Pour un début d’application de la politique de Tolérance zéro à Kinshasa

SOS KINSHASA ASBL qui lutte pour l’amélioration des conditions de vie des Kinoises et Kinois voudrait rappeler aux autorités tant nationales que provinciales les concepts de la politique de Tolérance zéro et, par la même occasion leur suggérer quelques pistes par où commencer. Qu’est-ce que c’est la politique de Tolérance zéro ? En bref, c’est une résolution prise par les autorités de ne plus laisser faire les inciviques, tous les inciviques. Les lois de la République qui sommeillent dans nos Codes seront appliquées, indistinctement, et contribueront à éliminer les conduites indésirables. Cette option circonscrit également tout abus de pouvoir et astreint les autorités à appliquer les lois existantes avec rigueur et impartialité. Il ne s’agit pas d’en inventer des nouvelles au gré des circonstances, pour des besoins de règlement des comptes personnels ou cibler une catégorie des citoyens. Conséquemment, la politique de Tolérance zéro ne doit pas se traduire par une répression irrationnelle des petits citoyens. Elle ne doit pas non plus protéger les « autorités » des éventuels abus de pouvoir ou de position. Or depuis, un certain temps, la politique de Tolérance zéro se traduit par l’arrestation des « kulunas », leurs jugements dans les tribunaux forains, quelques fois avec la présence du Ministre de la Justice, comme si celle-ci était un gage de bonne distribution de la justice. Le dernier Conseil des ministres est revenu sur la propagation de ce phénomène dans la ville de Kinshasa.

Le phénomène « kuluna » n’est une génération spontanée. Il résulte de plusieurs facteurs principalement l’absence d’éducation de nos enfants. En effet, depuis des décennies, l’Etat congolais désinvestit de l’éducation. Les écoles publiques sont systématiquement spoliées par des Libanais, Juifs, Turques, Angolais et Congolais. Avec un taux de croissance démographique annuel moyen de 5,7%, les autorités ne prévoient pas ce qu’adviendraient les enfants non scolarisés demain. Ils deviendront les « kulunas ». Nous regrettons de l’écrire, les autorités laissent la violence incontrôlée de demain se former. Lutter contre cette violence coûtera plusieurs millions de dollars que la réhabilitation et la construction des écoles publiques. Nous sommes prêts à parier 1 franc congolais avec quiconque dans dix ans que la lutte contre la criminalité consommera le quart du budget de la ville de Kinshasa.

Par ailleurs, Nous, Kinois, payons la vignette des véhicules automoteurs et cyclables voulons savoir à quoi sont affectées les recettes ainsi générées. Nous payons la vignette pour investir dans les priorités sociales des Kinois, telles que l’éducation de nos enfants. Or, nous apprenons que les recettes des vignettes de la ville de Kinshasa auraient servi à liquider la dette de l’exécutif urbain vis-à-vis d’une banque locale. Tolérance zéro : nous voulons un débat citoyen et courtois sur la destination des recettes des vignettes.

Nous, Kinois, demandons un moratoire sur le lotissement des terres pour une adéquation avec les normes urbanistiques. Nous, Kinois, déplorons que les érosions, conséquence d’un mauvais lotissement du fait de l’ignorance ou de l’irresponsabilité de l’homme, continuent à menacer la pérennité de notre ville. Nous, Kinois, refusons les tracasseries routières de la part de ceux qui sont commis à réguler la circulation. Nous, Kinois, piétons, désapprouvons le manque de courtoisie routière des chauffeurs de taxi-bus et de la part de ceux qui disposent d’une parcelle de pouvoir dans cette ville.

Oui, nous le disons tout haut : « les Kinoises et Kinois savent respecter la loi et l’autorité ». Nous attendons des actes concrets de l’application de la politique de Tolérance zéro. C’est ainsi que nous rappelons et suggérons quelques pistes pour montrer que le changement est en action :

