Côte d’Ivoire : Laurent GBAGBO et ses proches en fuite vers une destination inconnue

Les Forces républicaines d’Alassane Ouattara, auxquelles se sont ralliées la plupart des FDS, sont arrivées à Abidjan, où elles ont pris la RTI pendant la nuit. Elles ont également encerclé la résidence présidentielle dans le quartier de Cocody. Un imposant dispositif de la Garde republicaine et du Groupement de sécurité du président de la République (GSPR) la défend. Laurent Gbagbo aurait fui avec des proches vers une destination inconnue.

Le gouvernement d’Alassane Ouattara a imposé un couvre-feu de 21h00 à 6h00 du matin à Abidjan tous les jours jusqu’à dimanche matin et la fermeture de toutes les frontières jusqu’à nouvel ordre. Les forces des Nations unies ont pris le contrôle de l’aéroport d’Abidjan. La Maison Blanche fait pression pour obtenir de Gbagbo qu’il lâche la barre et prévient qu’il devra rendre des comptes en cas de violences à Abidjan.

Le chef d’état-major de l’armée ivoirienne Philippe Mangou s’est réfugié à l’ambassade de l’Afrique du Sud à Abidjan mercredi soir. Si elle décidait de combattre face aux Forces républicaines (pro-Ouattara) l’armée ivoirienne encore loyale à Laurent Gbagbo devrait le faire sans son chef.

Les forces pro-Gbagbo viennent de perdre leur chef d’état-major, le général Philippe Mangou. Il s’est réfugié mercredi soir à la résidence de l’ambassadrice sud-africaine à Abidjan. Le ministère sud-africain des Affaires étrangères l’a annoncé dans un communiqué.

Le comportement de ce dernier était observé à la loupe depuis le début de la crise. Le camp Ouattara a même pensé pouvoir obtenir son soutien.

Sa fidélité à Laurent Gbagbo paraissait scellée par les années passées à son service. Après le coup d’État manqué contre lui, en 2002, celui qui est alors est Lieutenant-colonel se porte volontaire pour conduire les troupes loyalistes au combat. Il sera envoyé alors au front à Yamoussoukro.

Il est aussi l’une des pièces maîtresses de l’opération Dignité, qui a conduit au bombardement d’un camp français à Bouaké, en novembre 2004. Pour quitter son poste, Philippe Mangou a donc dû juger que la situation militaire était désespérée alors que les Forces républicaines (FRCI, pro-Ouattara) ne cessent d’avancer vers Abidjan en rencontrant très peu de résistance.

Consultations

C’est à la résidence de l’ambassadrice sud-africaine à Abidjan, Zodwa Lallie, qu’il a choisi de fuir. L’Afrique du Sud avait longtemps adopté une neutralité bienveillante à l’égard de Laurent Gbagbo sur la crise ivoirienne, plaidant pour un accord entre les deux rivaux. Pretoria s’était finalement rangé derrière la position de l’Union africaine, qui reconnaît Alassane Dramane Ouattara comme seul président légitime de Côte d’Ivoire.

Le président Jacob Zuma avait même conseillé à Laurent Gbagbo de se retirer.

Le choix de l’Afrique du Sud n’est donc pas sans risque pour Philippe Mangou. Le gouvernement sud-africain « a entamé des consultations à son sujet avec les parties compétentes en Côte d’Ivoire, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine (UA) et les Nations unies », affirme Pretoria. Le fait d’avoir abandonné la partie avant le début d’intenses combats contre les FRCI jouera-t-il en sa faveur ?

Tirs et pillages, une grande peur s’empare d’Abidjan

Une grande peur s’est emparée jeudi d’Abidjan, où des rafales d’armes automatiques et des tirs d’arme lourde ont retenti par intermittences durant la journée, tandis que certains secteurs étaient livrés aux pillages.

« On s’est enfermés dans la chambre, ça tire très fort puis ça s’arrête », a raconté à l’AFP, la gorge nouée par l’angoisse, une habitante de Cocody (nord), quartier chic abritant la résidence du président sortant Laurent Gbagbo et la télévision d’Etat RTI.

La situation restait à la nuit tombée des plus incertaines, et il était la plupart du temps impossible de dire qui tirait, des forces armées loyales à M. Gbagbo, de miliciens ou des insurgés soutenant Alassane Ouattara, reconnu chef d’Etat par la communauté internationale.

Depuis le milieu de la matinée, les rues de la turbulente métropole avaient été désertées. Le quartier du Plateau, dédié à l’administration et aux affaires et où est situé le palais présidentiel, s’est rapidement vidé. Et l’immense silence qui régnait était troué régulièrement par des détonations, des coups de feu ou des rafales.

L’absence totale de forces de l’ordre dans une grande partie d’Abidjan laissait la voie libre aux pillards dans la capitale économique qui comptait avant la crise post-électorale cinq millions d’habitants, dont beaucoup vivent dans la pauvreté.

