Archive for décembre 2006

JUSTE UNE QUESTION, A QUEL JEU JOUE JEAN PIERRE BEMBA?

Faire de l’ « opposition forte » de la part de Jean Pierre Bemba, comme le souligne Jeune Afrique dans sa livraison 2396 ou de l’ « opposition démocratique », telle qu’il la nomme  lui-même Bemba à travers son interview diffusée par l’hebdomadaire de la rue d’Auteuil à Paris, équivaut à faire ce que les uns ont toujours reproché à Etienne Tshisekedi, ce qui a toujours caractérisé la nature de son combat politique, une opposition démocratique non violente. Cette fois-ci, parce que certains se plaisent à le dire, ce combat « d’opposition démocratique » sera mené, différemment peut-être, par Bemba mais sans Tshisekedi. Franchement, aurait-on remuer ciel et terre, contribuer à pousser le peuple congolais à participer à une mascarade électorale dont tout le monde connaissait, c’est un secret de Polichinelle, les tenants et les aboutissants, pour finir par être un simple « sénateur » et leader d’une opposition autoproclamée ?

Aujourd’hui, l’Occident sable le champagne  après avoir imposé son fils « unique » à la tête des nègres que sont les Congolais. Il croit être parvenu à renouveler à sa façon une classe politique avec la complicité de «  fils à papa » demeurant dans la lignée d’une trahison séculaire. L’Occident ou sa partie visible a imposé aux  Congolais et à son élite r un pouvoir en la personne de « Kabila » et un contre pouvoir, une opposition collaboratrice fabriquée de toute pièce dont la mission première est d’affronter et d’anéantir l’opposition congolaise « incarnation » des aspirations populaires.

Il y a des choses à dire, qu’il faut dire et le dire en toute objectivité sans chercher noise à qui que ce soit. En s’autoproclamant leader de l’opposition, reste à savoir laquelle, Jean Pierre Bemba ne répondrait-il pas aux désirs de  l’Occident,  qui lui fait pleinement jouer le rôle de diviseur de la classe et de l’élite congolaises appelées à s’affronter désormais entre elles. Ce qui laissera à l’occident le champ libre dans le pillage du Congo qui, d’après le journal Le Monde dans son éditorial paru le 19.11.06, «  le Congo risque de demeurer ce qu’il n’a cessé d’être depuis le règne du roi des Belges, Léopold II : un immense territoire voué au pillage ». 

Pour demeurer à ce poste qu’il s’est octroyé et taillé à sa dimension, de chef de file d’une opposition  « collaboratrice », Jean Pierre bemba doit et devra  dorénavant affronter le Vieux Etienne Tshisekedi.  Que l’on ne nous prête pas des affirmations gratuites du genre : le Vieux Tshisekedi serait l’éternel leader de l’opposition congolaise bien qu’on on ne voit pas comment Jean Pierre bemba se maintiendrait à ce poste de tout nouveau chef de l’opposition congolaise sans affronter Tshisekedi et l’opposition qui refuse de reconnaître en lui un quelconque leadership si ce n’est celui qu’il s’est lui-même confectionné.

Tshisekedi se tait, un silence à double tranchant bien qu’il a une valeur pédagogique face à une population qui ressemble à un adolescent à l’âge de puberté, mais cela ne signifie nullement qu’il faille enterrer l’homme. Il n’a pas encore dit son dernier mot. Et si le peuple, après s’être rendu compte que les uns ont tiré profit de sa naïveté, se mettait à répondre comme par le passé à l’appel de Tshisekedi, il faut s’en attendre sûrement, gare à ceux qui vendent la peau de l’ours avant de l’avoir tué,  la curiosité pousse à connaître l’attitude que prendra Jean Pierre bemba et sa fameuse opposition ? Reconnaîtrait-il ce leadership « naturel » de Tshisekedi, ce qui est loin d’être acquis,  ou s’y opposerait-t-il. C’est un front qui ne dit pas sin nom. Ne réduisons pas le combat de Tshisekedi à la compréhension des autres et à la tolérance quand on sait que ceux qui le lui demandent n’ont jamais su jouer  au fair-play.  Pendant ce temps, c’est « Kabila » qui, comme hier Mobutu, se mettrait au dessus de la mêlée alors que la mission de Jean Pierre Bemba aurait été celle de s’opposer et de combattre Kabila. « The greatest enemy will hide in the last place you would ever look », Jules Cesar 75 B.C. 

