent à croire que seule la machine conçue par le colonisateur pourrait conduire l’Afrique complètement dans le monde moderne (35).
Cette controverse me fait penser à une autre trop vieille. Il y a plusieurs années d’austères rabbins furent invités à répondre à cette question insolite : «Eût-il mieux valu que le monde ne fut pas créé ? ». Après une longue réflexion, ils répondirent « «OUI» sans le moindre doute !
Je pense, pour ma part, que la vérité se trouve quelque part au milieu de ces deux extrêmes.
L’expérience coloniale a été très lourde des conséquences. La plupart de ces conséquences étaient très dommageables pour les africains. Les maux dont l’Afrique souffre aujourd’hui proviennent en partie de cet héritage colonial : profondes crises des structures politiques, le colonialisme a imposé au continent des frontières artificielles et des termes de change inéquitables, il a imposé dans notre vie quotidienne une juxtaposition et nous a légué une société sans identité, sans support, primaire et vulnérable.
- Crises des structures politiques : continuité dans le changement ou échec dans la victoire
Tombées sur l’Afrique comme une nuée des sauterelles, les indépendances africaines ont immédiatement été suivies des désillusions et des mécontentements (36). Cela s’explique par le fait qu’elles ont seulement installé de nouveaux responsables dans les bureaux et au pouvoir, mais les chaises sur lesquelles ces nouveaux responsables devaient s’asseoir et les dossiers qu’ils devaient traiter étaient restés les mêmes. Ce sont les hommes qui avaient changé, mais les institutions du régime colonial étaient maintenues (37). Bien plus, lors de leur accession à l’indépendance, les pays africains dans leur majorité avaient opté pour le principe de la continuité législative. Dès lors il n’est pas surprenant que ces jeunes Etats se trouvent aujourd’hui confrontés, sans véritables armes, avec beaucoup de défis de notre temps comme par exemple les catastrophes écologiques, le gangstérisme politique, le respect de la dignité humaine, les valeurs fondamentales à préserver à tout moment, tant il est évident qu’ils ne se retrouvent plus dans l’inspiration d’ensemble et la philosophie de base du système conçu pour une autre époque, dont ils continuent l’œuvre législative et dont l’objectif était, rappelons-le, l’exploitation des peuples longtemps privés du contact avec les problèmes et les solutions du reste du monde ou des méthodes démocratiques pour en discuter. Vues sous cet angle, les indépendances africaines ont été un échec dans la victoire ou simplement une victoire perdue parce qu’elles n’ont pas constitué une destructuration-restructuration des recettes héritées du colonisateur.
- Société de juxtaposition : crise identitaire, dualisme dissolvant
Plutôt que d’être tenue à l’écart, la civilisation occidentale s’est imposée dans la vie sociale africaine. Faute de réconciliation avec les modes de vie africains, la superposition de deux civilisations abreuvées aux sources différentes a eu pour effets entre autre la crise identitaire de la part de l’africain (38). Cette crise identitaire sera caractérisée notamment par des dualismes dissolvants (39), si pas par un mimétisme pur et simple (40). Je crois fermement que si la thèse de la réconciliation, de la symbiose l’avait emporté, la civilisation africaine aurait été, si pas profondément différente, mais en tout cas plus riche qu’elle ne l’est aujourd’hui. En effet, la réconciliation entre le christianisme (qui est d’origine orientale) et la tradition classique aux 4ème et 5ème siècles a eu une profonde influence sur la formation de l’esprit européen. Sans elle, la culture européenne aurait été non seulement plus pauvre, mais profondément différente.
C’est ainsi qu’en Afrique, une fois le colonisateur parti, on s’est retrouvé en présence d’une machine fortement grippée (pour utiliser l’expression chère au professeur KAYEMBA NTAMBA de l’Université de Kinshasa), apparemment privée de carburant et de lubrifiant. C’est cela qui explique qu’aujourd’hui encore certains africains continuent à se considérer comme frappés d’une infériorité congénitale ! Commandés par ce fatalisme, ils continuent à s’appuyer sur l’occident comme pourvoyeur de tout (pourvoyeur des techniques, des capitaux, des biens matériels, de la science…bref de la modernité) et à se définir par rapport à lui (francophones, anglophones, lusophones…). Même après les indépendances, l’africain reste le seul à être bien considéré chez lui en fonction du degré de maîtrise des langues et cultures occidentales.
- Société extravertie, société sans support, société vulnérable
La forte identification de l’élite africaine à la culture occidentale ne peut qu’éloigner la perspective d’une image commune avec les masses, laquelle me paraît être la base d’une société idéale. Cette absence d’image commune entre les dirigeants et les masses va considérablement anéantir les soutiens à l’ordre établi. C’est pour cela qu’on assiste souvent à la rupture entre l’élite et les masses et partant, à l’incapacité si pas l’impuissance du droit à résoudre les crises dans la société. Marginalisés, les paysans qui sont généralement des producteurs s’abandonnent alors dans l’inaction laissant le soin à l’extraversion économique de faire le reste. D’où la chute des productions et d’exportations agricoles, l’importation alimentaire massive au détriment des biens d’équipement, l’endettement extérieur étranglant, le déficit de paiement croissant, la détérioration des termes de change, la consommation du capital, la dégradation de l’infrastructure de base, la mendicité internationale….(41).
Privés des supports culturels (partage de valeurs et intérêts communs avec les masses et leur soutien à l’ordre établi) et des supports économiques (possibilités d’action d’ordre matériel réduites par l’extraversion économique), le centre politique va alors, comme sous la période coloniale s’appuyer sur deux moyens pour contenir les contraintes, à savoir la force brutale et l’endettement extérieure communément appelée « coopération ».
Mais le caractère dérisoire de ces ressources fournies par deux environnements interne (force brutale) et externe (coopération ou mieux endettement) fait que le centre politique se trouve toujours dépassé par l’énormité et la diversité des besoins à satisfaire (par exemple besoin de réhabiliter l’identité africaine, besoin de justice et d’égalité pour tous, besoin de santé, besoin de sécurité, besoin d’urbanisation, besoin d’industrialisation, besoin d’emplois pour d’abondantes forces paysannes libérées du travail forcé par les indépendances…). Ces besoins immenses amplifiés chaque jour par des poussées démographiques galopantes vont justifier à leur tour des remises en question permanentes des régimes politiques, du reste, inaptes.
Plutôt que de soulager le centre politique en se transformant en bouclier d’institutions mises en place, c’est-à-dire en le protégeant comme la paupière défend l’œil, les masses vont contribuer à l’affaiblissement de celui-ci (42).
Le caractère limité de la marge des manœuvres du système politique pour lui permettre de répondre efficacement aux diverses demandes par une diversité au moins égale des solutions politiques va rendre celui-ci vulnérable aussi bien vis-à-vis de l’environnement intra-sociétal qu’extra-sociétal (43). En effet, à cause des faiblesses internes des régimes politiques africains, les puissances extérieures vont y faire la pluie et le beau temps ! Nous voyons tous aujourd’hui comment elles y font et défont les gouvernements, lesquels se trouvent simplement en position d’otages vis-à-vis de ces puissances extérieures. Oeuvrant globalement pour le statu quo, c’est-à-dire le maintien de la domination, ces puissances vont menacer tout gouvernement qui ne présente plus de garantie à cet égard. Opérant souvent par des personnes interposées, par médiation des forces de relais local, elles vont apporter assistance matérielle (armes, fonds, instructeurs, mercenaires…) et morale (accueil, hébergement, reconnaissance…) à ces relais.(44)
A travers assassinats, rébellions, mutineries, coups d’Etat….les forces internes vont tenter de briser l’anachronisme paralysant du système politique. On se rappellera par exemple la destitution du malien MOUSSA TRAORE, du zaïrois MOBUTU Sese Seko, du congolais Pascal LISSOUBA, de l’ivoirien Henri KONAN BEDIE. On se souviendra également des tortures mortelles infligées à Samuel DOE au Libéria, de l’assassinat de Thomas SANKARA au Burkina Faso et de Melchior NDADAYE au Burundi ou de la mort tragique de deux présidents rwandais et burundais le même jour avant le génocide de 1994 ou encore de celle de Ibrahim MAINASSARA au Niger en avril 1999… On imagine mal de tels coups théâtraux dans les régimes politiques où la complicité entre les gouvernants et les gouvernés est basée sur la communauté partagée des valeurs et intérêts !
