par Fungula Fumu Ngondji LemaniKongo
Y aura-t-il ou y aura-t-il pas élections en 2011 en République (Démocratique) du Congo? C’est la question que se posent, depuis des lurettes, les participants aux divers forums Congolais à travers la toile. Le député-journaliste Tryphon Kinkiey, éditeur du journal Le Soft International paraissant à Kinshasa a eu la justesse de rassurer l’opinion là-dessus. « Les élections doivent avoir lieu et elles auront lieu en 2011. La Communauté internationale s’est engagée à prendre en charge les élections locales, urbaines et municipales. Quant aux élections générales, législatives et présidentielles, notre pays les financera. Nous sommes en train de nous organiser pour cela et nous allons trouver les moyens. Si les élections n’ont pas lieu aux dates prévues, il se posera un problème de légitimité des Institutions issues des élections. Nous ne saurions nous trouver devant une telle situation », aurait déclaré Joseph Kabila au cours d’une interview accordée au député-journaliste Kinkiey le 13 mars dernier.Quiconque s’intéresse à l’état d’esprit de ceux qu’on appelle « intellectuels Congolais », n’a qu’à parcourir les colonnes d’<Hinterland>, <lecridesopprimes> et tant d’autres groupes d’opinions a travers lesquels ils s’expriment. Il y trouvera des noms devenus légendaires non par la hauteur de la pensée ou des arguments de leurs auteurs mais plutôt par la régularité des incongruités qu’ils répandent jour après jour.
Je m’attendais, après la publication de l’interview peu journalistique de Kinkiey pour tant de flatteries arrosées sur l’interviewe par l’interviewer – que ces intellectuels spécialistes de la politique Congolaise » allaient nous aider à mieux comprendre les ramifications des vues Kabilistes, comme ils en ont pris l’habitude. Curieusement, aucun d’eux ne semble avoir pris conscience du fait. Nos spécialistes se seraient-ils fatigués du sujet des élections de 2011 ou seraient-ils à court d’arguments?
POUR OU CONTRE?
La réalité cependant est que les interrogations des « intellectuels Congolais » sur le processus électoral ne sont pas sans fondement. La question « pour ou contre » les élections en 2011 mérite bien d’être posée en raison de l’expérience vécue. Il existe en effet deux courants d’opinion au sein de l’élite Congolaise. Le premier est celui des compatriotes qui pensent que les élections de 2011 ne seraient pas différentes de celles de 2006 puisqu’elles seraient toujours sous le contrôle du pouvoir de l’occident qui en déterminerait le gagnant – lequel gagnant ne serait autre que Joseph Kabila. Par conséquent, le peuple Congolais n’a aucun intérêt à participer à une telle parodie.
Le deuxième courant est celui des ceux qui croient que le peuple Congolais devrait se mobiliser pour imposer sa volonté en votant pour l’un ou l’autre des candidats présidentiels opposés à l’actuel président de la république, même si ceux-ci ne présentent pas de meilleure alternative. Ce courant espère – même s’il ne le dit pas ouvertement – que l’UDPS serait en mesure de gagner l’adhésion de tout le peuple derrière la candidature d’Etienne Tshisekedi, sans pour autant qu’on sache si celui-ci sera encore vivant et en bonne santé quand le moment viendra!
En 2006, j’avais eu l’occasion de publier quelques articles à travers lesquels j’ai pu démontrer que compte tenu de l’expérience vécue sous le régime de transition dirige par Joseph Kabila, il serait utopique de croire que les élections allaient donner au Congo un gouvernement d’hommes capables de mieux gérer le pays. J’ajoutais que si le Congolais avait réellement une liberté de choix entre Kabila Kabange, Etienne Tshisekedi et Antoine Gizenga, sa seule chance de survie serait de voter pour l’un ou l’autre de ces deux vieux combattants de la résistance Congolaise.
Ayant opté pour l’abstention en raison du manque d’impartialité qu’il pressentait de la part des représentants des puissances européennes qui ont investi un demi-milliard de dollars US dans le fameux processus « démocratique », le chef de l’UDPS n’était pas au nombre des compétiteurs à la présidence de la république et Gizenga s’allia avec Kabila pour satisfaire ses besoins personnels. Nous connaissons déjà le dénouement de cette alliance et le bilan négatif de la Troisième République.
Quant à la déclaration faite par Kabila à l’éditeur du journal LeSoft International – soulignons d’abord qu’elle ne constitue nullement une garantie en soi, contrairement aux exubérassions de notre frère Tryphon Kinkiey qui semble avoir oublié les règles de réserve du journaliste qu’il prétend être lorsqu’il s’agit des intentions d’hommes politiques. On ne saurait cependant pas ignorer qu’avec des pressions exercées de part et d’autre, notamment celles déjà exprimées par les milieux occidentaux, un coin de l’incertitude de sur les élections de 2011 est plus ou moins levé.
Il reste, néanmoins, à savoir si ces élections, quand elles auront finalement lieu, répondront aux normes du jeu démocratique et si Kabila et son PPRD se soumettront, comme tous les autres partis politiques congolais, au respect des règles électorales, contrairement à ce qui s’est passé en 2006.
