Par KABEYA N’Kashama-Mutoke
Pour permettre à nos compatriotes congolais de comprendre la portée du projet de déploiement de la Fibre Optique en cours dans notre pays avec l’assistance technique et financière de la Chine, je me permets d’apporter quelques clarification ci-dessous dans le cadre de partage d’information et d’enrichissement du débat national sur les investissements dont les enjeux sont nationaux. Je tiens d’abord à me présenter pour ceux qui ne me connaissent pas, Ingénieur en Electronique avec spécialisation en Télécommunication, je suis un ancien Cadre de l’OCPT (Chef de Division puis Sous-Directeur) entre 1978 et 1988, année où j’ai été envoyé en formation en Europe par l’entreprise qui n’a plus voulu me reprendre à la fin de mes études en 1992.
Dans le cadre de mes fonctions à la Direction des Études et Programmation des Télécommunications, j’avais conduit plusieurs missions d’étude au cours de l’année 1985 dans le Bas-Congo dans le cadre du projet PANAFTEL (Organisation africaine qui regroupe les administrations africaines des télécommunications dont le Secrétariat Général était basé à Kinshasa à mon départ en 1988 à l’instar de l’UIT au niveau mondial dont le siège est en Suisse), projet qui consistait à faire du pontage sur le câble sous-marin qui passe au large de la côte de l’océan atlantique aux environs de Banana proche de la ville de Moanda, dont la finalité était de relier les pays de la côte ouest et ceux de la côte Est par le câble sous-marin qui passe aussi au large de l’océan indien en desservant tous les pays traversés avec la RDC comme passerelle au vu de son étendu.
Pour les non techniciens, je rappelle qu’en terme d’auto route de l’information, depuis la première liaison morse établie au début du 19ème siècle par Bell, nous sommes parti du système de la transmission en modulation de fréquence (avec comme inconvénients: la mauvaise qualité du signal due à sa distorsion dans l’atmosphère et à la limitation de la bande passante) pour arriver à l’heure de la numérisation ayant amélioré la qualité du signal et l’augmentation de la bande passante, permettant ainsi la transmission des données à grande vitesse; d’où la facilité d’accès à l’Internet, à la télévision numérique et aux différentes applications nécessitant un fonctionnement à temps réel.
Pour relier les villes éloignées et le reste du monde, pour une meilleure compréhension des non techniciens, sans vouloir entrer en détail sur la configuration technique, il y a trois types de supports de transmission (il faut distinguer deux types de réseaux: le réseau de distribution aux abonnés et le réseau de transport pour les grandes distances comme c’est le cas de la production de l’énergie électrique au barrage d’INGA qui doit être transportée en haute tension et distribué en basse tension), nous avons donc :
1. Le système de transmission par Faisceaux Hertzien (FH) à visibilité directe avec des relais à chaque 50 km, tel était le cas avec le projet Kinshasa -Lubumbashi appelé Axe 2 et le réseau transhorizon (l’une des couches de l’atmosphère permettant de refléter le signal entre deux stations terriennes) avec un seul bond entre Matadi et Kinshasa appelé Axe 1, projet lancé en début des année 1970 avec la société THOMSON-CSF dans le cadre de financement de la coopération française sous Giscard, projet qui n’avait pas réussi à cause d’une mauvaise étude de faisabilité sur le terrain et de problème énergétique pour alimenter les stations relais sur une distance de 2000 km entre Kinshasa et Lubumbashi. La bande passante pour ce type de liaison est entre 450 et 900 Mhz ;
