La dernière lettre de LUMUMBA à la jeunesse de mon pays

N’en déplaise à BARACK OBAMA dans son discours d’Accra au Ghana et à Madame Bill Clinton, madame ministre des affaires étrangères des USA, qui déclarait lors de son dernier sejour au Congo-Kinshasa, nous citons: «Nous voulons travailler avec des gens pour un meilleur avenir et non avec des gens qui se réfèrent au passé», fin de citation, (c’est nous qui soulignons), la dernière lettre de Lumumba à sa femme Pauline, écrite en prison en décembre 1960, ’qui met en exergue la quintessence d’une vie, celle d’un homme qui « va vers le sacrifice [suprême], avec dignité et cran, pour une cause qui dépasse les existences individuelles, la sienne au premier, et qu’il voit triompher un jour” , la lettre  de Lumumba qui s’adresse à la jeunesse congolaise en ce moment précis où le pays vit une sous-occupation  qui ne dit pas son nom , rappelle à sa memoire Milan Kundera dans sa phrase qui disait, nous citons: “Celui qui ignore son passé est condamné à le revivre”.

 

LA LETTRE DE LUMUMBA QUE NOUS LÉGUONS À NOTRE JEUNESSE ET À NOS ENFANTS

 

Ma compagne chérie,  

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistancene l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.  

Que pourrai je dire d’autre ?  

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.  

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.  

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.  

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !   

Patrice Lumumba

 

retransmise par Mufoncol Tshiyoyo

au nom de la mémoire collective

TELEMA EPAYI OZALI, MAMA, PAPA, BANA, MIKOLO, MWASI MPE MOBALI, TO TELEMA”

Comments

  1. henry mbuyi dit :

    aujourd’hui, j’ose croire que plus d’un africain a compris le sens de la lutte de patrice Emery Lumumba, contrairement à ce qui nous ai présenté dans le film tourné sur sa personnalité! Lumumba est bel et bien un héros national, car ayant sacrifié sa vie pour une cause noble. Mais des lâches, ennemis du congo n’ont jamais voulu d’un nationaliste à la tête de ce pays continent qui est le congo. Je ne aimerai pas encore revenir sur le sort réservé à Laurent Désiré Kabila! Cette même histoire nous en dira encore plus!