C’est sur cette hypothèse que compte également le Leadership des Patriotes Congolais de la Nouvelle Génération, en abrégé LPC, pour faire valoir son projet de société.
Né à l’occasion du 49eme Anniversaire de l’assassinat de Patrice Lumumba, le Lpc a annoncé qu’il est déterminé de réhabiliter la dignité et les droits du peuple Congolais en tant que maitre souverain de son destin. Dans une déclaration publiée le 17 janvier 2010 à Kinshasa, ce nouveau-né de la politique Congolaise se définit comme une plate-forme de concertation et d’action collective des différents groupes dont la vision est de bâtir une nation Congolaise fondée sur les valeurs de Bolingo (amour), Bondeko (fraternité), Bosalisani (solidarité), Lokumu (dignité) et Bwanya (entreprise-prospérité), valeurs transmises de génération en génération par nos ancêtres.
Dans ce but, le LPC entend
- organiser la mobilisation de notre peuple par des voies citoyennes et politiques en vue de reprendre le contrôle de notre pays des mains des forces négatives déterminées à nous réduire en esclavage ;
- prendre en charge l’éducation mentale, civique et politique de tout notre peuple afin de lui permettre d’être un acteur décisif plutôt qu’un spectateur impuissant dans le processus devant conduire aux élections de 2011;
- choisir parmi les patriotes congolais engagés dans la dynamique du LPC des hommes et femmes éprouvés sur les plans moral, intellectuel et spirituel, et soutenir leurs candidatures à la présidence de la république et à toutes les fonctions à pourvoir au niveau national, régional et local, conformément aux dispositions prescrites par la loi Congolaise sur le processus électoral démocratique, ainsi que prévu par la constitution nationale approuvée par le peuple Congolais en 2006.
- créer un cadre ouvert a tout Congolais et Congolaise pour participer a l’élaboration d’un projet de société et d’un plan de gouvernement alternatifs à publier à l’occasion du Cinquantenaire de l’indépendance et à mettre en œuvre après les élections de 2011;
- inviter les intellectuels Congolais, en particulier les éducateurs et étudiants à travers tout notre pays et à travers le monde, a constituer un réseau de cellules ou groupes d’études des citoyens ayant pour mission de former et informer notre peuple sur ses DROITS, DEVOIRS ET OBLIGATIONS.
Ces cellules de conscientisation du Congolais en tant que souverain primaire opèreront non seulement en perspective des élections, mais plutôt pour assurer la survie des générations futures à qui nous nous engageons solennellement de léguer un Congo plus beau qu’avant;
- donner une raison et une motivation à tout Congolais et Congolaise et aux amis de bonne volonté qui supportent la cause de notre peuple à soutenir les différentes étapes de la libération effective du peuple congolais sous l’égide du LPC.
Comme il n’y a eu ni de « Fanfare Nationale » qui accompagne les grands « Manitous Congolais «dans les manifestations publiques; ni de rassemblement populaire dans un de ces lieux de Kinshasa où l’on paie les musiciens et le peuple à crier, à boire et à danser pour célébrer l’arrivée d’un nouveau « Président Fondateur «et « Guide du peuple » à la manière du Mouvement Populaire de la Révolution de triste mémoire, la presse Congolaise et les « intellectuels Congolais » n’ont, comme il fallait s’y attendre, même pas pris notice que la mémoire de Patrice Lumumba, de Simon Kimbangu, de Kimpa Vita, de tous les fondateurs de la nation Congolaise et martyrs de notre héroïque résistance est, désormais, la pensée qui guidera les patriotes de la nouvelle génération.
En effet, déclarent les signataires de la plate-forme du 17 janvier 2010, il arrive, dans l’histoire des peuples, un moment où un petit groupe de patriotes doivent prendre la décision d’assumer le destin de tous. Ce moment est arrivé pour la RD Congo. L’ heure a sonné en effet pour la restauration de la dignité de notre peuple, annoncée à travers les siècles par les prophètes François Kassola, Apollinaire Mafuta, l’héroïne Kimpa Vita, le grand messie Simon Kimbangu, les leaders politiques et spirituels Patrice Lumumba, Pierre Mulele, le Cardinal Malula et tant d’autres guerriers ayant marqué l’histoire de la lutte de libération contre l’ignorance, l’oppression et la répression du peuple Congolais.
Ils ajoutent: Près de 600 ans après que le premier fils Congolais ait été fait esclave aux bords du majestueux fleuve Congo par les marchands d’esclaves Portugais; NOUS, fils et filles descendants des Empereurs Kongolo Mukulu; Mwata Yamvu; M’Siri; du Chef Katanga; de N’Kot-a-Mbwey, le roi Kuba; et de Nzinga Nkulu, le maniKongo; sommes déterminés à réclamer la plénitude du contrôle de la terre de nos ancêtres; du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest; selon les limites qui lui ont été reconnues au moment de son accession à l’Indépendance le 30 Juin 1960.
