Que l’on ait aimé Mobutu ou pas, il y a lieu ici de reconnaître que l’homme fut un adversaire « coriace ». Cahin-caha, Mobutu est resté 32 ans au pouvoir jusqu’à ce que sa maladie lui ait dicté la voie de sortie. Machiavélique, l’homme le fut. Il a misé sur la durée en se préoccupant peu du résultat de son règne et de ce que l’Histoire en dirait. N’est-ce pas le propre de l’Histoire de conclure les chapitres d’une vie, bonne ou mauvaise ?
Pour en découdre avec Mobutu, le leadership d’hier a recouru aux techniques accessibles sur le marché, notamment les villes mortes (on sait de quoi on parle), les sit-in, les tracts et autres pamphlets politiques ; Il a recouru à l’écriture et à la parole, les grèves, les marches de protestation qui ont débouché ou encore se termine par le sang de nombreux anonymes tombés ou tombent sous les balles de la soldatesque au service du système. Cette liste n’est pas exhaustive. Mais la question de leur efficacité se pose avec acuité. A-t-il-été efficace, ce mode de combat ? A-t-il abouti aux résultats escomptés qui étaient de divers ordres ? Cherchait-on à affaiblir Mobutu ou on visait à éradiquer le « mobutisme » ? On ne saurait pas non plus affirmer que cette façon d’œuvrer a eu raison du système et du Maréchal aussi longtemps que ceux qui ont combattu Mobutu n’ont jamais accédé au pouvoir politique. Même s’il est vrai dans certains cas que se succéder à Mobutu ne constituait pas officiellement leur ambition première. Les Congolais ont plutôt vu débarquer à la place ceux dont ils attendaient le moins, ce « conglomérat d’aventuriers » à la tête de laquelle trônait un certain Laurent Désiré Kabila. Ils ont dû rafler la mise au vu et au su de tout le monde.
Dans la lutte contre Mobutu, certains ont privilégié la « non- violence » comme stratégie de combat et arme de conquête de pouvoir, mais une non-violence monotone, épuisante et couteuse en « chaire humaine ». On ne pourrait non plus nier quelques avancées « démocratiques », quelques libertés arrachées ci et là, notamment la liberté de presse, d’expression, d’association et d’autres, comme le multipartisme… Mais à quoi ont-elles servi toutes ces victoires lorsque sur le terrain, le Congo serait toujours à sa case de départ, c’est-à-dire en 1960. Les mêmes questions se reposent face au « fils de Kabila ». Qui est en fait le vrai adversaire contre lequel les Congolais devraient ou doivent se battre ? Etait-ce Mobutu hier ou le nommé « Kabila Joseph » aujourd’hui ? « Kabila Joseph » n’est-il pas un chien de garde au service de ses maîtres ? Dans ce cas, faudrait-il combattre le chien et laisser libre son maître qui pourrait à l’occasion substituer un autre chien de garde à la place ou combattre le maître pour cueillir le chien en errance ? Dans les deux cas, la « non-violence » ne répond pas à la nature et de la crise et celle des adversaires à combattre.
Partout où la non-violence fut utilisée, elle servait ou a servi à combattre l’humiliation incarnée par l’Occident, l’humiliant. Il y a un doute aujourd’hui, et ce doute persiste, que la non-violence soit une arme efficace pour déboulonner une dictature soutenue et dirigée de l’extérieur par ses mentors. L’humilié fait face à deux adversaires, l’un est à l’intérieur, fruit du système qui le génère, à qui l’entraineur apprend à frapper et l’autre, le maître du système, qui est à la fois acteur et observateur extérieur. Mahatma Gandhi et Martin Luther King ont combattu un adversaire unique, l’Occident l’humiliant. La situation se complique dès lors qu’il faille combattre des adversaires à la fois. La non-violence est dans ce cas un procédé dépassé, inapproprié. Il coûte non seulement en nombre des victimes mais aussi en temps. Elle demande à ce que le peuple suive et pour suivre, le peuple devrait être rapidement formé alors que l’adversaire se bat pour se maintenir et maintenir le système. Le Congo est un pays qui ne pas du travail de ses enfants ou du contribuable congolais. Le pouvoir au Congo vit des subventions extérieures lesquelles ôtent aux travailleurs congolais leur droit d’exercer des pressions sur le pouvoir qui n’a pas de compte à rendre aux Congolais.