On apprend comme tout le monde que celui que la presse congolaise a surnommé « chairman » aurait posé sa candidature pour être désigné « sénateur ». La question qui vient vite à l’esprit est celle de savoir si Jean Pierre Bemba avait besoin d’une immunité sénatoriale pour se protéger éventuellement contre le régime de « Kabila » alors que ce monsieur, d’après le score électoral  qui lui est attribué, a réalisé « près de 42% des suffrages » ? La seule immunité qui est reconnue à Tshisekedi est sa légitimité populaire. Le soutien du peuple congolais à son endroit qui la lui confie. Elle est loin d’être celle que Jean Pierre Bemba chercherait à obtenir par sa participation sénatoriale aux institutions « gouvernées » par Kabila que l’homme dit ne pas reconnaître. Les uns nous disent que c’est Kabila qui est et doit être l’adversaire, mais les mêmes ne se prononcent pas sur la manière unilatérale de Jean Pierre Bemba de s’autoproclamer chef de file de l’Opposition jusqu’à preuve du contraire est multiple. Le discours est à clarifier.

L’« l’intérêt supérieur  de la nation » est de voir Kabila être déboulonné, de ne pas trôner  à la tête du pays. Le pire pour le Congo et les Congolais, ce n’est ni la violence, ni le chaos, non plus la mort, le peuple meurt chaque jour,  mais c’est de ressentir et de vivre dans la frustration, la honte d’une mascarade électorale et de Kabila, président de la République.

Mufoncol Tshiyoyo

Au nom de tous les « cancrelats » décidés à plaider leur cause « au tribunal des poules », TOUS LES COUPS SONT PERMIS CONTRE “KABILA”… !

Maintenant que Jean Pierre Bemba a dévoilé son jeu, que l’homme s’est rendu à Canossa, que devrions nous dire à nos morts, à Bapuwa, qui s’est offert plume à la main pour le triomphe d’une vérité à laquelle il a cru, à Bosange Yema, un autre journaliste fauché par le « kabilisme », que devrions nous raconter aussi aux soldats du MLC dont les familles et enfants ont été brûlés vifs en pleine journée à Kinshasa, que dire à tous ceux qui ont cru en Jean Pierre Bemba, à tous ces cancrelats au nom de qui nous nous faisons le porte parole « au tribunal des poules » ?  

Jean Pierre Bemba parle de faire de l’ « opposition républicaine » à cet homme nommé Kabila. Laquelle fut reprochée à Tshisekedi  face à un pouvoir arbitraire. La démocratie est de loin d’être une valeur comprise et partagée par le clan Kabila et ses parrains qui l’ont imposé aux congolais au mépris de tous principes démocratiques. Ce qui apparaît comme la démission de Jean Pierre Bemba sonne à l’oreille comme une conspiration, une lâcheté, une honte pour un peuple qui se complait dans la souffrance. Oui, nous avons honte d’être congolais. « Shame on you » !