2. Le réseau de transport des paquets des données par satellite (Voix, Data et Image) décodés à l’arrivée pour être distribués aux abonnés selon les demandes, pour les congolais, vous vous souviendrez du réseau REZATELSAT (13 stations terriennes, une par Province, installées sur l’ensemble de territoire zaïrois) ayant permis d’arroser toutes les Provinces en télévision national « OZRT », permettant ainsi à tous les congolais de suivre à temps réel le timonier au même moment que les Kinois. Sur ce réseau, quelques circuits étaient réservés à l’OCPT pour la transmission de la voix et de données (REZATELSAT était une société appartenant à l’OZRT et à l’OCPT qui était représenté au Conseil d’Administration par le Directeur MAKELA). En terme des liaisons internationales, c’est par satellite que le Congo est relié au reste du monde, à mon départ de Kinshasa on passait par INTELSAT IV appartenant aux américains et la bande passante était d’environ 2 GHz. Aujourd’hui, beaucoup des Providers au Congo disposent de leur propres stations terriennes et louent des circuits dédiés sur les transpondeurs de différents satellites suite à la défaillance de l’administration des PTT et fournissent à ce jour aux rares particuliers congolais et aux entreprises des connexions Internet dont la vitesse est entre 128 et 512 Kbits/sec, au moment où les ménages sénégalais connectés au câble sous-marin avoisinent 2 Mbits/sec et en France les ménages sont à 10 Mbits/sec avec l’introduction du haut débit par le dégroupage ADSL et les avantages qui s’en suivent : Internet à très grande vitesse, la téléphonie sur voix IP (Internet Protocol) et la télévision numérique pour ne citer que ces applications là;
3. Le transport par Fibre Optique en passant par le câble sous-marin sur lequel plusieurs pays sont connectés, permettra ainsi l’amélioration de la qualité des communications, l’augmentation de la bande passante et la distribution de certaines applications jusque là non envisagées à cause de la faible vitesse de transport ; ce support permettra d’atteindre plus de 10 Gbits/sec de vitesse pour la transmission des données, ainsi, les entreprises n’auront pas à attendre des heures pour recevoir ou envoyer des fichiers lourds, elles vont travailler à temps réel avec leurs fournisseurs ou leurs clients dans les quatre coins du monde et augmenter les transactions et aussi faciliter la transparences des échanges.
Je rappelle pour ceux qui vivent en France que l’ambition de François Mitterrand à son arrivée au pouvoir en 1981 était de numériser le réseau des télécommunications français en parallèle avec le déploiement du réseau ferroviaire de train à grande vitesse (TGV) pour rapprocher la France profonde à la capitale et désenclaver certaines Régions de la France. C’est la raison pour laquelle la société France Télécoms avait lancé de lourds investissements sous l’impulsion de son actionnaire majoritaire, « l’État français ». Ces investissements sont à la base du développement économique de la France des années 80 et 90 et du phénomène de développement des « star top » des années 90 ayant révolutionné le monde industriel français et des pays de l’OCDE.
Ancien Chef de Projet à la Direction de Réseau Fixe du Groupe CEGETEL avec le nom commercial de SFR pour le mobile, pour information, CEGETEL est le premier opérateur privé des télécommunications en France. Dans le cadre de sa démarche d’indépendance en terme d’infrastructure, j’ai piloté au cours de cette mission le Plan tri-annal dès l’année 2000 dont l’objectif était de doter l’entreprise de son propre réseau de transport indépendamment du réseau de France Télécoms qui nous louait les circuits pour raccorder certains grands comptes sur lesquels on était en compétition lors des appels d’offre et on avait parfois du mal à concrétiser les contrats de location des circuits étant en concurrence direct sur plusieurs marchés.
Donc, je contredit les affirmations de ceux qui prétendent que le projet de déploiement de la Fibre Optique au Congo n’a comme finalité que la réponse aux besoins des services de l’État sans aucun impact économique au niveau national. Par ailleurs, je porte à la connaissance des congolaises et congolais que les études techniques et économiques financées à l’époque par la BAD (Banque Africaine de Développement) sont dans les archives de l’OCPT et elles étaient bloquées à l’époque par le mauvais climat politique entre le Zaïre et l’Angola d’une part et surtout par le manque d’enthousiasme du Gouvernement KENGO qui, selon certains signes extérieurs, tenait à favoriser le déploiement du réseau de TELECEL de MIKO.