La « Zone 4″, secteur du quartier de Marcory (sud) réputé pour sa vie nocturne et ses commerces, et où vivent de nombreux expatriés, a été la cible de pillages.

La force militaire française Licorne a dû y déployer une cinquantaine d’hommes pour dissuader les bandes de voyous.

« On est à la maison, on entend des tirs, on ne sait pas exactement ce qui se passe mais il paraît qu’il y a des gens qui ont pillé un glacier, et puis il y a des hélicoptères de la Licorne qui survolent la zone », a déclaré une habitante du secteur.

« On ne sait pas ce qui se passe, on a peur », a dit un autre.

Dans le quartier populaire de Koumassi, un témoin a vu des jeunes regagnant leur domicile, chargés de ventilateurs et d’autres matériels.

A Cocody, de jeunes hommes revenaient d’un hypermarché en emportant avec eux des matelas, des appareils électro-ménagers et de la nourriture, selon un résident.

Pour un Français installé depuis des années à Abidjan, « si l’ordre ne revient pas rapidement, ça va être l’enfer cette nuit ».

Le régime Gbagbo vacille

Le président ivoirien reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara n’avait jamais jeudi été aussi près de la victoire: ses combattants marchent sur Abidjan et le chef des armées de son rival, le chef d’Etat sortant Laurent Gbagbo, a fait défection.

Abidjan, hérissée de barrages de jeunes pro-Gbagbo, était sous haute tension et la plupart des habitants avaient préféré rester chez eux, dans la crainte d’une bataille finale dans cette métropole d’au moins quatre millions d’habitants.

Au quatrième jour d’une offensive éclair, alors que son rival gardait le silence, les troupes de M. Ouattara présentes dans la moitié nord depuis 2002 avaient pris le contrôle de la grande majorité du pays, sans rencontrer de résistance majeure sauf dans quelques villes de l’ouest, région natale de M. Gbagbo.

Depuis le début de la crise post-électorale fin novembre, qui a fait près de 500 morts selon le dernier bilan de l’ONU, M. Gbagbo, au pouvoir depuis 2000, a résisté aux sanctions internationales, tant politiques qu’économiques, avant que son régime ne vacille sous l’effet de la pression militaire et d’une défection de poids.

Le chef d’état-major de l’armée, le général Philippe Mangou, s’est réfugié mercredi soir à la résidence officielle de l’ambassadeur sud-africain à Abidjan, a annoncé jeudi le ministère des Affaires étrangères sud-africain.

Agé de 59 ans, le général Mangou avait été nommé par Laurent Gbagbo à la tête de l’armée ivoirienne en novembre 2004. Après le scrutin controversé du 28 novembre 2010, ce militaire réputé modéré avait de nouveau fait allégeance au président sortant, mais pendant des semaines le camp Ouattara avait espéré son ralliement, jamais venu.

D’autres généraux se sont ralliés à Alassane Ouattara, a affirmé sur la télévision France 24 son Premier ministre Guillaume Soro, exigeant que Laurent Gbagbo « parte maintenant » car Abidjan est « encerclé ».

Jeudi, dans une solennelle et grave adresse à la Nation diffusée sur sa radio et sa télévision, M. Ouattara a appelé les militaires encore fidèles au chef d’Etat sortant à rallier ses forces.

« Il est encore temps de rallier vos frères d’armes des Forces républicaines. Le pays vous appelle », leur a-t-il lancé, les exhortant à « rejoindre la légalité ».

« Malgré de nombreux appels à M. Laurent Gbagbo et à ses proches pour un transfert pacifique du pouvoir, l’unique réponse à cette main tendue a été la violence », a-t-il accusé.

Il a salué ses forces armées, engagées dans une offensive éclair destinée à « rétablir la démocratie et faire respecter le vote du peuple ».

Depuis le début de l’avancée lundi, les troupes de M. Gbagbo, sauf exceptions locales, ont officiellement opéré vers Abidjan un « repli » tactique, mais qui avait tout l’air d’une déroute.

Au fil des jours, les principales villes du pays sont tombées aux mains des combattants pro-Ouattara, souvent à bord de pick-ups surmontés de mitrailleuses: la capitale politique Yamoussoukro (centre) mercredi, et jeudi le premier port d’exportation de cacao au monde, San Pedro (sud-ouest).

Des tirs à l’arme lourde ont été entendus à la mi-journée près d’un important camp de la gendarmerie fidèle au président sortant. Et des rafales d’arme automatique étaient signalées par intermittence, notamment dans le quartier du Plateau, qui abrite le palais présidentiel.

Malgré la vacillement rapide de son régime, le président sortant entretenait le mystère sur ses intentions, livrer bataille ou se retirer.

A la mi-journée, la télévision d’Etat RTI, pilier de son pouvoir, avait assuré qu’il était « dans sa résidence » d’un quartier chic d’Abidjan et non pas « réfugié dans une ambassade » comme l’affirme la « rumeur ».

(avec AFP)