Rdcongo, de Mobutu aux Kabila, blanc bonnet, bonnet blanc!

Par Freddy Matundu Lengo

Il est vrai que la chute de Mobutu avait suscité beaucoup d’espoir pour l’avenir de notre pays, malheureusement treize années après nous sommes toujours à parler de la démocratisation, de la dictature, de la corruption, de la mal gouvernance qui n’ont jamais été vaincues. Les mêmes personnes qui avaient épuisé tous les épithètes pour représenter ce qui était le pouvoir honni de Mobutu, se sont mises à leur tour à pratiquer les décriées méthodes chères à ce dernier.Voilà pourquoi je viens soumettre à notre cher journal en ligne cet article intitulé: Rdcongo, de Mobutu aux Kabila, blanc bonnet, bonnet blanc! Pour montrer que dans la réalité, malgré les élections rien à changer dans les vécus socio-politico-économiques de notre chère patrie.

RD Congo, de Mobutu aux Kabila, blanc bonnet, bonnet blanc!

La République Démocratique du Congo, ma patrie, qui serait à en croire les dires de Frantz Fanon, la gâchette qui propulserait l’Afrique en avant, continue de sombrer dans les profondeurs abyssales de la pauvreté et de la mal gouvernance en dépit des élections générales organisées en 2006, censées doter le pays en déconfiture des dirigeants légitimes soucieux de l’avenir de celui-ci et à même de prendre à bras-le-corps les maux politique, économique et sociétal qui le gangrènent depuis plusieurs décennies et d’y apporter une alternative qualitative dans laquelle le peuple se reconnaîtrait et s’investirait.

La chute de Mobutu, dont le régime, scélérat, corrompit toute la société congolaise enivrée de vilenie, était une aubaine dans la mesure où la majorité de la population ne jurait plus que par ce départ et l’instauration d’un système démocratique. Tous les indicateurs économico-sociaux étaient au rouge et le peuple croupissait sous le fardeau de la misère  indicible et inclémente alors que les Apparatchiks du système se la coulaient douce, s’exprimant brillamment dans la concussion caractérisée et une insouciance sans pareille du vécu et du devenir du pays. Pire, ils plaçaient les fruits de leur prévarication à l’étranger en lieu et place de créer de l’emploi au pays. Beaucoup d’entre ces dirigeants, mis en cause par la commission des biens mal acquis et détournements de deniers publics de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), ont fini par rallier les règnes des Kabila sans rendre compte des crimes leur reprochés.

Mobutu et ses sbires ont laissé après leur fuite en 1997 un État dans un piteux état tout cadavérique, dont la réanimation passait, à coup sûr, par le rétablissement de l’autorité de l’État, inexistante les dix ultimes années précédant la chute, et par la bonne gouvernance qui n’a jamais été la religion de nos dirigeants et surtout par la sacralisation du travail qui a perdu toutes ses  lettres de noblesse, dès lors que les rémunérations en présence n’avaient du salaire que de nom, elles ne valorisaient ni le travail ni l’homme congolais.

La guerre conduite par Laurent-Désiré Kabila eut raison d’un de plus cyniques de régimes africains, son issue permit aux Congolais de reprendre espoir et foi en leur avenir, et l’homme qui défenestra Mobutu parut aux yeux de ceux-ci tel un héros animé de très bonnes intentions qui promit de se démarquer totalement de la gestion de son prédécesseur. Toute sa marche, facile du reste, partie de l’est du pays en 1996 jusqu’au 17 mai 1997 final sanctionnant le déclin du pouvoir du Maréchal, le nouvel homme fort de lieu se distingua par un verbe à l’antipode de la dictature et des antivaleurs. Raison qui explique en partie l’adhésion des Congolais dans la solution militaire pour pulvériser le système corrompu incarné par Mobutu.