Celui que le monde appelle « Joseph Kabila » est loin d’être de « la race des seigneurs »[1]. C’est juste une marionnette au service de ses maîtres que les Congolais et Jean Pierre Bemba, qui reconnaissent et se soumettent à « son pouvoir », élèvent au rang de leader politique. « Shame on you ! », crie Michael Moore. Il n’y a pas de pitié pour ceux qui acceptent et subissent un ordre injuste. Il n’y a que mépris. « […] lâches, […] stupides, [crie Napoléon à ceux qui se reconnaîtront dans ces propos], puisque la continuité de l’oppression ne vous rend aucune énergie, puisque vous vous en tenez à d’inutiles gémissements lorsque vous pourriez rugir, puisque vous êtes des millions et que vous souffrez qu’une douzaine d’enfants armés de petits bâtons vous mènent à leur gré, obéissez ! Marchez sans nous importuner de vos plaintes, et sachez du moins être malheureux, si vous ne savez pas être libres »[2].
Les Congolais ressentent « Joseph Kabila » comme une humiliation. Jacques Attali écrit dans L’Express que « notre monde, celui de Ben Laden et de bien d’autres, est l’héritier de millénaires d’humiliation, dont trois siècles par la faute de l’Occident »[3]. L’Occident en est bien conscient, mais il refuse de changer. Pourquoi devrait-il changer aussi longtemps qu’il ne sent pas forcé de changer d’attitude. Pourquoi devrait-il le faire lorsqu’il peut arracher « notre » consentement à moindre coût. L’Occident sait que l’humilié que la plupart de nous sommes est toujours coopératif, bon enfant et aimable. Déjà, on est admirateur de l’Occident. On pense n’être pas son égal, mais inferieur. On refuse d’être différent mais la plupart de nous voudrait lui ressembler. Il y a toujours un seuil au-delà duquel l’humiliation et l’humiliant ne doivent pas dépasser. « Nous aussi nous sommes hommes »[4] . Il vient un moment dans la vie d’une nation, dit Nelson Mandela « où il ne reste que deux choix : se soumettre ou combattre. [Et] ce moment est arrivé [pour les Congolais car « Joseph Kabila » à la tête du Congo est un casus belli] »[5] .
Faut-il combattre « Joseph Kabila » avec les villes mortes, les grèves, la non-violence qui obligent la plupart des combattants de la liberté à choisir soit l’exil soit une mort facile du genre de notre cher compatriote Christian Badibangi. Non ! Non ! Non ! Trois fois Non. Nelson Mandela dit que tout homme politique sérieux comprendra que dans les conditions quotidiennes actuelles de notre pays, rechercher un martyre bon marché en me livrant à la police serait naïf et criminel »[6]. Coup de chapeau à l’association « Bana Congo » qui montre une voie à suivre aux Congolais. Il faut inventer les outils de combat, repenser la stratégie de lutte et livrer ensuite la bataille. Le Congo aux Congolais… Nicolas Sarkozy dit « ceux qui n’aiment pas
la France la quitte ». Les premières armes dont les Congolais disposent sont la volonté, la détermination et leur sang. La nation mérite que l’on meure pour elle. «
La France, [disait la maman de Napoléon à son fils], est grande, riche, bien peuplée. Elle est en feu. Voilà mon fils, un noble embrasement. Il mérite les risques de s’y griller »[7].
Les uns disent qu’il faut donner du temps à « Joseph Kabila ». Ceux-là ont la mémoire courte. Plus personne ne se rappelle que nombreux d’entre nous ont chanté et dansé dans leur jeunesse : « Topesaki 5 ans na Mobutu, tobakisaki 7 ans na Mobutu, mpo na ko sukisa, 100 ans tomotombele ». On a tendance à oublier vite où cela a conduit le Congo. Celui que l’on nomme Joseph Kabila ne mérite pas que les Congolais lui accordent du temps. « L’excuse du provisoire n’est jamais en réalité qu’une ruse du tyran pour se faire accepter ».
D’autres reprochent aux Congolais leur manque de moyens. Il faut être politiquement idiot, dit Saul Alinsky, de croire que tout le pouvoir vient du canon des fusils quand e c’est l’adversaire qui possède tous les fusils.
James Baldwin crie : « La prochaine fois, le feu »[8]
Mufoncol Tshiyoyo
[1] Cécilia Sarkozy avait indiqué au Nouvel Observateur que Rachida Dati était plus qu’« une amie, c’est ma sœur. Je ne la lâcherai jamais. Je connais tout d’elle. Elle est de la race des seigneurs. » http://clubobs.nouvelobs.com/article/2007/08/06/20070806.FAP1635.xml
[2] Max Gallo, 1997, Napoléon Le chant du départ, Paris, Robert Laffont, p.89
[3] http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/inde/dossier.asp?ida=459051
[4] Max Gallo, Ibid., p.88
[5] Nelson Mandela, 1995, Un long chemin vers la liberté, Paris, Fayard, p.298
[6] Ibid., p.288
[7] Max Gallo, ibid., p.194
[8] James Baldwin, 1996, La prochaine fois le feu, Paris, Gallimard, coll. Folio, le titre
Africatime
Agence France Presse
Le Democrate Magazine