Mais pourquoi seulement nous, les Congolais, qui devrions tout accepter, tout tolérer et  patienter pendant que les autres vivent et écrivent leur histoire à laquelle ils nous associent à peine. Qui parlera au nom de tous les Congolais? Qui sauvera le Congo de la dérive Kabila ?  La lecture de la Bible « chrétienne » révèle une réalité que l’on ne dit toujours pas : le sang a valeur de libération. Il est vrai que nous ne pouvons pas nous comporter comme  Dieu, le père, mais il a ,selon cette lecture, décimé des générations par le déluge de Noé en signe de repentance pour avoir crée « l’homme pécheur ». Dieu a fait couler du sang. Il en est de même des villes comme Sodome et de Gomorrhe qu’il a détruites pour cause de péchés. C’est à Moïse, alors qu’il venait de tuer un égyptien, c’est-à-dire qu’il a versé du sang humain,  que Dieu a confié la mission noble de faire sortir les enfants d’Israël d’Egypte. Plus tard, le même Dieu engloutira bon nombre d’armées égyptiennes dans la mer rouge pour libérer les enfants d’Israël de leurs geôliers. C’est au prix du sang qu’il a construit et bâti le nouveau monde. Il a donné son fils unique Jésus Christ et l’a sacrifié pour que son sang rachète son peuple. Quelle est la valeur du sang pour un peuple prisonnier, « désabusé », aux abois ? Le peuple Congolais a tout essayé, il a patienté et dans sa patience, il a tout enduré. Les palestiniens, comme les juifs d’Israël se battent chacun pour ses droits et sa terre. Ils meurent comme meurent des vrais hommes qui écrivent leur histoire. L’Occident que tout le monde envie aujourd’hui, quand on voit des bateaux qui ne cessent d’accoster avec ces images qui rappellent toujours « ces nègres » affamés, a versé du sang et il n’a jamais hésité lorsqu’il est question de sa survie. Toute l’histoire de l’Occident tourne autour du sang : 1776, 1789, 1861, les différentes guerre  des religions, la colonisation, l’esclavagisme, les guerres de Napoléon, Léopold II au Congo, la première guerre mondiale, la deuxième guerre mondiale, la guerre du Golf 1 et 2, les exemples sont légions. Par contre, les congolais attendent que la manne leur tombe du ciel, que les autres aient pitié d’eux, qu’ils leur donnent l’autorisation de vivre alors que leur devoir est justement de se battre pour assurer ne fut ce que leur survie.  Le temps de mourir pour le Congo, pour la terre Congo a sonné. Il faudra savoir répondre à cette question, quelle nation, quel pays, nous allons léguer demain à notre progéniture,  après nous ?  A l’instar de Victor Hugo dans Les Châtiments, nous nous adressons aux Congolais en leur disant que: « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! Les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre »

Kabila au pouvoir au Congo est un casus belli. Les Congolais doivent apprendre à payer le prix, le vrai prix de leur libération. C’est  à ce prix- là seulement que nous mériterons de la patrie, de la considération et du respect des autres. Contrairement à ce que Chirac a toujours dit, nous affirmons que  « la démocratie n’est pas un luxe », mais elle apparaît comme un gros mensonge pour imposer aux « nègres » que sont les Congolais, des pions manipulables à dessein de la trempe d’un certain « Kabila ».  Mufoncol Tshiyoyo 

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“APRES MOI, LE DELUGE”, parole du Maréchal Mobutu