L’approche simpliste de ceux qui tiennent ce genre de discours risque d’induire beaucoup des congolais en erreur en faisant croire que la construction des autoroutes, des réseaux ferroviaires et de la distribution d’énergie électrique sur toute l’étendu du pays auraient comme objectif de faciliter la circulation des 4X4 des dirigeants politiques et leur déplacements en train pour les propagandes politiques sans aucun impact sur le plan macro-économique à travers la création des sociétés sur l’ensemble de territoire congolais dont la cause majeur de non investissement en Province est l’absence des infrastructures, de l’énergie et du réseau de communication fiable permettant les transactions qui relèvent du programme de gouvernement susceptible d’inciter les investissements privés.
Pour conclure, si le projet de la Fibre Optique est mené à terme avec une bonne gestion à la clé des ces infrastructures, le Congo connaîtra un boom économique exceptionnel en moins de 5 ans, il faut une vision et de la volonté politique. J’ai eu à proposé à travers les mémos aux différents Ministres des PTT depuis 1992 des approches permettant une gestion responsable de ce secteur contrairement à ce qui s’est passé depuis la reforme de 1973 sous KABUITA NYAMABU et en 1978 avec le Général WABALI, c’est dans ce contexte que j’étais Candidat au poste d’ADT (Administrateur Directeur Technique des Télécoms à l’OCPT lors des appels à candidature lancés par COPIREP en 2007) malheureusement, la convocation de COPIREP pour l’entretien m’est parvenue le jour même de l’entretien alors que je me trouve à 8000 km de Kinshasa.
Je partage par contre une partie des approches dans le sens que le déploiement de cette Fibre Optique en tant que réseau de transport, ne pourra être rentabilisé que s’il y a en amont un déploiement du réseau local de distribution afin de faciliter l’accès aux abonnés (entreprises, administration et particuliers). Pour faire le parallélisme avec le réseau électrique, il ne sert à rien de ramener de l’électricité à Haute Tension à la station de Bandal si le réseau de distribution local à travers les sous-stations n’est pas fiable pour que le destinateur final ait de l’électricité sans délestage, système dont la cause principale est due à la mauvaise qualité des équipements des différentes sous-stations et le mauvais état du réseau de distribution avec la vétusté des câbles. Or, en ce qui concerne le secteur des télécommunications en RDC, le réseau fixe de distribution est inexistant dans toutes villes du Congo. A moins d’utiliser les nouvelles techniques de distribution par WiMax, l’équivalent du Wi-Fi pour un réseau campus.
Dans mon étude envoyée en 2004 à Gertrude KITEMBO, Ministre de Transition des PTT, j’avais proposé la mutualisation des investissements au niveau de génie civile entre l’OCPT, la SNEL, la REGIDESO, voire la Voirie pour la création des fourreaux communs permettant la réhabilitation des réseaux de distribution télécoms, électrique, eau potable et la canalisation d’évacuations des eaux usagées dans le cadre d ‘une politique d’aménagement territorial.
Je reste ouvert au débat pour enrichir cette réflexion. Aujourd’hui en France, avec le programme d’économie numérique, chaque Département et Province déploie ses propres Fibres Optiques pour desservir les collectivités jugées non-rentable par France Télécoms et les autres opérateurs afin de viabiliser les zone d’activité commerciale « ZAC » et attirer les entreprises à s’y installer. Ces Départements et Régions deviennent des fournisseurs d’accès au TIC. C’est un exemple que nos Provinces peuvent suivre.
Cordialement.
N’Kashama-Mutoke KABEYA
Consultant Senior Télécoms
Gérant KNM-CS
Contact : +33623356208
contact@knm-cs.fr
http://www.knm-cs.fr
Africatime
Agence France Presse
Le Democrate Magazine
Merci très Cher compatriote pour l’analyse de très haut niveau que vous dressez de la situation des télécoms dans notre pays. Ça plairait à beaucoup de vos compatriotes de retrouver une telle matière grise et expertise au niveau décisionnel de notre pays , en cette matière. A très très bientôt !!!