Au lieu des sanctions de droit, on attend seulement que les adversaires prennent la place des dirigeants actuels pour faire un règlement des comptes. C’est pourquoi on voit en Afrique tout changement s’accompagner souvent des massacres, des simulacres de procès, des confiscations…qu’il y a autant de constitutions que des coups de force, qu’on baptise et qu’on débaptise… Chaque nouveau régime se prétend meilleur que le précédent !
Outre le règne de la violence à l’intérieur, le népotisme, le clientélisme, le clanisme vont être érigés en principes de gouvernement. Dès lors comment être surpris d’observer qu’une fois au pouvoir, le réflexe de la plupart des dirigeants africains c’est de se retirer dans leurs clans ou tribus pour recruter leurs collaborateurs, les institutions en Afrique n’étant pas toujours considérées comme garantie de sécurité ! Le débat politique ne se pose pas en termes d’idées, des propositions, des programmes, mais en fonction des personnes. Et cela est d’autant plus grave que là où tant bien que mal les élections sont organisées, la population ne se détermine pas en fonction de la pertinence de projets de société, mais plutôt parce c’est tel parent, tel ressortissant de telle tribu ou de tel clan, de telle province qui doit occuper le poste.
La polarisation du pouvoir entre tribus, clans ou provinces ne peut que conduire à l’incompétence et donc à l’inefficacité de l’appareil administratif, étant donné qu’au lieu des mérites c’est la parenté, c’est-à-dire l’appartenance à telle tribu ou à la province de tel ou tel qui devient le critère de sélection. Cet ostracisme des cadres «non parents » va conduire de gré ou de force à ce qu’il est convenu d’appeler la fuite des cerveaux, c’est- dire l’émigration massive des cadres vers un environnement plus favorable. Rappelons-nous les questions que s’est posé au Ghana le président Barak OBAMA (pourquoi les africains qui vont en Europe ou en Amérique réussissent toujours ? Pourquoi ne trouvent-ils pas chez eux les conditions de réussite ?)
Il est regrettable, au regard des évènements politiques qui s’y déroulent encore, qu’au 21ème siècle l’Afrique apparaisse comme un continent qui fait un pas en avant et deux pas en arrière, que certains dirigeants africains s’entêtent à vouloir conduire leurs pays vers des frontières connues d’eux seuls, et que seuls aussi ils se proposent d’atteindre ou de dépasser envers et contre tout, pliant les situations, les hommes et les femmes et les faits à leur guise !
Le continent est-il, pour autant, condamné à perpétuité à s’embourber dans le non développement pour ne vivre que dans la dépendance comme le prônent les racistes et les afro pessimistes ?
Rien n’est moins vrai ! Car l’Afrique a de son côté toutes les chances pour s’en sortir comme les autres.
- Les raisons d’espérer dans l’avenir de l’Afrique
Les raisons de croire à un meilleur avenir pour l’Afrique sont multiples. Mais je vais me limiter dans cette étude à trois facteurs que je trouve essentiels. Il s’agit du facteur humain, d’atouts naturels et d’impératifs de notre époque
B.1 Le facteur humain
Sous ce terme nous voudrions désigner l’intelligence humaine, la prise de conscience et les leçons du passé.
B.1.1 L’intelligence humaine
Les sociétés humaines et leurs systèmes ne sont pas réglés une fois pour toutes comme les systèmes mécaniques. Ils sont, au contraire, caractérisés par leur aptitude, grâce à l’intelligence humaine de s’auto régler et de transformer leurs pratiques, leurs orientations, leurs structures, leurs organisations en vue de faire face aux défis de l’environnement (45). Cette loi de la nature vaut pour tous les peuples de la terre. C’est pourquoi la crise actuelle de la société africaine ne doit pas être considérée comme une fatalité. Les difficultés actuelles doivent être regardées comme passagères. Beaucoup de grandes puissances aujourd’hui ont été construites sur des faillites nous apprend l’histoire.
L’adversité est un prélude à une grande renaissance. Ils ne sont d’ailleurs pas rares des pays africains où la stabilité se renforce aujourd’hui (46).
B.1.2 La prise de conscience
Déjà la prise de conscience par les africains de leur situation de retard me semble être également une chance. Car, les médecins, psychologues, thérapeutes… nous apprennent que du moment qu’une personne folle prend conscience de sa folie, c’est le début de sa guérison.
L’éveil général des consciences sur l’évidence que le progrès de l’Afrique ne dépend que des africains est très perceptible aujourd’hui chez les jeunes intellectuels africains plus dynamiques et progressistes que leurs prédécesseurs.
B.1.3 Les leçons du passé
Par ailleurs l’élite africaine bénéficie aujourd’hui d’une quantité d’expériences (positives et négatives) des temps passés. Car l’Afrique a, tel un grand fleuve qui coule et charrie plein des choses, produit le meilleur et le pire. Faisons tout de suite remarquer ici que, pour que les leçons du passé puissent constituer un atout, l’expérience acquise ne doit pas être une lampe qui se porte dans le dos et qui n’éclaire que le chemin parcouru ! Il est nécessaire de garder en mémoire les époques, les évènements passés et d’y réfléchir pour pouvoir tirer un enseignement des erreurs passées et leurs conséquences afin de ne pas répéter les mêmes faux pas, car les mêmes causes produisent les mêmes effets. La Constitution française de 1958 n’est pas sortie toute faite du cerveau de ses rédacteurs ; elle procède par contre d’une réaction à l’égard des régimes précédents dont elle en intègre également les apports ; elle se situe à cet égard dans une tradition républicaine et parlementaire qui n’a pas été fondamentalement remise en question par les modifications constitutionnelles intervenues. Qu’il vous prenne fantaisie de créer des parterres devant votre maison, vous n’allez pourtant pas abattre l’arbre séculaire qui l’ombrage. Non ! Pour tortu qu’il soit, vous tracerez vos allées et corbeilles de façon à tirer profit de vos vieilles chênes. C’est dire que même s’il est bon de tourner la page du passé, on ne doit pas l’arracher, car, comme l’écrit Georges SANTAYANA, philosophe américain « « …Ceux qui ne se souviennent pas du passé se condamnent à le revivre ». Le passé a de l’avenir, souvenons-nous donc ! Cela ne signifie nullement qu’on doit persister à fouiller les poubelles de l’histoire ! Qu’on nous comprenne bien là-dessus.
B.2 Les atouts naturels
Par l’abondance et la variété de ses richesses naturelles, le continent africain me paraît promis à un bel avenir.
