OBAMA OU LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ ?

Par PATRICK MBEKO (enfantsducongo@gmail.com)

barack-obamaQui d’entre nous n’a pas applaudi l’élection de Barack Obama ? Qui parmi nous n’a pas pensé à une fin imminente de la guerre en Rdcongo ? Nous avons tous chanté, certains ont pleuré de joie, ah le Congo allait enfin se sortir de cette tragédie qu’il traverse depuis octobre 1996. Nous étions content, très content, et nous n’avons cessé de dire « yes we can ». Qu’en est-il réellement ? Que ce que l’élection d’Obama a ou peut changer dans la situation chaotique congolaise ?
Le 20 janvier 2009, lorsqu’Obama lance : «l’Amérique doit jouer le rôle qui est le sien pour assurer l’avènement d’une nouvelle ère de paix. […]À ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption et le mensonge et qui étouffent la dissension : sachez que vous êtes du mauvais côté de l’histoire […] Aux peuples des nations pauvres : nous promettons de travailler avec vous à faire prospérer vos fermes et couler des eaux limpides ; à nourrir les corps décharnés et les esprits affamés. Enfin, aux pays qui, comme le nôtre, jouissent d’une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre l’indifférence face à la souffrance extérieure, ni consommer les ressources de la terre sans égard aux conséquences. Car le monde a changé, et nous devons changer avec lui.»
Le discours suscite l’espoir, chez certains congolais, on pense déjà à la fin de l’ère Kagame-Museveni, espoir fait vivre oblige. Un fait, ce pendant fait craindre le pire à ces mêmes congolais : la nomination d’Hilary Clinton à la tête de la diplomatie américaine. Les congolais ont encore en mémoire les ‘’ exploits de Bill Clinton’’ au Congo, à chaque fois qu’ils voient des femmes violées, des enfants massacrés à la hache, ils pensent à Bill, bien que Kagame soit le boucher par excellence des congolais.
Certains analystes congolais pensent qu’Obama, bien que remplis de bonnes idées risque d’être trompé par la douce moitié de tonton Bill en ce qui concerne le dossier congolais, d’autres pensent au contraire que le nouvel homme fort de la maison blanche va emmener un vent de changement, que même les Clinton ne pourront stopper.
Quant à moi, je ne m’inscris, ni dans l’une ou l’autre analyse. Je pense surtout qu’Obama tout comme Bill Clinton sont là pour défendre les intérêts américains et ce, même si le sang devait couler ailleurs, comme c’est le cas en Rdcongo. Ceux qui pensent que cet ‘’africain’ blanc pourrait faire quelque chose pour l’Afrique rêve encore.
Au Ghana, « Le développement », a déclaré Obama devant les parlementaires, « dépend de la bonne gouvernance. C’est l’ingrédient qui manque à beaucoup trop d’endroits, et depuis beaucoup trop longtemps. C’est ce changement qui peut libérer le potentiel de l’Afrique. Seuls les Africains peuvent en être responsables. » Avant de répéter que : «Le futur de l’Afrique dépend des Africains ». Son discours contenait aussi une menace. « Nous avons la responsabilité de soutenir ceux qui agissent de manière responsable et d’isoler ceux qui ne le font pas, et c’est exactement ce que les États-Unis vont faire ».
L’Afrique, en effet, demeure l’Everest des Coups d’État permanents, politico-médiatico-financiers. La mode est aux Constitutions taillées sur mesure. Oui, les Kibaki, Mugabe, Tandja, Rajoelina, Dadis Camara et autres féticheurs du pouvoir à vie, assombrissent l’horizon africain. Même le Sénégal, pays d’intellectuels et autrefois parangon de démocratie, du moins dans la confrontation des idées, offre ces dernières années un spectacle pitoyable : le niveau du débat politique s’est effondré ; les suspicions et le vide règnent en maître.
Tout compte fait, le discours de Barack Obama à Accra laisse entendre que peu importe ce dont a souffert l’Afrique dans le passé, et peu importe ce dont continue à souffrir le continent aux mains des banques, des sociétés et des gouvernements occidentaux, cela demeure la responsabilité, et la faute, des peuples africains eux-mêmes.
Or la vérité c’est aussi que les États-Unis ont activement soutenu les pires tyrans africains et si ce n’était pas les États-Unis, c’était la France ; c’est ce qui se nomme le néocolonialisme. Soit dit en passant, le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud a été discrètement soutenu par la Grande Bretagne et les USA et a arrêté de déstabiliser le continent il n’y a seulement quinze ans.
Au cours de la Guerre froide et particulièrement dans les années 1970. Washington a apporté son soutien aux dictatures les plus sanguinaires. À cette époque, l’ennemi, c’était le modèle économique socialiste et l’influence soviétique, pas la tyrannie.