Monsieur Kashama, je suis très heureux de vous connaître et d´apprécier votre approche sur le sujet que vous abordez.En tant que Congolais, je suis fier de vous, car le sujet que vous entamez est d´intérêt scientifique, social, technologique indéniable. Surtout, mon cher frère, c´est rare que des Congolais profitent de l´espace démocratique que leur offre Congo Tribune pour développer des idées constructives. Ils passent leur temps à s´insulter mutuellement. En tant que scientiste, je me félicite de votre approche surtout que vous touchez un domaine qui est, tant soit peut, le mien. Je suis Docteur ès Sciences et mon domaine de recherche est la Cybérnétique et la Théorie de l´Information. Pour ma thèse de Doctorat, j´ai analysé le jeu connu comme African National Game, Kissolo, Awale et le Livre du Destin égyptien, vieux de six mil ans.. J´ai découvert les algorithmes mathématiques de ces sistèmes africains démontrant que les Noirs sont les premiers à créer la logique et le langage binaires et qu´ils ont inventé les premiers ordinateurs de l´Humanité: le jeu des cauris ou ndjeke, le Kissolo ou Awale, le Livre du Destin qui est un véritable sistème de traitement des données d´une capacité évaluée a 2 à la puissance 32. Après avoir découvert les algorithmes de ces jeux, je les ai représentés atravers les formules modernes créant trois fonctions: la fonction de traitement des données, la fonction de récupération des données et la fonction itérative (type controle remote). Avec ces nouvelles équations, j´ai construit des modèles de software qui n´ont rien à en vouloir aux méthodes actuels en Informatique. En 1987, quand Mobutu avait visité l´Amérique Latine, j´avais présenté mes projets avec intention de les développer au Congo, mais, il y a eu sabotage basé sur la jalousie et le tribalisme. Vous savez de quoi je parle. Enfin, je voudrais encourager nos compatriotes à suivre votre exemple: utiliser le canal démocratique Congo Tribune pour de vrais débats citoyens au lieu d´en faire une palanque d´injures. Mais, même comme cela, nous devons leur reconnaître le droit au droit d´expression. Comme dirait Voltaire: « je ne partages pas votre point de vue, mais je défendrai jusqu´à la mort voitre droit à l´expression de votre pensée ».
Salut
Les articles comme celui-ci sont rares sur les medias congolaises.
Je tiens tout d’abord a vous féliciter surtout pour le temps que vous avez pris pour éduquer le peuple congolais des avantages que peuvent apporter le fibre optique dans notre pays.
C’est vraie le boum économique, mais pas pour les congolais et congolaises.
Ca sera du boum économique pour les investisseurs étranger qui chercherons a maximiser leurs opérations dans les grand centre comme Kin, Lubumambshi, Likasi, Bukabu, Goma… Mais pas pour un Congolais de Lubao ou Luputa pur n’citer que ces deux villes.
Pour moi, je trouve que l’installation de fibre optique au Congo pour le moment, bien que cela soit une bonne chose dans l’avenir ; c’est le gaspillage d’énergie, du temps et de ressources congolaises vu la situation politico-sociale que le pays est entrain de traverser.
La présence du fibre optique au Congo pour le moment c’est comme dirait vouloir faire la course de voiture sport dans les rues de Kinshasa. Même si vous avez la meilleure voiture de course pilotée par le meilleur pilote comme Michael Schumacher, les routes ne vous permettrons d’atteindre la performance voulue.
Je dis ceci pour vous rappeler que nous avons des sérieuses handicapes au Congo, pour répondre a la demande d’une si grande infrastructure.
Je sais, que le projet a déjà commencé, mais voici le minimum des pré-requis qu’il fallaient avant d’envisager un projet pharaonique comme celui-là dans un domaine neuf de TIC au Congo.
1. L’electricités pour les 10 % de congolais
2. Aéroport fonctionnel dans chacune des villes émergentes
3. Les routes, les routes, et encore les route (terrestres) qui assurerons la circulation des biens et matériels
4. La main d’ouvre qualifier dans le TIC.
Je suis très intéressée a partager avec vous les expériences en TIC, et relever le problematique de la présence du fibre optique au Congo.
Aksanty