Il faut cependant souligner que se satisfaire de tout avoir n’est pas un atout en soi. Encore faut-il que toutes richesses soient utilisées rationnellement. En effet, de nos jours, le développement est plus une question de capacité d’organisation que des ressources naturelles. L’exemple du Japon illustre bien cette réalité. Ce pays ne possède pas de ressources naturelles ! Dans une première phase, il a cherché à les acquérir par la conquête (la guerre de Mandchourie). Depuis la deuxième guerre mondiale, il a totalement changé de stratégie. Ses usines et son ingéniosité ont remplacé sa puissance militaire. Il s’est lancé dans des activités qui lui étaient apparemment interdites, comme par exemple, la sidérurgie pour laquelle il occupe la troisième place dans le monde. La rapidité des transports lui permet de surmonter ses handicaps. Ses grands centres industriels (Osaka, Tokyo, Yokohoma) sont situés sur la côte. Pour le Japon, c’est la réponse au défi de l’industrialisation. Pour le monde entier, c’est l’amorce d’un retournement complet des mentalités. On avait pris l’habitude de s’installer sur le lieu-même où se trouvaient les richesses industrielles, on découvre maintenant qu’elles peuvent être transportées à bon compte de plus en plus rapidement et de plus en plus loin. Les économies africaines ne devraient plus s’appuyer sur leurs atouts naturels, mais devraient compter sur leur aptitude à mettre en œuvre des matériaux et de l’énergie venant de n’importe où. Les pays les plus concurrentiels aujourd’hui et probablement demain sont ceux qui ont la meilleure capacité d’organisation (sauf peut-être dans la technologie où, je crois, les habitudes prises du fait de l’avance de l’occident se prolongeront encore un peu plus longtemps).
B.3 Les impératifs de l’époque actuelle
Les impératifs de l’époque actuelle impliquent la nécessité d’harmoniser les mentalités et les organisations sociales avec les valeurs de démocratie, de l’Etat de droit, ainsi de respect et de promotion des droits de la personne humaine. Ces concepts sont devenus universels. Car il paraît évident qu’une société humaine dont les membres vivraient en liberté et en solidarité, dans le respect de la dignité de chacun et en harmonie pour tout le monde constitue l’idéal de tout groupement humain. A notre époque actuelle de la planète intégrée ou de la mondialisation selon une autre expression (47), l’éveil des consciences sur la nécessité d’une mise en œuvre d’une société démocratique où la règle de droit s’applique à tout le monde et où le respect et la promotion des droits de la personne humaine est récurrent, lié sans doute à la virulence des critiques dont certains régimes politiques, et régimes africains en particulier font l’objet, notamment au regard de la violation répétée des droits fondamentaux et inaliénables de la personne humaine dans des cas très médiatisés. On s’inquiète aussi de l’impasse, j’allais dire l’échec de toutes les expériences de développement auto-suffisant.
B.3.1 Universalité des droits de la personne humaine
Voilà un domaine qui, peut-être mieux que les autres, illustre bien l’unité de la race humaine. Le principe d’universalité des droits de la personne humaine a été consacré par la Déclaration des Nations Unies du 10 Décembre 1948 à Paris et solennellement réaffirmé en juin 1993 à Vienne par la Conférence des Nations Unies sur les droits de l’homme. Il ne s’agit pas là d’imposer ni de suggérer l’imitation d’un modèle, mais de faire partager le même idéal, ce qui importe étant le recul de la barbarie gr?ce à l’action et aux efforts de l’homme. Il s’agit là d’un problème d’adaptation qui n’entame en rien l’universalité des droits de la personne humaine, car quand un homme est torturé, une femme violée, un enfant affamé ou maltraité, un travailleur mal rémunéré, des groupes ethniques déplacés ou exterminés, un accusé condamné sans procès juste et équitable, un individu empêché d’exprimer ses opinions ou privé de sa liberté sans motif valable…la douleur est la même et je crois le remède aussi quelque soient la couleur de la peau, la langue maternelle, la croyance religieuse ou l’origine ethnique. Tous les peuples du monde répugnent à l’oppression comme à la peste, on n’a pas besoin pour cela d’étudier les mœurs ! Or dès que quelque part dans le monde un espoir se lève pour soulager les souffrances ou prolonger tant soit peu la vie, il devient l’affaire de tout le monde. Ainsi la mise en œuvre effective des droits de la personne humaine représente aujourd’hui le seul ciment capable d’unir au sein d’une même société laïque les citoyens entre eux quelque soit leur origine culturelle, ethnique, religieuse ou autre. C’est pourquoi le principe du respect et de la promotion des droits de la personne humaine est appelé aujourd’hui à constituer un élément de la pratique des Etats et de la fonction de gouverner et alors contribuer à la formation d’une coutume et la garantir à jamais. C’est le lieu pour nous de proposer l’intégration, à travers toute l’Afrique, d’une éducation aux droits de la personne humaine dans les programmes de l’éducation nationale en général et dans les université en particulier, à l’instar des autres Universités du monde(48).
B.3.2 Etat de droit : une exigence pour garantir la sécurité juridique dans une société
L’instauration d’un Etat de droit constitue de nos jours un impératif et un passage obligé pour toute société humaine soucieuse d’aspirer à plus de paix, de justice et de progrès et qui veut jouer un quelconque rôle dans le monde d’aujourd’hui. En effet l’instauration d’un Etat de droit constitue un élément fédérateur autour duquel différents peuples peuvent se rassembler dans un processus égalitaire et pacifique pour la construction d’une société organisé, stable et prospère. Les juristes opposent l’Etat de droit à l’Etat de police ou l’Etat gendarme. Dans le premier cas, la puissance publique ne peut poser que des actes conformes aux règles de droit qui s’imposent à tous et à elle aussi. Dans la deuxième hypothèse, la puissance publique agit selon son bon vouloir. Cette dernière méthode d’aménager et d’exercer le pouvoir n’a plus de supporters dans le monde d’aujourd’hui. Déjà au siècle dernier, Montesquieu la condamnait vigoureusement lorsqu’il écrivait dans Esprit des lois : «…le pouvoir politique n’a le droit de faire exécuter les lois que s’il admet qu’il y est soumis lui-même ». Le préambule de la Déclaration Universelle des droits de l’homme exhorte les peuples à refuser de se soumettre à certains actes de la puissance publique même si ceux-ci sont présentés sous forme des lois. Il s’agit des actes d’un légalisme illégitime, c’est-à-dire d’un légalisme qui procède en réalité de l’esprit du despote médiéval «qui exigeait la présence de la Cour à la naissance de l’héritier de l’empire». Pour constituer un atout, le légalisme doit correspondre à une légitimité légalisée. La constitution fédérale des Etats-Unis d’Amérique est un élément-clé de l’équilibre politique de ce pays. En effet, ce qui frappe l’observateur c’est la stabilité qui caractérise ce régime et l’aisance avec laquelle il gère ses crises alors même que tous les ingrédients semblent réunis pour accroître sa fragilité. On doit se souvenir en premier lieu que les Etats-Unis d’Amérique regroupent sur un territoire immense une population assez mal répartie et très hétérogène. La conscience nationale devrait y être moins forte qu’ailleurs, le citoyen de Los Angeles étant éloigné de plusieurs fuseaux horaires de celui de Boston, le noir de Harlem n’ayant aucun trait commun avec le planteur de coton de la région de B?ton Rouge, le «docker» italien de New York se souciant assez peu des états d’?me de son collègue chinois de San Fransisco. Il s’agit d’une agrégation étonnante de races, de langues, de religions, de modes de vie et de pensées différents. Les particularismes locaux sont très forts, nous dit-on (49). Et les expériences étrangères du régime présidentiel, par exemple, montrent par ailleurs que les forces centrifuges lui sont moins préjudiciables que l’inverse. Pourtant, il n’a jamais abouti, si nous ne nous trompons pas, aux Etats-Unis d’Amérique à la dictature du président ou à l’anarchie congressionnelle qui apparaissent ailleurs, particulièrement sur le continent africain (50).