L’Occident a aussi fourni les armes qui ont été utilisées dans les terribles conflits internes qui ont déchirés le continent pendant si longtemps. A ce jour, les États-Unis, la Grande Bretagne et la France restent de proches alliés de dirigeants africains dont les pratiques démocratiques laissent beaucoup à désirer. Ce sont d’ailleurs cette sorte de personnalité qui tue leurs compatriotes en masse, tels que Paul Kagamé et Yoweri Museveni que l’Amérique soutient et plébiscite comme les hommes les plus éclairés de l’Afrique. Madeleine Albright a dit cela de Yoweri Museveni et Tony Blair avait la même ritournelle pour Paul Kagamé du Rwanda. La France a quant a elle soutenu les despotes africains a travers la France-Afrique.
Mais revenons sur l’aventure ghanéenne du président Américain. Cet homme au visage d’ange est loin d’avoir les mains blanches comme neige.
En 2006, l’European Command (c’est-à-dire le commandement régional des troupes US dont l’autorité couvrait alors à la fois l’Europe et l’essentiel de l’Afrique) sollicita le sénateur d’origine kenyane Barack Obama pour participer à une opération secrète inter-agences (CIA-NED-USAID-NSA). Il s’agissait d’utiliser son statut de parlementaire pour mener une tournée en Afrique qui permettrait à la fois d’y défendre les intérêts des groupes pharmaceutiques (face aux productions hors brevets) et de repousser l’influence chinoise au Kenya et au Soudan.
Au Kenya, Le sénateur Obama est accueilli comme un enfant du pays et son voyage est hyper-médiatisé. Il s’ingère dans la vie politique locale et participe aux meetings de Raila Odinga. Il appelle à une « révolution démocratique », tandis que son « accompagnateur », le général Gration, remet à Odinga 1 million de dollars en liquide. Ces interventions déstabilisent le pays et suscitent les protestations officielles de Nairobi auprès de Washington.
D’ailleurs, le soutien à Odinga n’est pas un fait du hasard, ce dernier est le fils de Jaramogi Oginga Odinga, qui eut pour principal conseillé politique le père de Barack Obama.
À cette époque, le Kenya est alors un plein boom économique. Depuis le début de la présidence de Mwai Kibaki, la croissance est passée de 3,9 à 7,1 % du PIB et la pauvreté a reculé de 56 à 46 %. Ces résultats exceptionnels ont été obtenus en réduisant les liens économiques postcoloniaux avec les Anglo-Saxons et en leur substituant des accords plus équitables avec la Chine. Pour casser, le miracle kenyan, Washington et Londres ont décidé de renverser le président Kibaki et d’imposer un opportuniste dévoué, Raila Odinga.
Lors des élections législatives de décembre 2007, un sondage financé par l’USAID annonce la victoire d’Odinga. Le jour du vote, John McCain déclare que le président Kibaki a truqué le scrutin en faveur de son parti et qu’en réalité, c’est l’opposition conduite par Odinga qui a gagné. La NSA, à travers ces réseaux dans le pays, va exacerber les tensions entre populations, en quelques semaines, ce pays de paix va sombrer dans le chaos et l’horreur : plus de 1000 morts et environ 300.000 déplacés.
Obligé pour rétablir la paix civile d’accepter le compromis qu’on lui impose, le président Kibaki accepte de créer un poste de Premier ministre et de le confier à Raila Odinga. Celui-ci entreprend immédiatement de réduire les échanges avec la Chine.
De l’autre coté, En Rdcongo, au mois de janvier 2009, juste après l’investiture de Barack Obama, l’opération UMOJA WETU est déclenchée. Personne ne comprend ce qui se passe, les troupes rwandaises ont pénétré le territoire congolais, sans que le parlement, le sénat et encore moins l’état major général n’en soient informés. On annonce ‘’l’arrestation’’ de Nkunda, les experts se pressent d’affirmer qu’il s’agit de l’effet Obama, qui veut que la guerre au Congo prenne fin. FAUX, me confie un journaliste américain, «L’opération militaire conjointe entre la Rdcongo et le Rwanda baptisée UMOJA WETU (notre unité), est soutenue par les membres de l’administration Obama, issus de l’ancienne administration Clinton et du pentagone ».Ce journaliste investigateur, fort de ses sources au sein des différents services de renseignement américain, me donne des noms et m’explique que plusieurs officiers du pentagone sont à l’Est de la Rdcongo, entrain de superviser les opérations militaires conjointes entre les FARDC(CNDP)-APR-UDFP. Pendant ce temps, ce sont des dizaines de milliers de tutsi qui s’installent dans plusieurs localités du nord et sud Kivu.
Et dire qu’on pensait sortir de la misère avec Obama ! Le changement que prône le président Obama s’inscrit dans la continuité de la politique étrangère américaine dans le monde. Le changement de ton a la maison blanche ne change en rien le caractère capitaliste des USA. Avec une chine de plus en plus coriace, les états Unis n’ont pas le choix de reconsidérer leur approche en Afrique tout en maintenant cette logique qui veut que les affaires soient les affaires.

QUEL BON CHANGEMENT ?