Beaucoup ont réagi contre la prophétie de Mobutu alléguant que celui qui aime son pays et son peuple, un peuple qui l’a pourtant servi, ne peut souhaiter un déluge après son règne. Les mêmes ont aussi dit que Mobutu se croyait « éternel » alors que ses propos mis en exergue démentent cette éternité lui attribuée.
Cette idée même ne l’aurait même pas effleuré sinon il n’aurait jamais prononcé ces termes que les mêmes langues lui attribuent : « Après moi, c’est le déluge ». S’il devait avoir un « après » lui, du fait qu’il le dit, ce que l’homme ne serait plus là. Et Mobutu en était bel et bien conscient.
Mobutu a régné au Congo Zaïre pendant plus de 32 ans de pouvoir en « maître incontesté ». Il y a de quoi dire que Mobutu serait mort en tant que « président de la république » aussi longtemps que sa fin a coïncidé avec sa maladie incurable.
L’homme connaissait son monde , plus particulièrement ses hommes. C’était bien lui qui a recruté la plupart d’entre eux. Ces gens se targuaient de son vivant du titre de « mobutistes ». Ils lui doivent presque tout. A l’instar d »Auguste face à Cinna dans l’oeuvre de Corneille portant le même titre, Mobutu pourrait leur dire :
« Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux ; Mais tu ferais pitié même à ceux qu’elle irrite, Si je t’abandonnais à ton peu de mérite. (…)
Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient…
Tu n’as crédit ni rang qu’autant qu’elle t’en donne, Et pour te faire choir je n’aurais aujourd’hui Qu’à retirer la main qui seule est ton appui » (Acte V, scène 1, vers 1520- 1522, 1527, 1530-1532).
A l’instar de « Lumumbistes », Dieu seul connait leur nombre, les mobutistes ont pris leurs jambes au cou à l’accession de Laurent Désiré Kabila au pouvoir. Ils ont tous pris le large en laissant la direction du pays à ceux que le feu Kabila père a appelé « un conglomérat d’aventuriers ».
Le comble de ridicule est que la plupart d’entre eux se plaisent aujourd’hui dans des rôles combien minables de simples collaborateurs. Certains sont mêmes devenus pro- Kagamé, leur tombeur, d’autres ont prêté maintes fortes à la création du RCD, plus tard du MLC et d’autres encore se retrouvent à la commande du PPRD, un mélange assez ahurissant du personnel politique congolais.
Ceux qui sont restés dans le M.P.R ont conservé sa dénomination mais en y ajoutant un nouveau qualificatif « fait privé ». Une facon pour eux de tourner le dos au Maréchal, mais tout en se revendiquant de lui. Que voulez-vous, comme dirait quelqu’un, c’est de la « congolité » à la mode.
L’impression qui s’en dégage est que personne ne veut assumer le bilan de Mobutu. En tout cas, ils ne sont pas nombreux. La « deuxième république » pour ses nombreux bénéficiaires est devenu un sujet de honte, un slogan fâcheux bien qu’il n’existe pas de différence entre ceux qui se disent « tombeurs » de Mobutu et le régime du défunt.
Honoré Ngbanda a écrit et publiés depuis plusieurs ouvrages. Une de ses publications portent même un titre révélateur, incroyable mais vrai de la part d’un ancien conseiller spécial du Maréchal. Il s’intitule « Pour qui sonne le glas » dans lequel Mobutu est présenté comme un « dictateur », une figure commerciale à la mode. Pauvre de vous « Maréchal », car ceux- là même que vous avez enrichi vous denient avant même que le troisième coq ne fut chanté. Le flot ne s’arrête pas là.
Dans le sillage du nouveau Kabila, le fils de l’autre, on retrouve un autre ancien « mobutiste », un jeune du FROJEMO (Front de la jeunesse mobutiste), qui fut en outre ancien directeur de cabinet du feu Moshobekwa à l’époque où ce dernier fut ministre de Kengo. Son nom est Vital Kamere, auteur d’un récent torchon dans lequel il fait l’apologie d’un certain Joseph Kabila.
A travers ses boniments, Kamere interdit aux parents et à la jeunesse congolaise de cesser de rêver sur l’importance des études dans la vie d’une nation. Il les déconseille vivement de ne point fournir d’efforts à l’école du fait qu’au Congo, n’importe qui pouvait accéder à n’importe quel poste et par n’importe quel moyen. Il dit aux congolais : « Je connais de grands hommes d’Etat à travers le monde qui ont été de très bons gestionnaires alors que ce n’était que de brillants autodidactes… Kabila ne fait pas l’apologie des diplômes ». Quelle race, mon dieu ! Mais où va ce pays, le Congo- Zaïre de nos aïeux?