B.3.3 L’exigence de la démocratie posée en actes
Avec la facilité et la multiplication des moyens de communication, il y a aujourd’hui partout un éveil tel qu’il n’est pas admissible de laisser les dirigeants agir comme Louis XIV et Louis XV. Un seul homme ne peut plus de nos jours imposer son esthétique ou son goût à toute une nation. La science a démontré qu’aucun humain, tant que nous sommes, n’a le monopole de la vision cohérente (51). Il a été observé que quelque soit son intelligence ou sa bonne volonté, tout détenteur du pouvoir, faute de contrepoids finit toujours par en abuser, par aller trop loin, parfois jusqu’à sa perte et à l’effondrement de ce qu’il a construit. L’histoire politique est remplie des cas des dirigeants ayant connu de tels dérapages. La démocratie est donc perçue aujourd’hui comme une conquête de tous les instants, fondée sur l’engagement constant et la vigilance de chaque citoyen, gouvernants, opposants société civile, même si elle requiert des uns engagement et sagesse, des autres patience et vigilance tous azimuts et de tous une culture (52). Car l’équilibre démocratique ne peut s’obtenir que si les dirigeants trouvent en face d’eux une population consciente de ses droits et devoirs et apte à formuler de façon claire des revendications raisonnables. On ne fait pas l’autocratie au moment où tout le monde fait la démocratie, on ne fait pas la démocratie avec des formules et des slogans, mais avec des hommes et des femmes qui se voient, s’apprécient et s’opposent parfois. «Ce qui s’oppose coopère et de la lutte des contraires procède une belle harmonie», disait HERACLITE. On observe d’ailleurs la généralité de ce dualisme dans la nature, de la matière jusqu’aux sexes. En effet, toute la régulation des processus du règne vivant est du type antagonique. Ainsi les battements de notre cœur par exemple sont-ils fixés par un équilibre entre la tendance du système nerveux sympathique à les accélérer et celle du parasympathique à les ralentir. Tous les penseurs occidentaux respectueux du réel et des conditions de vie qui sont antinomies, oppositions, luttes des contraires ont poussé leurs recherches dans ce sens, à commencer par ceux qui se sont inspirés du christianisme et notamment de grands conciles du quatrième siècle. Je pense bien sûr aux esprits dialectiques, à PASCAL, KIERKEGAARD ou NIETZCHE et aux doctrinaires politiques comme J.J. ROUSSEAU, TOCQUEVILLE, PROUDON…mais aussi aux écoles récentes des physiciens et logiciens.
Conclusion
Dans cette étude, je me suis efforcé de faire une sélection de la gamme immense et variée des crises africaines actuelles. Elles en disent long sur les institutions passées et présentes qui ont, à peu près, expérimenté toutes les variantes que l’imaginaire juridique peut explorer. Je constate que l’Afrique est, on ne peut le nier, en retard, mais je suis certain que tôt ou tard elle devra, si pas rattraper, tout au moins suivre les autres. La crise africaine actuelle n’est pas la crise du droit. Car ses aspects caractéristiques comme l’obsession du pouvoir (53) ou encore l’amour du pouvoir pour le pouvoir(54), l’incapacité de certains dirigeants africains de voir les choses autrement qu’ils le désirent (55), le fait des autres qui cherchent la lumière tout en gardant les yeux fermés (56), ou de ceux qui opposent les poitrines des hommes partout où aujourd’hui on oppose le dialogue (57) ou d’autres qui se lancent dans des aventures guerrières à la victoire desquelles la part du hasard est si grande qu’il est impossible d’affirmer que leurs plans sont réalisables (58) ou encore d’autres qui utilisent la méthode très ancienne assidûment pratiquée par les vieux sophistes de l’Agora et consistant à crier au feu pour faire croire à un incendie et se donner le mérite de l’avoir éteint (59), de même le fait de ceux qui comptent ramener la paix dans leur pays par des alliances qui en contrecarrent d’autres (60) ne sont nullement sous la dépendance du droit. La crise africaine actuelle c’est le fait des hommes et des hommes politiques, en particulier. Elle n’est pour autant une fatalité, elle n’est que maladie de jeunesse. La vie de toute société est faite des hauts et des bas. Du fait de sa génération de jeunes intellectuels plus dynamiques et plus progressistes, de sa riche histoire en évènements, de ses souffrances, de ses richesses naturelles, l’Afrique porte en elle les germes d’un meilleur avenir. Ces germes demandent simplement d’être fécondés (61). Bien plus, l’Afrique n’est plus seulement l’Afrique, mais une partie du monde dont les données sont marquées par la dimension planétaire. Il est donc devenu impératif pour tous les responsables qui règlent le fonctionnement de la société de s’y adapter sous peine de préparer des rattrapages du type révolutionnaire. Les idées aujourd’hui franchissent les frontières et modifient les mentalités. Les structures sociales doivent suivre. Il n’est pas surprenant que par réaction devant les phénomènes mondiaux, la tentation soit grande de s’enfermer dans un système que l’on croit original, mais qui ne peut pas, à plus long terme résister à la pression des faits. Les savants et les techniciens le savent bien ! Que sont devenus de nos jours les principes fondamentaux en valeur au siècle dernier ? Les monarchies sont devenues constitutionnelles, la femme l’égale de l’homme, l’orgueil colonial s’est transformé en complexe, les transformations qui s’opèrent au sein-même de l’Eglise et l’œcuménisme illustrent bien la possibilité de se séparer des idées d’autrefois, des particularismes et parfois des superstitions pour créer et suivre des courants nouveaux. Les prêtres n’ont pas seulement abandonné la soutane, ils sont en passe de changer de mentalité. Bref, il n’existe plus grand-chose des mythes d’antan. Toute conversion est une bataille, qu’on ne l’oublie pas. Celle-ci doit être livrée contre tous ceux qui, pour des motifs variés sont encore les tenants du passé contre l’avenir même s’ils se parent des plumes du progrès. A défaut de cette association favorisée par le rapprochement que la science opère entre les hommes, l’Afrique sera condamnée à perpétuité à stagner dans les divisions, les oppositions stériles et même à suivre la pente d’une régression sans retour, à s’effilocher comme les presqu’îles que la mer attaque, et alors l’avènement du progrès en Afrique ressemblera au rendez-vous du soleil avec la lune ! Aujourd’hui la démocratie, le respect et la promotion des droits de la personne humaine, sont prisés parce que ce sont notamment ces principes qui, mieux que les autres, donnent vie à une société civilisée, stable et prospère. La question qu’il me reste à poser est de savoir pourquoi la résistance à se convertir à ces valeurs universelles est-elle si farouche en Afrique et comment se fait-il qu’alors même qu’elles sont unanimement admises, ces idées n’aboutissent pas en Afrique ? Parce que nul ne peut répondre de façon sommaire à une question aussi complexe, je laisse à l’historien, au sociologue, au psychologue et peut-être en définitive au psychiatre le soin de répondre. Si dans leurs recherches des causes et remèdes ils dégagent quelques suggestions pour promouvoir un comportement plus sain et plus responsable de l’homme politique africain, alors ils auront ouvert les portes de l’espoir et je ne peux que saluer leurs efforts. Lénine n’aurait pas existé sans Marx, les évènements de 1789 n’auraient pas pris la tournure qu’on connaît s’ils n’avaient pas été influencés par les encyclopédistes, le phénomène OBAMA n’aurait pas vu le jour si Martin Luther King ne l’avait pas préparé. Je ne suis pas un politicien qui a été juriste, je ne suis qu’un juriste qui participe au débat des politiciens (62). Si ces quelques considérations peuvent aider à mieux comprendre les faiblesses et les atouts de l’Afrique et par voie de conséquence contribuer à la prescription de la cure, j’aurai atteint mon but. Ce que j’aimerais en tout cas c’est que mes réflexions soient relayées par tous ceux qui aiment l’Afrique et la veulent nouvelle et meilleure, et la modestie avec laquelle je présente cet article dont les imperfections ne m’échappent pas me permet de leur souhaiter bonne chance et de voir couronner leurs efforts.
