Faire de l’ « opposition forte » de la part de Jean Pierre Bemba, comme le souligne Jeune Afrique dans sa livraison 2396 ou de l’ « opposition démocratique », telle qu’il la nomme lui-même Bemba à travers son interview diffusée par l’hebdomadaire de la rue d’Auteuil à Paris, équivaut à faire ce que les uns ont toujours reproché à Etienne Tshisekedi, ce qui a toujours caractérisé la nature de son combat politique, une opposition démocratique non violente. Cette fois-ci, parce que certains se plaisent à le dire, ce combat « d’opposition démocratique » sera mené, différemment peut-être, par Bemba mais sans Tshisekedi. Franchement, aurait-on remuer ciel et terre, contribuer à pousser le peuple congolais à participer à une mascarade électorale dont tout le monde connaissait, c’est un secret de Polichinelle, les tenants et les aboutissants, pour finir par être un simple « sénateur » et leader d’une opposition autoproclamée ?
Aujourd’hui, l’Occident sable le champagne après avoir imposé son fils « unique » à la tête des nègres que sont les Congolais. Il croit être parvenu à renouveler à sa façon une classe politique avec la complicité de « fils à papa » demeurant dans la lignée d’une trahison séculaire. L’Occident ou sa partie visible a imposé aux Congolais et à son élite r un pouvoir en la personne de « Kabila » et un contre pouvoir, une opposition collaboratrice fabriquée de toute pièce dont la mission première est d’affronter et d’anéantir l’opposition congolaise « incarnation » des aspirations populaires.
Il y a des choses à dire, qu’il faut dire et le dire en toute objectivité sans chercher noise à qui que ce soit. En s’autoproclamant leader de l’opposition, reste à savoir laquelle, Jean Pierre Bemba ne répondrait-il pas aux désirs de l’Occident, qui lui fait pleinement jouer le rôle de diviseur de la classe et de l’élite congolaises appelées à s’affronter désormais entre elles. Ce qui laissera à l’occident le champ libre dans le pillage du Congo qui, d’après le journal Le Monde dans son éditorial paru le 19.11.06, « le Congo risque de demeurer ce qu’il n’a cessé d’être depuis le règne du roi des Belges, Léopold II : un immense territoire voué au pillage ».
Pour demeurer à ce poste qu’il s’est octroyé et taillé à sa dimension, de chef de file d’une opposition « collaboratrice », Jean Pierre bemba doit et devra dorénavant affronter le Vieux Etienne Tshisekedi. Que l’on ne nous prête pas des affirmations gratuites du genre : le Vieux Tshisekedi serait l’éternel leader de l’opposition congolaise bien qu’on on ne voit pas comment Jean Pierre bemba se maintiendrait à ce poste de tout nouveau chef de l’opposition congolaise sans affronter Tshisekedi et l’opposition qui refuse de reconnaître en lui un quelconque leadership si ce n’est celui qu’il s’est lui-même confectionné.
Tshisekedi se tait, un silence à double tranchant bien qu’il a une valeur pédagogique face à une population qui ressemble à un adolescent à l’âge de puberté, mais cela ne signifie nullement qu’il faille enterrer l’homme. Il n’a pas encore dit son dernier mot. Et si le peuple, après s’être rendu compte que les uns ont tiré profit de sa naïveté, se mettait à répondre comme par le passé à l’appel de Tshisekedi, il faut s’en attendre sûrement, gare à ceux qui vendent la peau de l’ours avant de l’avoir tué, la curiosité pousse à connaître l’attitude que prendra Jean Pierre bemba et sa fameuse opposition ? Reconnaîtrait-il ce leadership « naturel » de Tshisekedi, ce qui est loin d’être acquis, ou s’y opposerait-t-il. C’est un front qui ne dit pas sin nom. Ne réduisons pas le combat de Tshisekedi à la compréhension des autres et à la tolérance quand on sait que ceux qui le lui demandent n’ont jamais su jouer au fair-play. Pendant ce temps, c’est « Kabila » qui, comme hier Mobutu, se mettrait au dessus de la mêlée alors que la mission de Jean Pierre Bemba aurait été celle de s’opposer et de combattre Kabila. « The greatest enemy will hide in the last place you would ever look », Jules Cesar 75 B.C.
On apprend comme tout le monde que celui que la presse congolaise a surnommé « chairman » aurait posé sa candidature pour être désigné « sénateur ». La question qui vient vite à l’esprit est celle de savoir si Jean Pierre Bemba avait besoin d’une immunité sénatoriale pour se protéger éventuellement contre le régime de « Kabila » alors que ce monsieur, d’après le score électoral qui lui est attribué, a réalisé « près de 42% des suffrages » ? La seule immunité qui est reconnue à Tshisekedi est sa légitimité populaire. Le soutien du peuple congolais à son endroit qui la lui confie. Elle est loin d’être celle que Jean Pierre Bemba chercherait à obtenir par sa participation sénatoriale aux institutions « gouvernées » par Kabila que l’homme dit ne pas reconnaître. Les uns nous disent que c’est Kabila qui est et doit être l’adversaire, mais les mêmes ne se prononcent pas sur la manière unilatérale de Jean Pierre Bemba de s’autoproclamer chef de file de l’Opposition jusqu’à preuve du contraire est multiple. Le discours est à clarifier.
L’« l’intérêt supérieur de la nation » est de voir Kabila être déboulonné, de ne pas trôner à la tête du pays. Le pire pour le Congo et les Congolais, ce n’est ni la violence, ni le chaos, non plus la mort, le peuple meurt chaque jour, mais c’est de ressentir et de vivre dans la frustration, la honte d’une mascarade électorale et de Kabila, président de la République.
Mufoncol Tshiyoyo
Africatime
Agence France Presse
Le Democrate Magazine