En Roumanie, les proches de Nicolae Ceausescu ont conservé le pouvoir après l’avoir neutralisé. Au Congo, les « Kabilistes » ont tué Laurent-Désiré Kabila et conservé par la suite « leur » pouvoir. Il en est de même au Togo où les amis d’Eyadema ont casé son fils au pouvoir après la mort de ce derneir. Mais les mobutistes n’ont pas su négocier l’après Mobutu alors que Mobutu était mourant,  condamné par sa maladie. Ils ne sont nulle part aujourd’hui. Ils se plaisent à jouer aux éternels seconds. Quel gâchis lorsque l’on sait que le pays a investi beaucoup en eux. S’ils le voulaient et en étaient capables, ils mériteraient mieux que c’est à quoi ils sont reduits.
C’est le déluge auquel Mobutu faisait allusion dans ses propos, lui qui connaissait mieux que quiconque ses créatures. Le Congo de l’après lui est dirigé par un enfant que les mobutistes se plaisent à faire roi.
L’effervescence autour de la publication de la nouvelle constitution du fils de l’autre, constitution inaugurant ce que les uns appellent tout bonnement la troisième république interroge les fils du Congo. Le problème du Congo n’est pas ou n’a jamais été celui de l’absence des textes constitutionnels. Les congolais savent écrire et ce ne sont pas les competences qui manquent en la matière bien que les Belges se comportent toujours en maîtres dans ce pays considéré à jamais une manne pour eux.
La difficulté majeure au Congo est celui du respect ou de manque de culture des textes juridiques. La deuxième république fut le théâtre d’un désordre juridique. Ceux qui applaudissent le fils de l’autre dans sa trouvaille du 18 février 2006 sont les mêmes qui, au nom d’une certaine expertise et du « constitutionnalisme », ont écrit des textes pour renforcer le pouvoir de Mobutu. Les mêmes qui ont expédié Kabila père à la mort. Ils sont là toujours présents.
Au Congo, comme l’écrit le professeur Georges Nzongola, « les institutions et les lois représentent souvent la vitrine du multipartisme et de la démocratie, mais l’office est celui des malversations des dirigeants dont l’objectif réside dans le maintien au pouvoir ». Le fils de l’autre n’échappe pas à cette règle. Il a déjà comptabilisé 5 ans de trop à son actif. Eh bien, comme en politique, c’est la durée qui compte, nonobstant l’échec du résultat, les Congolais vont lui accorder 100 ans de pouvoir. On chantait et dansait sous Mobutu « 100 ans tomotombeli ».
Déjà, la teneur du discours du 18 février 2006, « finit le temps de partage équitable et équilibré de pouvoir », est révélatrice de l’esprit de cette troisième république souhaitée. Un discours qui s’attaque aux principes fondateurs du constitutionnalisme et de la démocratie.
En décembre 1993, Kabila disait à Mobutu qu’il était « impossible de sortir de la crise actuelle du sommet transmutée en crise de re-démocratisation, où le pays est sans constitution, sans gouvernement constitutionnel, sans parlement constitutif, sans corps judiciaire indépendant… ». Une fois au pouvoir, le même Kabila et sa fameuse AFDL dont le PPRD est l’un des rejetons, n’ont fourni aucun effort de démocratisation du système politique.
Justine Mpoyo Kasa-Vubu, ancienne ministre de la Fonction publique du régime de Kabila a tenu à l’époque des mots durs à l’endroit du père de l’autre : « La moindre compétence est bafouée, la moindre popularité est rabrouée (…), il ne respecte pas leur personnalité. Il a conquis un territoire et, donc, travailler avec lui implique une relation de maître à esclave. Il stoppe toute initiative, s’acharne à discréditer, pour affirmer son pouvoir ». Ne pourrait-on pas dire de la même manière de la procédure du remplacement du père par le fils ? Etait-elle constitutionnelle ? C’est pour dire que l’avènement d’une nouvelle constitution au Congo est loin d’être un début de solution à la crise qui secoue le pays. Après des élections que l’on voudrait  »démocratiques » au Congo, mais qui n’auront pas lieu, est égal avant les élections. Mobutu n’avait pas tort de dire: « Après moi, c’est le déluge », propos du maréchal Mobutu.