Publier sa pensée ce n’est pas seulement un droit, c’est même un devoir. Si elle est bonne, on en profite, mauvaise, on la corrige et on en profite encore.
Note to the reader
The aim of this paper is to put political events as observed in Africa today into meaningful descriptive and analytical frameworks. I seek to do this by considering current events or practices in their historical, political, economical, legal and social contexts. It is an approach which not only is rigorous in its method, but also relates the realities of Africa to a sound conceptual base.
My purpose throughout this essay is also to describe and outline those empirical findings and analytical tools which help to explain the complex nature of African crisis in its many contrasting often contradictory and sometimes confusing aspects.
It is to be hoped that by using this article, my readers will gain some insights not only into the rich diversity but also into the essential unity of African realities. My article should furthermore enable readers to obtain a best understanding of some of its blatant weaknesses, and some of its manifest rituals together with a few of its hidden subtleties.
So often, uninformed observers seek simple answers to what, in reality, is complicated questions. To take an example, early in 1990s, many critics of African political regimes naively assumed that pluralist elections or legal reforms would bring corresponding changes in activities and behaviors of leaders and their representatives. But the advocates of all these changes were clearly disappointed soon later. Indeed, it was observed that the new multiparty States proclaimed in 1990 were going to solve nothing. Soldiers again removed an existing civilian government. They did this, they say, because the civilian government had ruined the economy of the country, generated national dissension and instability and engaged in massive rigging of elections with the attending of violence and insecurity of lives and property ( Buyoya in Burundi, Abacha in Nigeria, Sassou Ngouesso in Congo-Brazaville, the assassination of President Mainassara in Niger, more recently the presidential elections in Kenya and Zimbabwee…I would say the circle of negations seems complete. Democracy has become a fantasy of what the term is supposed to mean.
In my view, democracy is first and foremost a state of mind, an act of consciousness. Because of the complexity of this African crisis, my efforts are aimed to achieve some degree of balance between considering common practices and theoretical principles, between providing concrete examples and abstract concepts, and between discussing past experience and present controversy. I seek rather to provide a document which encourages its readers to be skeptical about simplistic explanation of African phenomena.
Jean-Marie Dikebelayi
September, 2009
(1) Je cite au hasard, au gré des réminiscences
(2) Article 9 des statuts du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), ancienne formule ; Africa’s New Bloc, Dan CONNEL and Frank SMYTH, Biblio country Reports Information no2/1998 ; Muangi S. KIMENYI, Harmonizing Ethnic claims in Africa : A proposal for Ethnic-Based-Federalism, The Cato Journal, vol 18, no 1 Spring/Summer 1998, p.43
(3) En juin 1990, à l’occasion d’un sommet franco-africain réuni à la Baule, le Président français François MITTERAND invita ses collègues à s’engager sur la voie de la démocratie liant l’effort de coopération de la France au respect des libertés fondamentales ; le 25 mai de la même année, le Gouvernement belge décide de suspendre la préparation de la Commission mixte belgo zaïroise prévue pour le mois suivant et renonce à accorder au Zaïre un prêt d’Etat à Etat d’un montant de 350 millions de francs tant que la commission d’enquête internationale n’a pas fait la lumière sur le » massacre » des étudiants sur le campus universitaire de Lubumbashi.
(4) On assiste au changement de l’environnement international caractérisé par la fin de la guerre froide à la suite de la chute du mur de Berlin et du démembrement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques et de ses satellites.
(5) Le Bénin, le Congo Brazzaville, le Madagascar, le Togo, le Gabon, la Guinée Conakry, le Cameroun, le Burkina Fasso, le Nigeria, le Mali, le Tchad, le Zaïre…
(6) La démocratie ne se réduit pas seulement à un système majoritaire de la loi, elle n’est pas non plus une simple recette juridique ou politique, mais un style de vie et de civilisation capable d’alimenter la pensés des sociétés et de dicter aux hommes des images de comportement. Ainsi entendue, elle implique d’autres critères comme les droits de l’homme, la protection des minorités, l’alternance, l’instauration d’une société des valeurs républicaines et non du meilleur gagne !
(7) Le 21 octobre 1993, le président Melchior NDADAYE, démocratiquement élu est assassiné au Burundi ; le 23 juillet 1996, coup d’Etat du major Pierre BUYOYA, tombeur de l’ex-président Sylvestre NTIBANTUNGANYA ; au Rwanda voisin, c’est la disparition dramatique du président Juvénal HABIARIMANA et les effets du génocide de 1994 ; le Centrafrique a connu plusieurs mutineries depuis le printemps1996, les militaires qui réclamaient au mois de mai le paiement de leurs arriérés de salaire exigeront par la suite ni plus ni moins que la démission du président Ange Félix PATASSE ; les affrontements à l’arme lourde et à la roquette ont opposé au Congo Brazzaville les partisans de l’ancien président Pascal LISSOUBA et de son rival Denis Sassou NGUESSO avant que ce dernier, tel Henri l’oiseleur réincarné ne se couronne chef d’Etat (L’Oiseleur, médiéval duc de Bavière s’était couronné lui-même sans le rituel de l’Eglise catholique) ; en juillet 1997, une bataille rangée avait opposé au Kenya les manifestants et les policiers, ces derniers avec une gâchette facile n’avaient pas hésité à tirer des balles réelles sur les premiers ; le grand Nigeria s’est, lui, distingué d’abord par l’annulation de l’élection présidentielle de juin 1993 vraisemblablement gagnée par le richissime Moshoad ABIOLa, leader du Social Democratic Party qui paiera très cher son succès, puis par l’exécution de l’écrivain Saro WIWA et de huit autres opposants en 1995 ; l’armée nigériane est intervenue sous les culeurs de lECOMOG, la force ouest-africaine d’interposition pour ramener aux affaires le régime civil de Ahmed Tanja KABBAH au Sierra Léone ; les ex-zaïrois qui avaient cru que le pays allait accéder à la démocratie à la faveur du changement de gouvernement ou de président ont déchanté, étant donné que les nouveaux dirigeants du Congo-Zaïre semblent avoir d’autres préoccupations ; avec l’assassinat le 9 avril 1999 du président MAINASSARA, le Niger est retourné à la case départ et le pays est loin de la renaissance démocratique et économique que le défunt président avait promis tambours battant aux nigériens après son coup d’Etat légitimé par l’élection de 1998 fort contestée.
(8) Au final il est permis de s’interroger dans les meilleurs de tous ces cas si ce sont les anciens dirigeants déposés hier par le verdict des urnes qui se sont convertis ou ce sont plutôt leurs peuples qui se sont corrompus ! C’est cette démocratie-fantaisie, ce couple démocratie-hypocrysie que nous désignons par ce néologisme «démocrysie».
