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Sola Odunfa, journaliste africain exerçant au Nigeria, émet l’idée que les dirigeants corrompus du pays puissent avoir en fait besoin d’une aide psychiatrique. Je m’installais à mon bureau pour écrire un courrier quand une tribune publiée au verso d’un quotidien a retenu toute mon attention. Ce quotidien, le Punch, est publié à Lagos, mais il est distribué dans tout le pays, et il se proclame lui-même le journal lu le plus largement dans tout le pays. L’éditorialiste auteur de cette tribune traitait d’un sujet rebattu, la corruption au Nigeria.
Je pensais qu’il n’y avait presque plus rien à dire sur les ravages de la corruption des fonctionnaires sur le trésor public nigérian, mais cet éditorialiste m’a apporté un nouveau point de vue sur ce sujet.
Obsession compulsive
Nous observons des personnes qui amassent à leur profit de l’argent public jusqu’à un point délirant, ils font preuve d’un désordre psychiatrique obsessionnel ou compulsif
Farida Waziri, directrice générale de la Commission des Crimes économiques et financiers du Nigeria
Le point fort de cet article venait de la directrice générale de la Commission des Crimes économiques et financiers du Nigeria, Farida Waziri, citée lors d’un exposé.
Sa déclaration vaut la peine d’être citée ici : « la hausse de la croissance et de l’accumulation cupide de richesses que j’ai pu moi-même observer laisse penser selon moi que certains de nos dirigeants ne sont pas aptes psychologiquement à avoir un poste dans la haute fonction publique », a-t-elle expliqué.
« Nous observons des personnes qui amassent à leur profit de l’argent public jusqu’à un point délirant, ils font preuve d’un désordre psychiatrique obsessionnel ou compulsif », a-t-elle ajouté.
Effectivement, comment décrire autrement une situation dans laquelle un fonctionnaire qui a déjà volé des centaines de millions de dollars dans la caisse de l’Etat, et a pu acquérir des propriétés dans des pays clés d’Europe occidentale ou en Afrique du Sud, tout en continuant à remplir des comptes en banques à l’étranger de millions de dollars, peut encore vouloir voler l’argent public ?
Ces individus arrivent à peine à tracer les mouvements de leur richesse, et doivent souvent garder la plupart de leurs biens secrets même devant leurs femmes et enfants.
Leur tendance obsessionnelle à voler est telle qu’ils en deviennent incapables de ressentir le moindre remord pour les millions de compatriotes nigérians autour d’eux qui subissent les conséquences de leurs actions, souffrant de pauvreté, de privation, de maladie et de désespoir.
Les affaires sont les affaires
La crise dans le Delta du Niger est la conséquence directe de cette obsession.
A tous les niveaux, les autorités ont écorné les revenus tirés du pétrole et du gaz produits dans cette région au point qu’il ne reste presque rien pour assurer le bien-être de la population locale.
Lorsque les jeunes de cette région ont manifesté pour protester, l’armée a été déployée à grand renfort d’hélicoptères.
Ces jeunes ont alors réagi en s’attaquant aux installations pétrolières, et les revenus du pétrole devant revenir à l’intérêt général en ont été encore une fois réduits.
Certains dirigeants ont compris que ces événements allaient les priver d’argent public à spolier ! Panique à bord… On a alors proposé l’amnistie, et des militants recherchés depuis longtemps ont depuis rendu leurs armes, et ils parlent à présent de faire la paix avec le gouvernement.
Que s’est-il passé depuis dans cette nouvelle région pacifique ?
Je pense que le pétrole et le gaz vont à nouveau couler dans les tuyaux, et donc les dollars, notamment dans la poche ouverte en permanence des dirigeants et fonctionnaires gourmands.
La situation va revenir à la normale, car les affaires sont les affaires.
Mais honnêtement, les inquiétudes de Farida Waziri et sa suggestion d’évaluer psychologiquement certains de nos fonctionnaires du service public n’a fait rire qu’ici.
Quelque chose me dit au contraire que l’héritage de Mobutu Sese Seko, de Jean-Bedel Bokassa et de Sani Abacha, les anciens dirigeants respectifs du Zaïre, de la République centrafricaine, et du Nigeria, est bien vivant et actif tout près d’ici.
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