  1. Que les affectations des recettes de la vignette automobile de près de trois millions cinq cents mille dollars américains en 2009 soient publiées. Qu’un débat public et citoyen s’engage ;
  2. Que M. le Premier Ministre de la République cesse de rouler quotidiennement dans un véhicule sans immatriculation. Il est en infraction du Code de la Route même si son véhicule est dans une escorte. Il est le symbole de l’Etat, c.-à-d. du respect des lois et règlements qui régulent la vie dans notre pays. Il n’est pas au dessus des lois. A quoi bon exiger des citoyens l’achat des nouvelles plaques minéralogiques pour renflouer le Trésor lorsque le Premier Ministre n’en a pas sur son véhicule ? L’exemple vient d’en haut et la Tolérance zéro doit commencer à son niveau ;
  3. Que le Chef d’Etat Major Général des FARDC cesse lui aussi d’être en infraction du Code de la Route et du Code Militaire en roulant dans son véhicule de commandement sans immatriculation. Les trois étoiles sur les pare-chocs sont l’identifiant du gradé à bord du véhicule. L’identification du véhicule est la plaque des FARDC. Les PM doivent arrêter le véhicule et verbaliser le chauffeur du Chef EMG. L’exemple vient toujours d’en haut dans les forces armées ;
  4. Que les Ministres nationaux et provinciaux, les Parlementaires nationaux et provinciaux  et, tous ceux qui ont une petite parcelle temporaire de pouvoir cessent de rouler sur nos routes dans des véhicules sans immatriculation. Qu’ils apprennent aussi à quitter tôt chez eux pour aller aux rendez-vous au lieu de dépasser sans considération de ceux qui les précédent et respectent le Code de la route. Vous n’avez pas plus de privilèges que les simples citoyens qui font montre de courtoisie routière. Vos escortes n’ont pas le droit d’écraser les paisibles piétons ou d’endommager les véhicules d’autrui ;
  5. Que le Général Oleko instruise ses troupes d’arrêter tous ceux qui sont en infraction sur la législation en matière des plaques minéralogiques, sans ou couvertes. Kinshasa est la seule ville au monde où certains citoyens estiment qu’ils ont le droit de circuler sans être identifiés. Pourquoi couvrent-ils leurs immatriculations s’ils n’ont pas d’intentions criminelles même mineures. Même les services de renseignements ont toujours des plaques sur leurs véhicules ;
  6. Que le Parquet Général de la Gombe interpelle les promoteurs de l’école Consulaire Turque dans l’enceinte de l’Athénée de la Gombe ou Institut de la Gombe. Une école consulaire ne s’érige pas dans un domaine public d’un Etat. Que le Parquet Général de la Gombe interpelle tous les spoliateurs qui érigent des bâtiments à usage non éducatif dans la même enceinte. Que le Parquet Général de la Gombe interpelle la société Sizac Sprl qui construit des magasins dans l’enceinte de l’Athénée de la Gare, une école publique, bien du domaine public de l’Etat. Que le même Parquet Général interpelle la société Congo Future pour spoliation de l’école primaire Dima dans la Commune de Kinshasa. Que les autres Parquets Généraux de la Ville de Kinshasa interpellent tous les spoliateurs des espaces scolaires de la ville. La liste des écoles publiques spoliées est sur notre site internet www.soskinshasa.org ;
  7. Que ces actes de spoliation qui traduisent purement et simplement la corruption doivent être sanctionnés. C’est le constat fait par SOS KINSHASA. Peut-on nous démontrer le contraire ? Que le Parquet Général de la République fasse le monitoring des actions de poursuite contre la spoliation des biens du domaine public de l’Etat. Qu’il se rappelle qu’il ne dispose pas des bâtiments publics en propre. Un jour, le Parquet Général de la République pourrait se retrouver sans toit parce que l’Etat a, grâce à la corruption, laissé les inciviques lui prendre ses domaines publics sur lesquels on devrait construire des bâtiments publics;
  8. Que les Kinoises et Kinois attendent de voir les sanctions exemplaires contre les actes de corruption, de mauvaise gouvernance notamment les lotissements irrationnels, irresponsables et anarchiques des terrains à Kinshasa causant les érosions, faits de l’homme, susceptibles de faire disparaître notre ville. Les millions de dollars consentis à la lutte contre ces érosions pourraient servir à réhabiliter nos écoles de référence comme le Président l’avait souligné dans son discours sur l’Etat de la nation ;
  9. Que la Ministre de l’Urbanisme et Habitat s’explique devant les deux Chambres du Parlement par quelle procédure administrative régulière ses services ont délivré des autorisations de bâtir sur des espaces du domaine public de l’Etat, notamment les écoles publiques de la Capitale. N’y aurait-il pas, Monsieur le Procureur Général de la République, là des indices patents de corruption après que l’Assemblée nationale, par sa résolution du 19 mai 2008, vous ait demandé d’établir des faits infractionnels en violation de la loi n°073-021 du 20 juillet 1973 ;

10.  Que la même Ministre de l’Urbanisme et Habitat revoie les procédures d’octroi de l’autorisation de bâtir. En effet, la course à la densification ou construction en hauteur ne respecte pas les normes universelles. SOS KINSHASA avait déjà tiré la sonnette d’alarme avant l’écroulement d’un immeuble à Barumbu. Combien sont-ils en état non viable ;

11.  Que le Ministre des Affaires Foncières procède à l’annulation des certificats d’enregistrement des espaces spoliés des écoles publiques en vertu des dispositions impératives de l’article 204 de la loi n°073-021 du 20 juillet 1973 et conformément aux recommandations de l’Assemblée nationale ;

12.   Que l’Exécutif urbain procède à l’amélioration des conditions sanitaires, de circulation et de vie dans la ville de Kinshasa aux fins de réduire les propensions de régénération des maladies qui jadis avaient disparues de nos hôpitaux. Qu’il s’investisse davantage dans la construction des écoles ;

13.   Que les autorités le sachent que le peuple a besoin d’être gouverné à la fois à partir du strict respect des lois par tous, et à partir des valeurs morales communes qui définissent chaque société. C’est pourquoi la honte et l’opprobre sont des facteurs importants dans la régulation de la vie en société pour corriger ceux dont les comportements sont en dessous de celui d’un être humain responsable. Ensemble, nous devons éduquer l’homme congolais à changer de comportement. Sans les sanctions justes, notre société n’évoluera pas. Voilà un argument sociologique qui justifie aussi la politique de Tolérance zéro.

Telles sont les quelques premières étapes de l’application sans complaisance, mais tout en respectant les lois et règlements en vigueur en RDC, de la politique de Tolérance zéro pour le rétablissement de l’autorité de l’Etat.

Fait à Kinshasa, le 15 janvier 2010

Zoé Mayemba Timothée Soza Elio Madimu

Conseiller                                                     Membre                                          Trésorier

SOS KINSHASA, ASBL

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