Selon l’Histoire, l’homme « Noir » n’est pas le seul à avoir été en contact avec ce qu’on appelle communément l’Occident. L’intention n’est pas ici d’écrire sur l’histoire de cette relation ni non plus de rédiger un essai en quelques mots de ce que fut ce contact mais plutôt un questionnement qui se veut naturel sur le comportement ou l’attitude de celui qui s’est fait finalement appelé « Noir » ou « homme de couleur ».
On sera en effet curieux d’apprendre comment cet homme qui sera dit plus tard « Noir », qui l’est en fait devenu au regard de l’autre, c’est par rapport à l’autre qu’il sera ainsi désigné, cet autre qui se veut et se croit différent à cause d’une « pigmentation » négligeable dans l’identification de l’être, se définissait lui-même avant qu’il ne soit ainsi nommé « Noir ». Ce qui est aujourd’hui tout à fait surprenant est qu’il ait accepté son appellation de « Noir » et de là, « d’homme de couleur » comme si sa peau était l’unique à porter une pigmentation colorée. A ce que l’on sache, la couleur « noire » ne serait pas la seule qui conceptualiserait le vocable « couleur ». Il est dès lors aberrant que cette appellation d’homme de couleur soit jusque là réservée qu’aux seuls noirs. C’est comme si la peau des autres, bien qu’aussi colorée mais différemment, surtout qu’ils le reconnaissent eux-mêmes en se définissant à partir de cette différenciation de peau, ne faisait pas partie de cette catégorisation d’homme de couleur.
On pourrait en dire autant du mot « Nègre » car en se reconnaissant comme tel, « nègre », celui qui se fait ainsi nommé non par lui-même mais par l’autre, du fait surtout de sa dépendance ou de sa faiblesse d’esprit ou de situation, fait en fait le jeu de son adversaire qui en le baptisant ainsi le pousse à reconnaître une « infériorité » qu’il peine à se démarquer. Le comble, c’est lorsque le « Nègre » lui-même, et en bon nègre qu’il croit être, finit par s’approprier une « situation » de « nègre » et la théorise dans une « négritude » voulue et attendue par l’autre qui reconnait et admet en plus son infériorité. Senghor, le « Sénégalais Noir », affirmait sans froid aux yeux et pour des raisons à justifier des conneries du genre « « l‘émotion est nègre et la raison est hellène« . À propos, Tchicaya U Tam’si cité par Laté Lawson-Hellu n’a pas manqué à dénoncer ces incongruités dans son écriture marquée par le questionnement du « comment vivre » : « Je voulais vraiment m’opposer à la Négritude, et lorsque tout le monde parlait de
la Belle Afrique, des valeurs propres aux nègres que je ne voyais pas et que je ne vois toujours pas, c’est alors que j’ai dit : « Comment vivre ? ».
La dépendance de celui que l’autre appelle Noir est d’abord mentale et spirituelle. Dès lors, toute libération qui se voudrait comme telle devrait normalement relever du mental de celui que l’autre appelle « Noir ». Comment se définir autrement ? Tout est possible et la possibilité devrait non seulement habiter son mental, mais figurée en bonne place et dans son vocabulaire et dans son action.
Pendant que les uns prient et se livrent pieds et mains liés aux Dieux des autres, l’Oriental et de manière générale a jalousement conservé sa religion et sa culture. Il croit à Allah, à Bouddha… Ils sont soit musulmans, soit hindouistes, soit bouddhistes. On peut en dire autant du peuple chinois qui est resté pour la plupart adepte du taoïsme et du confucianisme. Mais le « Noir » n’a pas une foi unique, qui serait en fait propre à lui, qui pourrait en effet l’obéir en plus de l’écouter. S’il n’est déjà pas le seul, mais il embrasse selon ses maîtres leurs religions et croyances… tantôt chrétien, tantôt musulman, tantôt bouddhiste. C’est fort à parier qu’il ne soit pas demain, s’il ne l’est déjà pas, adepte du confucianisme avec l’avènement de la Chine dans le monde des puissants quand bien même que Confucius avertit que « sacrifier à un dieu qui n’est pas le vôtre, c’est de la flagornerie ».