(9) Basil DAVIDSON, The black man’s burden : Africa and the course of the Nation-State, first published,1992 ; KAYEMBA NTAMBA Mbilanji, Modernité sous l’identité culturelle d’emprunt en Afrique noire post-coloniale, Annales de la Faculté de Droit de l’Université de Kinshasa, 1984 ; TSHIYEMBE MUAYILA,, L’Etat post-colonial facteur d’insécurité en Afrique, Présence Africaine, Paris, 1990
(10) Lorsque les troupes de L.D KABILA ont pris le contrôle de la capitale Kinshasa, certains habitants ont visité les lieux abandonnés par le président fugitif les pillant jusqu’aux carreaux ; à Brazzaville, pendant que certains soldats de SASSOU se vautraient dans les draps du président LISSOUBA déchu, on a vu d’autres improviser une rumba sur la table lastrée du conseil des ministres ; Samuel DOE au Libéria a été envoyé ad patres après avoir été torturé sans pitié par les soldats de Prins JOHNSON. Ainsi finissent beaucoup de régimes africains, dans un capharnaüm des perruques ou de kalachnikovs, des fétiches et d’alcool, en tragédie ou en comédie !
(11) Aux yeux du monde l’Afrique est un cas désespéré disait un auteur (Mario PEDINI, Laissons l’Afrique gérer son histoire, in Jeune Afrique no1971 du 20 au 26 octobre 1998, p 24)
(12) On n’a jamais construit l’avenir en s’appuyant sur MACHIAVEL. Il n’y a pas de stratégie de grande envergure dans MACHIAVEL : les médiocres conseils qu’y trouvent ceux qui veulent se maintenir au pouvoir dans des sociétés non évolutives en faisant croire au peuple qu’il est heureux ou en se donnant les moyens de le tenir maté ne préparent pas l’avenir !
(13) Voir le Journal Le Soir illustré, Hebdomadaire belge no3379, 26 mars 1997, p.30
(14) Les idéologies ne font que prolonger les religions qu’elles ont d’ailleurs voulu combattre ou remplacer, et elles finissent par se scéleroser, par freiner l’évolution.
(15) Lors de sa visite en Côte d’Ivoire il y a quelques années, alors maire de Paris, Jacques Chirac avait déclaré que la démocratie était un luxe pour l’Afrique
(16) Le Virus mortel du racisme qu’on croyait éradiqué était seulement entré en mutation. On le voit aujourd’hui réapparaître, plus que jamais toxique avec les partis de droite de la droite en Europe comme le Front National du tristement célèbre Jean- Marie le Pen, Le Vlaams Belangen en Belgique, le FPO en Autriche. La race n’est ni un avantage ni une excuse !
(17) Les russes partageaient avec les juifs la dernière place dans cette hiérarchie des races où les allemands occupaient le sommet. L’Allemagne était considéré comme le domaine royal prédestiné à une race des surhommes !
(18) William STENVESON, La Confrérie Bormann, Edit. France-Empire, 68, Rue J.J Rousseau 75001, Paris
(19) Qu’on pense aux noms comme Emmanuel KANT, F. HEGEL, L. FEURBACH…On sait, par ailleurs que l’Allemagne fait partie du groupe de sept pays les plus industrialisés du monde ; voire le feuilleton » A la découverte de l’Europe, l’Europe en mouvement » », Office des publications officielles des Communautés Européennes, Luxembourg, 1996.
(20)Basil DAVIDSON, Africa in History, Themes and Outlines, first published, 1974. D’autre part les récentes recherches semblent indiquer que le jardin d’Eden, c’est-à-dire le lieu où vécurent Adam et Eve était en Etshiopie, voire en Somalie (Jeune Afrique no1993 du 23 au 29 mars 1999, p. 17)
(21) La montée du chômage engendre souvent des réactions xénophobes chez les européens les plus vulnérables à la crise économique. Hitler, lui, brandissait des arguments nationalistes, il en ajoutait des plus tangibles, perspectives des titres et pouvoirs, de quoi éblouir un obscur militant, en effet, on manipule les foules comme on séduit une femme !
(22) Par exemple, tout le discours du président MOBUTU à la tribune des Nations Unies en 1974 était centré sur ce thème ; voire aussi Basil DAVIDSON, The black man’s burden…op. cit.
(23) En septembre 1979, la France a appuyé le coup d’Etat de David DACKO pour renverser l’empereur BOKASSA. L’opération baptisée «Barracuda » avait été conduite par un officier français de la marine, le colonel Mantion. Le 7 juin 1982, Hissen HABRE armé par Washington entre dans la capitale tchadienne que vient de quitter GOUKOUNI sous protection lybienne (Pierre FLAVIER, Michel Martin ROLAND, la Décennie MITTERAND, Edit. Du Seuil, Paris, p. 337 et ss). Lire aussi « «Les coups d’Etat c’étaient eux» de Béchir Ben YAHMED, in Jeune Afrique no1982 du 5 au 11 janvier 1999.
(24) Naguère, les conflits en Afrique étaient les manifestations régionales de la confrontation Est-ouest. Le cas de l’Angola est l’exemple le plus parfait. Même au plus fort du conflit entre la Somalie et l’Etshiopie dans les années 1970, les USA et l’URSS ont toujours eu prise sur les protagonistes. Ils pouvaient au gré de leurs intérêts et de période de détente dans leurs relations ralentir le rythme de la violence. Mais l’enjeu des guerres africaines d’aujourd’hui me semble le leadership régional et la main mise sur les richesses du sous-sol si elles ne sont pas un moyen pour faire parler le désespoir. C’est pourquoi pour spectaculaire et réelle qu’elle soit sur un continent dont on sait qu’il est historiquement voué aux convoitises et rivalités entre puissances occidentales, l’initiative étrangère doit être ramenée à sa juste mesure. Si elle subsiste encore, l’influence étrangère a diminué d’intensité. Les USA, La grande Bretagne, la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas ,la Belgique, le Portugal… recourent aujourd’hui à des formes d’ingérence à caractère économique.
(25) Propos d’Aimé CESAIRE recueilli par Fawzia ZOUARI et Annick THEBIA Meslan au cours d’une interview publiée dans Jeune Afrique no1966 du 15 au 21 septembre 1998, p.42. Voir aussi Lee KUAN YEW, cité par Béchir Ben YAHMED, in Jeune Afrique no1965 du 8 au 14 septembre 1998, p.5
(26) Voir Jean-Marie DIKEBELAYI MUAMBA, Les Réformes Intervenues en Droit Pénal Zaïrois depuis le 30 juin 1960 et leur Impact sur le Développement Socio-économique, Mémoire de Licence, Faculté de Droit, Université de Kinshasa, juillet 1987, p.10 et ss.
(27) «Je n’ai pas choisi mon terrain de combat, je n’ai fait, écrit Cheik Anta DIOP, que répondre aux débats de mon époque» (Cheik Anta DIOP, Antérioritédes civilisations nègres, Mythe ou Verité historique ?, Présence africaine, Paris, 1967
(28) Basil DAVIDSON, Africa in history…op.cit, p. 298 et ss; un vieux dicton anglais dit: “Necessity is the mother of invention”
(29) La “polis” en grec ou “civitas » en latin sont deux termes associés à la même notion de vie en commun dans une ville
(30) Un adage populaire dit «Roma was not built in a day and time would do its work”
(31) L’Europe, par exemple, a un long passé, une longue expérience de la cité. C’est pourquoi l’histoire montre qu’elle est revenue de beaucoup d’idéologies. Parlant des crises africaines dans son article intitulé » Laissons l’Afrique gérer son histoire » , Mario PEDINI, sénateur et ancien ministre, membre du Conseil Consultatif de la Convention de Lomé et Président d’ANAFRICA, l’organisation patronale italienne chargée des relations avec l’Afrique fait cette déclaration qui va dans le même sens » L’Europe fut confrontée à des crises de ce genre après la chute de l’Empire romain… »
(32) Aimé CESAIRE, propos recueillis par Fawzia ZOUARI et Annick Thébia MELSAN, op. cit. p.43
(33) Basil DAVIDSON, The black man’s burden…op. cit p.21
(34) J’emprunte les termes se rapportant à cette notion à l’excellent article du Professeur KAYEMBA NTAMBA précité.