Ils soulignent: En ce jour Anniversaire de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba par les princes du Ténèbres comme l’a stigmatisé le grand prophète Simon Kimbangu avant sa mort, nous prenons la résolution et la détermination de porter le flambeau qu’il nous a légué jusqu’à la victoire, c’est-à-dire, jusqu’à la création d’une Nation Congolaise Nouvelle, riche et glorieuse.
PROJET DE SOCIETE DU LPC
Depuis la publication de la plate-forme du LPC, pas un seul organe de media Congolais paraissant à Kinshasa ou dans la diaspora n’a pris l’initiative de s’interroger sur les intentions des signataires de cette déclaration. La première question qui vient à l’esprit de l’observateur face à ce silence est, bien entendu de savoir, qui sont les signataires de cette fameuse plate-forme? Pourquoi cette question?
Parce qu’elle exprime l’état d’esprit dominant, chez nous, en République dite Démocratique du Congo. En effet, le Congolais, surtout l’intellectuel, est plus concerné par l’individu, le facteur, sa région d’origine, sa tribu plutôt que par le contenu du colis; autrement dit, les idées qu’il représente! Quand les « intellectuels Congolais » parlent des affaires de leur pays, ils sont premièrement préoccupés par tel ou tel individu et non par le courants de pensée qui détermine les actions de ces personnes. Ceci explique le fait qu’après 50 ans d’indépendance politique, il est rare de trouver un intellectuel ou groupe d’intellectuels Congolais qui soit reste fidèle à un courant de pensée bien défini et déterminé à le matérialiser. A l’exception bien sûr du petit noyau des Lumumbistes qui ont choisi la clandestinité pour des raisons stratégiques.
La plate-forme du 17 janvier ne portant la signature d’aucun des hommes qui occupent la scène politique Congolaise actuelle, elle ne peut que passer inaperçue aux yeux de ceux qui se réclament appartenir à l’élite de notre pays. Mais si, par contre, un membre de l’entourage de Kabila, un proche d’Etienne Tshisekedi, de Kengo wa Dondo ou du sénateur Jean-Pierre Bemba qui constituent le point d’attraction de la vie politique congolaise avait posé sa signature au bas de la plate-forme, tout Kinshasa et la diaspora Congolaise trouveraient certainement bien de choses à redire! Au stade où nous sommes, il faudra attendre qu’un journaliste ou une personnalité politique européenne expriment une opinion quelconque sur la plate-forme du LPC pour que l’élite Congolaise s’ameute!
Faut-il croire que le Congolais ne peut rien sans l’assistance technique étrangère? Pas exactement. Mais est-il que « l’intellectuel Congolais » souffre lamentablement de consistance. Nous nous plaignons des modèles de sociétés étrangères imposées sur nous par les puissances coloniales et néocoloniales, autant que de l’inhabilité de nos leaders à concevoir ne fut-ce qu’un semblant de projet original, mais quand l’un des nôtres, qui n’est pas au pouvoir propose de rompre avec la médiocrité, nous nous sentons menacés et paralyses.
Telle est en effet l’attitude des « intellectuels Congolais » à l’égard du projet de société en vision par le LPC, lequel, comme énoncé plus haut, est fondée sur des valeurs transmises de génération en génération par nos ancêtres. Il est vrai que les grandes lignes de ce projet de société sont encore à définir. Mais n’est-il pas de l’obligation de tout intellectuel patriote d’influencer tout projet quelconque visant le bien-être de tous? Et par quelle meilleure voie peut-on influencer le cours de l’histoire sinon par l’analyse critique des réalités et des idées?
La paralysie manifestée par l’intellectuel Congolais à s’interroger sur la plate-forme du LPC illumine, à mon avis, la flagrante contradiction existante entre les aspirations réelles des masses Congolaises et les ambitions personnelles de notre élite. Les premières réclament une rupture totale avec le système d’exploitation incarné par nos institutions politiques, économiques, éducatives, juridiques et sociales, tandis que la seconde cherche simplement à s’en accommoder sous des apparences pseudo-révolutionnaires lui permettant ainsi de gagner plus aisément une place au soleil.
Garder le silence ou prétendre être neutre plutôt que de proclamer son opinion claire et nette sur un projet d’intérêt public a, bien souvent, été la solution préférée de « l’intellectuel Congolais ». On appelle cela le positionnement dans le langage politique de chez nous. C’est-a-dire choisir le milieu: ni pour ni contre pour pouvoir s’aligner avec le gagnant le moment venu. C’est cela qui explique que le politicien Congolais peut s’allier avec Lucifer en personne aussi longtemps qu’il est assure que son « ventre » restera gonfle d’ascaris, au nom de la politique de la « mangeoire » comme disent certains.
C’est maintenant le moment de prévenir les patriotes de la Nouvelle Génération: méfiez-vous des « neutres ». Ceux qui n’ont jamais d’opinion personnelle; qui ne disent ni « oui », ni « non », et ne peuvent justifier leur position logiquement. Ce sont des opportunistes. Si jamais vous arriviez un jour au pouvoir, ils seront les premiers à vous détruire avec l’aide des ceux-là même que vous combattez aujourd’hui! Nous en avons fait une experience amere pendant 50 ans.
Africatime
Agence France Presse
Le Democrate Magazine