La femme arabe ne se distingue-t-elle pas par le port controversé sur sa tête du hijab, bien que pour beaucoup cela contrarierait sa liberté. Mais cette distinction qui devient de plus en culturelle apparaît comme un refus d’uniformisation unilatérale du monde. Vu de l’Occident qui visiblement manifeste une peur, bien que les raisons avancées soient fondées, l’Islam « dominateur » est considéré comme un sujet d’inquiétude. Et l’Arabe qui est porteur de sa vérité, s’il n’est déjà pas combattu, l’Occident négocie le cas échéant avec lui. On peut citer à titre d’exemple le cas du philosophe arabe d’origine égyptienne Tarik Ramadan, auteur du livre Western Muslims and The Future of Islam qui aux yeux de certains passerait pour un interlocuteur. Une façon de dire que l’on ne pouvait négocier ou combattre dans ce monde que celui qui est considéré comme étant son égal, son semblable alors que l’on accorderait peu d’importance, aucune, aux animaux de la basse cour.
« Les maîtres du monde », terme tiré de L’empire de la Honte de Ziegler, ont fabriqué et imposé Mobutu aux « Congolais ». L.’Homme « Noir », « Nègre » et « Congolais », marqué par une abominable attitude consistant à toujours « accepter » l’inacceptable » et par la maladie à reporter à demain un combat qui relève de son quotidien, s’est résigné à
la fatalité. Et connaissant cet homme « congolais », qui paraît être sa « créature », il n’est déjà pas maître de sa propre identité « congolaise » que l’on prend soins à ne pas remettre en cause ici pour des raisons stratégiques, l’Occident réédite son exploit presque dans le même style que la désignation de Mobutu à la tête du Congo. Il est parvenu à moindre frais à imposer un certain Joseph Kabila aux Congolais après avoir reconditionné mentalement cet homme « congolais » qu’il a soumis à une parodie de situations, de guerre, de division et de famine et qui ont eu raison d’un peuple au nom de qui Mwamba Tshibangu a écrit Kabila, vérité étouffée.
La rapidité avec laquelle les « Congolais » ont reconnu leur défaite, et ils se sont mués si facilement en « collaborationnistes » qui ne jureraient désormais tous que sur Gizenga et « Kabila », a de quoi surprendre. Il y a comme un sentiment d’abandon, de non combat, de fuite et de résignation. N’ont-ils pas en eux ce que les « realists » reconnaissent pourtant dans toute nature humaine et qu’ils décrivent comme « will to power » :
« Humans desire to be in the driver’s seat. They do not wish to be taken advantage of. They consequently strive to have the « edge » in relation with other people-including international relations with other countries. In that regard at least, humans beings are considered to be basically the same everywhere …. Hans Morgenthau sees men and women as having a « will to power »?
Mais on a comme l’impression que l’Homme dit « Noir », le « Congolais » en particulier souffrirait d’un manque de volonté de pouvoir à même de dominer l’autre. Et les questions ne manquent pas dessus ! Serait-il héréditaire, ce « manque » qui serait inscrit quelque part dans les gênes hérités des aïeux ? Ont-ils injecté des substances nocives dans les veines des aïeux, domestiqués d’abord en qualité d’esclaves et colonisés par la suite dont l’Homme dit « Noir » d’aujourd’hui serait héréditaire par la naissance pouvant justifier cette résignation presque maladive non caractéristique de l’humain ?