(35) C’est le principe physique de l’explosion ou la libération d’une force longtemps comprimée ; c’est le moment où, parce que l’on trop appuyé sur le couvercle la marmite saute, c’est le rattrapage d’un retard accumulé, la revanche à l’égard d’une politique autoritaire qui n’a pas été librement consentie. Bill Clinton, l’ancien Président américain l’ avait reconnu dans chacun de ses discours lors de son périple africain en mai 1998 : «…L’Afrique recèle des potentialités dignes d’intérêt, mais elle a été victime d’injustices sociales dont on lui doit réparation » (New African, no363, May 1998)
(36) Basil DAVIDSON, Africa in History..op. cit p. 301
(37) Idem
(38) Sauf le Nigeria, Basil Davidson, Africa in History…op cit. p.336
(39) Kayemba Ntamba Mbilanji, Modernité sous l’identité culturelle d’emprunt…op. cit.
(40) L’Afrique ne copie pas nécessairement ce que les pays dominants ont de plus efficace et de plus enviable, notamment la foi dans le progrès, les choix courageux, la discipline des fonctionnaires, la loi de l’effort, l’amour du travail bien fait, le sentiment du devoir accompli, le respect de la dignité humaine…, par exemple, mais copie l’occident qu’au rabais ! On veut des régimes de l’Ouest avec des lois de l’Est, des régimes civils avec des méthodes militaires. De même qu’on ne peut pas faire la guerre avec une armée d’avocats, on ne peut pas faire la démocratie avec des moyens autocratiques.
(41) Voir « Le Progrès des Nations » , UNICEF. Chaque année, en effet, ce magazine classe les pays selon les progrès qu’ils ont accomplis dans les domaines-clé comme la santé, la protection des droits des enfants, l’accès à l’assainissement, le taux de mortalité, le taux de scolarité, la justice, le chômage, l’extraversion économique…La lecture de ce rapport interpelle chaque année toutes les bonnes consciences sur la situation de l’Afrique !
(42)Lors de l’offensive des rebelles contre le régime de MOBUTU au Congo, on a vu des villes tomber les unes après les autres comme les fruits mûrs. Bukavu, Goma, Kisangani, Mbuji Mayi, Lubumbashi, Kananga, Kinshasa…toutes ont été prises sans combat, une guerre sans bataille, sans ennemis. La population zaïroise pressée surtout d’être débarrassée de la dictature de MOBUTU a dans son ensemble bien accueilli l’arrivée des rebelles.
(43) Dans son article intitulé «France-Afrique : premières leçons d’un désastre » », Georges SARRE, député de Paris et porte parole du Mouvement des Citoyens de Jean Pierre Chèvenement déclare en termes non équivoques : «cessons de soutenir les pouvoirs honnis au nom du statu quo rassurant » (voire Jeune Afrique, no1906 du 16 au 22 juillet 1997, p.96)
(44) Dans l’ex-Zaïre par exemple, du temps de MOBUTU, le clanisme minait le commandement : les postes les plus convoités de la haute hiérarchie militaire revenaient, pour la plupart, aux galonnés natifs de l’Equateur, la province natale du feu maréchal président. Dans son numéro 1067 du vendredi 11 juillet 1997, Modeste MUTINGA, éditeur du quotidien congolais « «Le Potentiel » dénonçait la lutte des clans au sein du pouvoir de Kinshasa, lesquels avaient pris le nouveau président en otage et invitait les congolais à libérer le « «libérateur» .(Notez que libérateur c’est une distinction dont les africains en général et les congolais en particulier se montrent très prodigues). De son côté, sa consoeur La Référence Plus de la même date, dans son éditorial intitulé «Chacun pour soi » mettait en évidence la lutte entre les katangais (de Katanga, province dont L.D. KABILA était ressortissant) et les Banyamulenge» lesquels s’épiaient, d’après le journal, en adversaires, près à en découdre à la moindre occasion. Nous, nous disons que les clans, les tribus existent et existeront toujours, mais il ne peut y avoir un Etat pour chaque tribu, ni pour chaque clan, à l’inverse il est inacceptable qu’une République, qu’un Etat soit monopolisé par une seule tribu ou un seul clan !
(45) Basil DAVIDSON, Africa in History…op cit
(46) Johanna Mc GEARY and Marguerite MICHAELS, Africa, A new spirit of self-reliance is taking root among many Africans as they seize control of their destiny. What are they doing right?, in Time magazine vol. 151 no13 March 30,1998, p.52
(47) Les données de la politique moderne sont marquées par la dimension mondiale. En effet, il est universellement admis aujourd’hui qu’aucune nation, aucun Etat ne peut s’isoler des autres groupes humains vivant dans d’autres parties du monde, car l’action, le comportement, la situation géographique ou géopolitique de ceux-ci ont une influence directe ou indirecte sur la destinée des autre nations. Le progrès scientifique et technique réalisé par les uns, par exemple, conditionne, si pas le futur de toute l’humanité, mais tout au moins de beaucoup de nations. La mondialisation est le résultat de cette révolution technique. Son déclencheur politique semble être la fin de la guerre froide, avec l’écroulement de l’empire communiste et aussi l’impasse de toutes les expériences tiers-mondistes développement autosuffisant. Tous les pays ont intérêt à entrer dans le cercle de la connaissance scientifique et technique et adhérer à des valeurs universellement acceptées. Aucun d’eux ne devrait donc pas prendre la lourde responsabilité de rester délibérément sur le bord de la route.
(48) Cela répond d’ailleurs au vœu de l’Organisation des Nations Unies qui avait proclamé le 14 novembre 1994, (1995-2005) la Décennie de l’enseignement des droits de l’homme.
(49) Jean Paul Jacqué, Droit Constitutionnel et Institutions Politiques, Edition Dalloz, 1994
(50) Par exemple des crises constitutionnelles incessantes ont opposé, au Congo-Zaïre le Président Joseph KASAVUBU et le Premier ministre LUMUMBA en 1960, le président MOBUTU et le Premier ministre THISEKEDI en 1993, le Premier ministre TSHISEKEDI et le Parlement de transition en 1997 rendant ainsi impossible la stabilité institutionnelle. Les conflits de même nature ont opposé au Bénin le Président Nycéphore SOGLO et la Cour Constitutionnel lors de son mandat.
(51)D’après les psychologues, chaque être humain, à un degré plus ou moins prononcé, a de lui-même une opinion avantageuse et en lui -même une excitante vanité qui le pousse à revendiquer un rôle de premier plan si cela le place au cœur d’une situation hors série. La naïveté, la bêtise, l’intérêt servent parfois de support à cet aspect particulier de mythomanie, mais il y a aussi la peur ! Dans les actions et réactions de tous, on trouve l’éventail complet de ce trouble et dangereuse faiblesse. Par exemple le président MOBUTU avait mis l’armée au service de ses ambitions personnelles : se maintenir au pouvoir à tout prix. Cette ambition l’avait entraîné plus loin qu’il n’aurait peut-être pas souhaité, et une fois lancé son orgueil l’avait empêché de reculer. La vielle maxime «Power corrupts n’est pas une vue de l’esprit » !
