Faut-il que tout le monde se taise, comme il en est présentement le cas au Congo, lorsque ceux qui se nomment eux-mêmes « Tutsi » congolais et non congolais- « Tutsi » parlent sans réellement convaincre d’une menace que les Congolais pèseraient sur le peuple « Tutsi » au Congo ? On voudrait aussi appréhender si ceux qui se disaient « Tutsi » étaient avant tout « congolais » avant d’être « tutsi » ou ils étaient d’abord « tutsi » avant d’être des « congolais ».
On aimerait aussi savoir si ce s’était un péché, car on lit une certaine peur chez les Congolais, d’aborder ce sujet en réponse au discours que Ruberwa et les siens tiennent et ceux qui en tirent particulièrement profit et qui ont intérêt à ce qu’il se propage.
Qui menace réellement les « Tutsi » au Congo ? Quelle ethnie congolaise, si on pourrait en citer ne fut-ce qu’une, il en existe plus de 400 dans ce pays, qui serait en guerre contre le peuple « Tutsi » au Congo ? Les Tutsi se battent contre quelle ethnie au Congo, contre quel autre peuplade du Congo qui en voudrait à ce peuple qui, selon le discours officiel, avait pris les armes en guise de légitime défense pour se défendre soi-disant contre une menace réelle que l’on a toujours du mal à situer ou pour revendiquer, ce fut la raison avancée jusque-là, la nationalité congolaise qui leur fut refusée. On ne sait pas s’ils en avaient fait la demande alors que les travaux de
la Conférence Nationale Souveraine auxquels certains d’entre nous avaient pris part sont assez édifiants sur le sujet. Qui voudrait faire croire à l’opinion internationale que le peuple congolais, incapable de faire même mal à une mouche, serait belliqueux, il aurait une culture de machette pour exterminer un autre groupe qui se voudrait « congolais » en l’occurrence?
Les peuples du Kasaï, pour ne les citer qu’à titre d’exemple et sans forcement en devenir le défenseur car un pas serait vite franchi, avaient été traité de « bilulu » par un certain Jean de Dieu Nguz-A-Karl-I bond et son acolyte de triste mémoire Kyungu wa Kumwanza. Ces Kasaïens ont été martyrisés sous le règne de Mobutu. Ils avaient été chassés comme des moutons sur leur propre sol par leurs frères congolais alors qu’aucune voix ne s’était levée à leur secours. On se rappelle encore dans notre jeunesse la célèbre phrase en lingala : « soki okutani na nyoka na muluba, boma muluba tika nyoka ». Mais Tshisekedi wa Mulumba qui se tait malheureusement comme d’habitude devant la gravité des accusations de Ruberwa, a donné à l’époque une leçon de leadership national en refusant d’exploiter à des fins politiciennes cette crise anti-kasaïenne, un piège qui lui était tendu par les ennemis de la nation congolaise. Les Kasaïens, par contre, n’ont jamais pris les armes pour se venger contre d’autres peuples congolais, ni pour se défendre ou revendiquer quoi que ce soit. Emmanuel Kabongo Malu est prolixe dans son livre contre ce que l’on pourrait appeler les crimes perpétrés par le pouvoir mobutiste contre une partie de son peuple. Le silence de l’Occident en la matière est assez controversé. Personne ne s’en est ému. Kyungu wa Kumwanza figure sur la liste des intouchables protégés par le pouvoir de « Joseph Kabila ».
L’opinion congolaise est par contre surprise aujourd’hui de constater un engouement orchestré autour de la question des tutsi « congolais » qui tentent de vendre une fausse menace pour mettre main basse sur le Congo et servir la cause de ceux qui les instrumentalisent à cette fin.
Ruberwa se voudrait être un leader congolais. L’homme fut en plus un vice- président de la république lors de la fameuse 1+4. Malgré cette fonction qu’il a assumée au pays de borgnes, Ruberwa se désigne lui-même tutsi pour des raisons qui lui sont propres. Il refuse de parler au nom de tous les Congolais qu’il aurait pourtant dirigés. Il affirme défendre ceux qu’il nomme les « Tutsi congolais » qu’il exclut de ce fait d’un peuple auquel son propre groupe se dit appartenir. Rien ne tient dans cette logique dans laquelle on y perd son latin.
Le public congolais connait le ou les plaignants mais l’accusé se fait toujours attendre. Ruberwa aurait facilité la cause en pointant du doigt l’accuse parmi les ethnies congolaises qui constitueraient une menace contre les « Tutsi ». Les Congolais le somment à designer nommément la menace pour que si menace existerait que ce qu’il en reste de l’Etat au Congo puisse sanctionner les malfaiteurs. La menace Tutsi au Congo est une vue de l’esprit, une création de laboratoires. Toutes les ethnies congolaises prises en elles-mêmes sont une minorité. Il n’existe pas une minorité qui serait menacée par une autre minorité. Ceux qui laissent Ruberwa s’exprimer de cette manière bravent une nation congolaise en désespoir. C’est dans le désespoir que réside la menace et le danger car l’homme désespéré sait qu’il n’a plus rien à perdre. Il est temps d’apprendre à se méfier des eaux endormies. On ne pourrait éternellement tromper tous les Congolais.
Ruberwa se dit « tutsi ». C’est lui-même qui se ferme la porte d’être « congolais » qu’il ne cesse de revendiquer. Personne ne lui en voudrait pour cela. Kunda Batware affirme haut et fort à qui voudrait l’entendre qu’il a pris les armes pour défendre le peuple « tutsi » menacé mais par qui lorsque l’on sait que celui que l’on appelle « Joseph Kabila » est aussi un « tutsi » qui se trouve placé à la tête du Congo. Il n’existe aucun mal d’avouer que les « tutsi » contrôlent l’impérium, les rênes du pouvoir dans ce pays où notre poltronnerie a livré le Congo aux enchères.
Nous ne comprenons pas toujours pourquoi « Joseph Kabila » et Kunda Batware font semblant de se battre entre eux. Qui menace qui au Congo ? Les Congolais observent et assistent impuissants devant une lutte fratricide entre les frères dont le groupe se dit menacé? Les jeunes congolais que « Joseph Kabila « expédie comme chair à canon au front contre son frère Kunda Batware rentrerait-il dans la stratégie qui ne dit pas son nom d’extermination d’une jeunesse congolaise en âge de se battre ? Il y a de quoi se poser cette question.
À ce que l’on sache, les Congolais n’ont jamais perpétré un génocide au Rwanda. Nul d’entre les Congolais ne se réjouit de ce qui s’est passé dans ce pays après la mort d’Habyarimana. Qu’ont-ils fait, qui voudrait bien entendre leur cri, pour que les Congolais er le Congo subissent le sort qui lui est réservé ce jour.
Nous sommes un peuple et nous refusons de mourir. Si ce type de discours est passé à Kigali pour faciliter la montée d’un certain Paul Kagamé au pouvoir, le Congo –Kinshasa de Patrice Emery Lumumba est loin d’être le Rwanda. Et les Congolais ne sont pas tous de « Collabos ». Il n’y a pas de menace contre les « tutsi » au Congo. À l’heure où l’on parle de plus en plus de grands ensembles tel que l’Inde, le Brésil, les USA, la Chine, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Afrique et particulièrement le Congo Démocratique aura plus à gagner en renforçant l’unité nationale en mettant en exergue l’homme congolais qui reste à créer plutôt qu’à encourager les droits aux minorités qui confondent les époques et l’histoire.
Mufoncol Tshiyoyo
Président et porte parole du
Rassemblement pour l’Alternative Politique au Congo, R.A.P., mouvement politico-militaire.