Pour tuer Lumumba, l’homme « Noir » « Congolais » a été manipulé. « Ce sont les congolais qui se sont chargés d’avoir son sang sur la conscience, avec la complicité des Africains à qui l’on fait croire qu’il était l’ennemi de son propre pays et qu’il était bon qu’on l’élimine».[1] Pour chasser Mobutu du pouvoir, l’homme « Noir » « Congolais » s’est réduit en assisté. Pour tuer Kabila, le père de « l’autre », l’homme « Noir » a été manipulé. Pour organiser les élections et désigner le « fils de l’autre » à la tête du pays, cet homme dit « Noir » a fait pire en restant égal à lui-même, manipulable. Mais qu’a-t-il déjà fait déjà et qui serait à son honneur ? Mais en fait qui serait-il, cet homme « Noir » ? Le pays se perd de vouloir à tout pris se justifier, à accepter l’inacceptable en lieu et place de se prendre en charge en prônant la RUPTURE tout en étant nous- mêmes.
« Ce n’est pas tant la liberté perdue qui fait enrager le tigre que l’impossibilité dans laquelle il est placé de faire l’usage de sa puissance ».
Ne se trompe-t-on pas de combat ? Faut-il se distraire en élevant Kabila et sa « bande » au rang d’adversaires politiques alors que cette racaille ne rassemblait que des pions, de « chiens de gardes », s’il faut emprunter le terme d’Allan Bloom dans La Cité et son ombre. Essai sur la République de Platon ? L’Opposition Congolaise se trompe d’adversaire et accorde trop d’importance à ceux qui ne le méritent guère. Un défenseur acharné de Kabila m’a toujours dit que ce gars n’était qu’un régent, faute de mieux. En découvrant et en connaissant le vrai adversaire, la lutte deviendrait certes ardue mais pas impossible, on finira par cueillir les chiens de garde.
Il y a une règle chez les juifs qui stipule « qu’il faut tuer selon qui te tue ». Les Arabes en font autant. La Palestine, l’Irak, le Liban…, brûlent. L’Arabe tombe. Il verse et son sang et celui de l’autre qui, tout en combattant pour son existence, nie paradoxalement au nom du même droit à l’existence celui de celui qu’il combat. C’est vrai que cette façon d’ôter la vie aux innocents pose une question de moralité au nom d’un humanisme passif. Mais quel tort a-t-on de se défendre en usant les seuls moyens à sa disposition quand on sait, et c’est Nicolas Sarkozy qui l’affirme, qu’« une identité humiliée est une identité radicalisée ». Nelson Mandela déclare par contre qu’ « un combattant de la liberté apprend de façon brutale que c’est l’oppresseur qui définit la nature de la lutte, et il ne reste souvent à l’opprimé d’autres recours que d’utiliser les méthodes que reflètent celles de l’oppresseur. A un certain moment, on ne peut combattre le feu que par le feu.” [2]
Quelque soit la teneur « morale » de son action, le combattant de la liberté a le mérite de poser son problème. Il affirme haut et fort par son acte que si l’autre devrait exister il mériterait autant que lui de ce même droit à l’existence. Et s’il faudrait l’arracher, ce droit à la vie, à l’existence ainsi qu’au bonheur auquel il donne droit, il en paierait le vrai prix, celui que coûtent sa libération, sa liberté, son indépendance et l’expression de sa souveraineté.
L’enfant arabe affronte les chars de combat en y opposant la force d’une pierre. Les télévisions occidentales diffusent des images d’une femme palestinienne, vieille et grand-mère candidate à la bombe humaine. C’est illusoire, utopique et suicidaire mais seulement si on refuse de voir l’acte sous son aspect pédagogique. Il enseigne le courage, le sacrifice, le don de soi, l’amour de l’autre et de la patrie, valeurs fondatrices de l’Occident. C’est l’avenir qui compte. Tout être humain est attaché à la vie et à l’existence de l’espèce, mais face à la bêtise humaine, il n’existe aucune pédagogie efficace à même d’instruire et de transformer « l’homme » en humain que celle qui consiste à donner sa vie pour que le monde s’humanise.
Raciste, nous ne le sommes pas
Mufoncol Tshiyoyo
[1] Tchicaya U Tam’si, Ces fruits si doux de l’arbre à pain
[2] Nelson Mandela, 1995. Un long chemin vers
la liberté. Paris, Fayard.
Africatime
Agence France Presse
Le Democrate Magazine