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Oui, des intentions démocratiques avaient vite disparu, un système totalitaire et « égocratique », alors que l’ère était à la démocratisation de pouvoir politique africain, s’installa hélas, une fois de plus au Congo. Dissolution des partis politiques, expropriation des sols et sous-sol congolais par la clique au pouvoir (AFDL) avec toutes les conséquences que cela sous-entend, libertés et droits individuels bafoués, des pratiques d’autre temps refont surface au désarroi conjugué de ceux qui avaient eu la naïveté de faire la panégyrique du « libérateur » venu leur offrir la démocratie. A sa décharge, Kabila rétablit peu ou prou l’autorité de l’État malgré les méthodes discutables utilisées. Toujours est-il que l’homme en qui les Congolais investirent une forte confiance avant que son avatar apparaisse, et trônant aujourd’hui dans le Panthéon de héros de la Nation sans pour autant le mériter, loupa l’occasion tout en or d’entrer par la grande porte dans l’histoire tout simplement en démocratisant la vie publique congolaise, privée des libertés 27 ans durant. Rajouter de la dictature à la dictature ne peut être mentionné comme actif historiquement louable. Toute analyse contraire ne serait qu’imposture.

Après la mort de Laurent Kabila, le cercle très proche de ce dernier confia, officiellement s’entend, la destinée de la République Démocratique du Congo entre les mains controversées de Joseph Kabila. Or, en disséquant la sociologie politique africaine et en interrogeant la jurisprudence pléthorique de coups d’État perpétrés depuis les indépendances, l’on comprendrait que la version travaillée destinée à la consommation publique était loin de corroborer ce qui se passa réellement, car le putsch profite toujours à son instigateur, qui plus est en Afrique, le pouvoir n’est jamais offert sur un plateau. Comprenne qui pourra!

Voilà neuf ans déjà, dont quatre comme président élu, que Joseph Kabila détient les rênes du pouvoir en RDC sans que les vécus socio-économico-politiques ne changent d’un iota, bien au contraire:

Du point de vue politique, la constitution reconnaît trois pouvoirs traditionnels, indépendants les uns des autres avec comme chef du gouvernement un Premier ministre responsable devant l’Assemblée nationale. Cependant, sur le vif, le chef de l’État contrôle tout et n’hésite pas le moins  du monde à aller à l’encontre des dispositions constitutionnelles sans que la cour suprême ne le rappelle à l’ordre. Les pratiques utilisées par le pouvoir ne diffèrent en rien à celles érigées sous Mobutu. Arrestations arbitraires permanentes de tous ceux qui, imbus de démocratie et bonne gouvernance, dénoncent et contestent la dérive totalitaire du système. Les centres de détention politique foisonnent dont les services dépendent directement de la Présidence de la République.

S’agissant du social, la situation va de mal en pis, tout est en déliquescence: routes, écoles et hôpitaux publics, aucune allocation n’est accordée à la population, services sociaux quasi inopérants etc. La grande majorité de la population active demeure au chômage pendant que fonctionnaires et agents publics comptent d’innombrables mois d’arriérés de salaire.

Dans le terrain économique, rien n’est rassurant non plus, les investisseurs ne se pressent toujours pas ou presque aux portillons de l’État congolais. Le produit intérieur brut n’a quasiment pas évolué, il reste faible tant que l’industrie nationale ne s’est plus retapée depuis les pillages de triste mémoire. N’oublions pas non plus l’état de délabrement avancé de l’outil de production des sociétés minières, agricoles et celles évoluant dans les industries légères, qui empêchent d’engranger un PIB à la hauteur de la dimension de notre pays. Il est aussi un fait qu’une grande masse de recettes publiques va tout droit dans les poches de certains fonctionnaires, chose lamentable qui prive en partie l’État des moyens d’avoir un budget colossal susceptible de faire face au défi du développement.

Entre temps, c’est plutôt le secteur informel de la débrouille qui permet au pays, aux Congolais de rester sur orbite malgré l’incapacité des gouvernants à leur assurer le mieux-être.

A un an de la fin du mandat présidentiel, aucun programme de Joseph Kabila inclus dans ses « cinq chantiers » tant vantés, n’a connu le moindre soupçon d’achèvement, d’autres n’ont jamais débuté. Toujours pas d’eau, ni d’électricité pour une grande partie de la République, qui exporte soit dit en passant son électricité en Afrique du Sud, au Zimbabwe, en Angola et au Congo-Brazzaville, alors que pour les rares quartiers du pays qui peuvent encore en bénéficier, le délestage les en prive d’une bonne jouissance. Les routes, tortueuses, à l’abandon ne permettent pas l’évacuation de produits vivriers de premières nécessités vers les centres urbains. Aucun effort n’est fait pour relancer le secteur agricole qui, à lui seul, pourrait conduire le pays à l’autosuffisance alimentaire, voire à exporter certains produits superflus.