(52) Béchir Ben YAHMED, Président directeur général et directeur de publication du journal Jeune Afrique donne du processus démocratique une image que je trouve assez juste » …La démocratie, écrit-il, n’est pas quelque chose qui s’instaure du jour au lendemain ; un pays n’y accède pas à la faveur d’un changement de gouvernement ou de président, ni à l’issue d’une élection. L’expérience montre qu’elle est une construction progressive, dont le rythme est difficile à trouver. Si l’on va très vite, on risque l’accident, voire le retour en arrière. Opte t-on pour une construction prudente ? Ses lenteurs, ses pauses susciteront l’impatience des uns, les accusations des autres. Ce qu’il faut ? Pas l’immobilisme ni de hâte, un peu de démocratie chaque jour comme une bouteille qui se remplit petit à petit, mais sûrement». «La démocratie est une maison dont les fondations sont longues à mettre en place. Pour qu’elle devienne votre maison, vous commencez par faire connaissance de l’antichambre, vous passez ensuite au salon d’attente où vous séjournez plus ou moins longtemps avant d’accéder enfin à la salle à manger et aux chambres et d’habiter la maison pour de bon » in Jeune Afrique no1935 du 10 au 16 février 1998, p.4 ; no1991 du 9 au 15 mars 1999, p. 6
(53)Le passe-passe togolais, le vote plébiscite burkinabé, les dérapages kenyans, zimbabwéens, camerounais, congolais, gabonais, la farce tragique du scrutin guinéen, le jeu de cache-cache ivoirien et tant d’autres…toutes ces impostures électorales ou mascarades ont pour effet de jeter un discrédit sur la voie des urnes comme en témoignent surabondamment le faible taux de participation aux élections et d’enraciner dans l’opinion africaine que seul le recours à la force peut apporter des changements politiques souhaités. On est en droit de penser que ces dirigeants n’ont pas à cœur le développement de l’Afrique, ils sont simplement malades du pouvoir. Car, les souffrances du peuple, les épidémies qui déciment les familles entières, les années scolaires ou académiques blanches qui se suivent, les voies de communication qui se dégradent, les hôpitaux qui deviennent des mouroirs, les économies qui se détériorent ne semblent pas troubler leur sommeil. La preuve, quel que soit leur bilan, ils sont perpétuellement près à briguer d’autres mandats.
(54) Les ex-zaïrois, par exemple, savent comment le jeu du chat et de la souris entre MOBUTU et son opposant historique E. TSHISEKEDI s’agrémentait d’étranges péripéties !
(55) Toujours au Congo-Zaïre (où je puise beaucoup de mes illustrations, non pas que les autres pays africains n’en fournissent pas, eux aussi, mais parce qu’ils me sont moins familiers, et surtout à cause du rôle que le Congo-Zaïre devrait jouer sur l’avenir de l’Afrique), l’option prise par le peuple zaïrois réuni en conférence (CNS) d’engager le pays sur la voie qui devait le conduire vers les élections libres, démocratiques et sans fraude, de créer un Etat de droit respectueux de l’ordre et des libertés fondamentales et favorable aux investissements tant nationaux qu’étrangers, était de l’avis d’un grand nombre d’experts nationaux et étrangers qui aiment le Congo la meilleure et une réelle chance pour un pays riche comme le Congo-Zaïre de décoller et jouer son rôle de gâchette d’une Afrique libre, démocratique et prospère après plusieurs années de chaos. Seul contre tous, le maréchal du Zaïre refusa catégoriquement de s’impliquer dans ce processus et multiplia les obstacles pour le bloquer. Devant l’ouragan de l’histoire, toutes ses manœuvres n’étaient ni plus ni moins que des gesticulations d’un oiseau blessé au vol, qui continue de battre l’aile, mais dont la chute est certaine ! Ce que les ex-zaïrois cherchaient dès lors c’était quelqu’un de tempérament brutal dont E. TSHISEKEDI et ses pairs de l’opposition intérieure étaient cruellement dépourvus pour prendre les armes (même si cela était contraire à l’ordre formel et parfaitement justifié posé par la CNS, car il est des actes de courage qui excitent l’admiration et font même oublier les crimes) et précipiter seulement la chute du régime à laquelle l’opposition non violente et les écrits de la presse privée avaient déjà donné une impulsion décisive. Le hasard (parce que l’on ne peut dire avec certitude aujourd’hui que le choix du peuple n’eut peut-être pas appelé quelqu’un d’autres à la place que L.D KABILA avait accaparée d’autant plus que tout le monde envie le roi et il est probable que tout le monde voudrait être roi) a fait que ce quidam soit LD KABILA, président de l’Alliance des forces dites démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) dont le credo à l’avancée des troupes, c’est encore frais dans la mémoire collective, était Changement et re-démocratisation du Congo car, selon ce mouvement, le processus de démocratisation du Congo qui était déjà debout a été stoppé par le coup d’Etat du 24 novembre 1965 ayant porté MOBUTU au pouvoir. L’AFDL au pouvoir, les ex-zaïrois avaient-ils obtenu ce qu’ils cherchaient en se dépensant sans compter et en jetant toutes leurs forces physiques et spirituelles dans le combat pour la chute du régime mobutien ? le Congo-Zaïre est-il re-démocratisé ? Aux ex-zaïrois eux-mêmes de répondre. Mais l’on peut constater seulement que le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) n’est plus au pouvoir, après c’était le AFDL qui a passé le flambeau au PPRD qui gère les affaires maintenant, mais l’échangeur de Limette est toujours resté à sa place !
(56) Combien des sommets ont été organisés sur la crise de la région des Grands Lacs ? Que dire de tentative de l’ONU pour le retour de la paix au Darfour, au Kivu, au Tchad ? Voir aussi Jeune Afrique no 1988 du 16 au 22 février 1999, p. 6
(57) Toutes les parties impliquées dans la guerre à l’ex-Zaïre parlaient d’une guerre longue. C’est pourquoi toutes les tentatives de ramener la paix dans ce pays ont du mal à franchir le stade des vœux pieux. Pas étonnant que beaucoup de chairs à canon utilisées par les politiciens de tout bord pour leurs ambitions personnelles se laissent tirer dans les dos dans cette guerre inutile !
(58)Au regard du manque de programme et des moyens dérisoires de certaines rebellions africaines aujourd’hui, on est tenté de croire que ce sont des aventures soit pour se faire la place au soleil, soit pour nourrir le ventre. C’est pourquoi on constate parfois l’ardeur de certains belligérants s’éteindre comme un feu de paille.
(59) Le mystère qui entourait l’identité des auteurs des massacres en Algérie et l’incapacité du pouvoir à y mettre un terme avait fait dire à certains, à un certain moment, notamment aux organisations de défense des droits de l’homme algériennes que tous ces massacres étaient orchestrés par le gouvernement
(60) Les alliances des belligérants dans la guerre au Congo-Zaïre étaient une belle illustration. Difficile de déterminer les responsabilités en cas de méfiance mutuelle !
(61) Comme l’avait déclaré Lionel JOSPIN lors de la campagne des élections législatives de 1997 « la politique est une chose sérieuse. Elle est responsable des lendemains qui chantent comme des lendemains qui pleurent »
(62)De même qu’un bon sociologue ne saurait ignorer le droit, un juriste complet ne saurait se désintéresser des évolutions sociologiques
Africatime
Agence France Presse
Le Democrate Magazine