Au total, la dictature, la corruption, le clientélisme, l’impunité, la mal gouvernance, la dépravation de mœurs, la concussion sont autant d’écueils rédhibitoires qui pérennisent la pérégrination de la RDC dans les profondeurs ténébreuses du sous-développement, de la misère et de la médiocrité. Le plus grand obstacle reste le manque de volonté politique des dirigeants d’engager le pays dans la voie de la démocratie vraie et de la bonne gouvernance dans un système où la justice, seule, serait au dessus de tous pour faire respecter la loi et débusquer tous les criminels de tous bords qui peuplent l’espace politico-économique congolais qui ne jurent que par la perpétuation du système qui leur permet de s’enrichir sans cause et de jouir d’une impunité totale.

Néanmoins, il sied de noter que l’incompétence et la nonchalance avérées de Joseph Kabila portent un grand préjudice à la nation en ce qu’il n’arrive pas à donner l’impulsion nécessaire qui remette les Congolais au travail et décourage les antivaleurs. Raison pour laquelle n’ayant pas d’étoffes, il use des méthodes totalitaires et viles pour s’imposer au pouvoir, et cela aidé par une classe politique dépourvue de tout projet du développement du pays, ne privilégiant que des intérêts mesquins et faisant preuve d’une gloutonnerie égoïste.

A mon humble avis, après une étude comparée des systèmes politiques africains, j’en suis arrivé à la conclusion selon laquelle la RDC comme les autres États africains doivent se débarrasser des régimes présidentiel ou semi-présidentiel, car il est un constat que les dirigeants africains ont le vilain penchant d’accaparer tous les pouvoirs étatiques entre leurs seules mains et récusent tout contre-pouvoir; par dessus le marché ces régimes précités tendent à le favoriser. D’où la nécessité d’embrasser la démocratie parlementaire dans laquelle le chef de l’État, élu – selon le cas – par les députés, règnerait sans gouverner et incarnant seulement l’autorité morale de la Nation. Cela nous épargnerait déjà d’une éventuelle confiscation du pouvoir par un seul homme et la caporalisation d’autres institutions traditionnelles conditionnant la démocratie et la justice.

Comments

  1. Christian dit :

    Je pense que les congolais, naïfs, se sont fait abuser. Ils ont vite crié « aux libérateurs= wakombozi ». Aujourd’hui, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils ont oublié que Dieu reste le seul libérateur et que chanter un mortel en lieu et place du Dieu Créateur est une malédiction.
    Les congolais devraient s’humilier et demander pardon à Dieu pour avoir compté d’abord sur les mortels, pour avoir désigné Kabila Laurent de libérateur, de Moïse. Or ce même Kabila avait signé un pacte avec deux sanguinaires pour qu’ils lui donnent des hommes.
    Je me souviens de la déclaration d’un congolais qui disait: « une légion tutsi pour prendre Kinshasa ». Certes Mobutu a été renversé mais les méthodes sont restées les mêmes, le système a continué sans Mobutu mais avec des hommes qu’ils a formés pendant 32 ans.
    Et c’est ça, bonnet blanc, blanc bonnet.

  2. Biobio Serges dit :

    On peut etre bete, inculte comme « Joseph Kabila »; mais lorsqu’on manipule a volonte une elite autour de soi, je crois qu’il y a lieu de reflechir deux fois sur la personne! Non. Apres pres de dix ans a la tete de la RDC, Hypolite n’est plus con comme vous pouvez le croire. Il sait en tout cas dans son interet ce qu’il veut pour rester longtemps au pouvoir. Savez-vous pourquoi il se laisse entourer a volonte par les anciens mobutistes? Pourquoi laisse-t-il ceux qui sont venus avec son « pere » de cote? Personnellement, j’incrimine plus les RD Congolais dans son entourage immediat qui n’arrive pas a le refroidir s’il le faut. Car, meme en 2011 tant que le depouillement des urnes ne se fera pas sur place, je peux parier que ce mal necessaire pour les occidentaux et le orientaux passera au detriments du peuple RD Congolais tant qu’il ne se decidera pas de s’assumer par une revolution populaire!