Mufoncol Tshiyoyo

interview de Mufoncol Tshiyoyo au journal Le Phare à Kinshasa

Dans une interview accordée à notre confrère kinois « Le Phare », Alphonse Tshiyoyo Mufoncol, ancien membre du Haut conseil de la République- Parlement de transition, sous la bannière de l’opposition radicale (courant : Nouvelle classe politique), jette un regard critique sur les sept années de pouvoir du régime de Kabila père et fils. Sans oublier le fonctionnement du gouvernement de transition en place depuis le 30 juin 2003. Notre journal reproduit, pour ses lecteurs, cette interview compte tenu de son contenu qui est d’une actualité brûlante.

Vous avez disparu de Kinshasa depuis 1998. Qu’est-ce que le peuple congolais peut retenir de vous aujourd’hui et à quand votre retour au pays?
Je suis parti de Kinshasa, non pas parce que j’ai voulu partir. J’y ai été forcé par ceux qui assument aujourd’hui devant l’histoire la responsabilité d’avoir fait entrer des loups dans la bergerie. On les appelle souvent « les kabilistes ». Il faudra comptabiliser dans ce lot tous les « Afdéliens ».

Tout commence en effet après la publication de mon pamphlet : « Arrêtez Kabila aujourd’hui, demain il sera tard », pamphlet que notre cher aîné, ami et combattant de la liberté, le feu Bosange Yema, a publié dans son journal « L’ALARME ». Ici, je voudrais m’arrêter pour rendre hommage au défunt. Mes pensées vont particulièrement à sa famille et à la rédaction du journal L’ALARME.

Comme tout le monde le sait, Bosange Yema fut arrêté, jugé, condamné et jeté comme un malotru à la prison de Makala pour atteinte à la sécurité de l’Etat. Un État que ces mêmes kabilistes finiront par vendre aux enchères « aux amis de 30ans ». Après avoir passé une année en prison, Bosange nous rejoindra en exil à Brazzaville où il rendra l’âme. Il laisse femme et enfants à la fleur de l’âge qui avaient encore grandement besoin de leur père et mari. Bosange manque à cette société, comme il manque et va manquer à notre combat commun. Sa mort est une plaie qui ne se refermera pas de si tôt. Nous pleurons et pleurerons toujours un combattant, un journaliste, un ami et un grand frère. Que Dieu ait son âme.

Dans ce pamphlet, je me rappelle avoir écrit que les Rwandais ne quitteront jamais le Congo sans qu’il n’ait emporté avec eux celui ou ceux qu’ils ont imposé aux Congolais. Et aujourd’hui, je constate que l’histoire a fini par nous donner raison. Il est certes vrai que nul ne peut se réjouir de la mort d’un être humain, qu’il soit celle d’un adversaire politique ou celle d’un ennemi qu’il aurait lui-même étranglé de ses propres mains. La mort d’un être humain a toujours été un lieu de questionnement et une grande perte. Mais cela ne m’empêche pas de constater que Kabila Laurent est mort emporté par ceux- là même qui l’ont hissé au pouvoir à Kinshasa. Mais on nous répondra par contre, mais pourquoi les Rwandais sont toujours là au Congo alors que Kabila n’y est plus. Il ne faut pas vite oublier que Kabila Laurent n’a pas été le seul à bénéficier de leur «magnanimité ». Les rwandais resteront au Congo aussi longtemps que les Kabilistes et ses nouveaux rejetons auxquels ils ont donnés naissance demeureront au pouvoir. La raison est simple. Pour les rwandais, les Kabilistes leur doivent tout : le pouvoir, leur arrogance qu’ils affichent et cet amateurisme qui caractérise leur gestion enfantine de la chose publique. Il y a aussi ce manque criant de leadership au niveau national. Le Congo apparaît aujourd’hui comme une monarchie où trônent les bêtes à Dieu.Notre départ du pays ne signifie pas que nous avons cessé notre combat politique. Loin de là, l’ordre actuel étant un désordre, et en l’absence d’une visibilité certaine, nous nous interdisons de baisser les bras. Nous allons rentrer au pays quand nous le voudrons. Nous sommes congolais et nul ne peut mettre en doute notre « congolité » que nous refusons d’élever au rang d’un nouveau nationalisme, bien que cette terre soit celle de nos ancêtres.

2. Quelle lecture faites-vous de la situation de guerre qui prévaut actuellement à l’Est de la RDC et quelle solution préconisez-vous pour solutionner ce problème?
En l’absence d’une victoire militaire d’un camp sur un autre, tout en sachant que la donne politique sur le terrain au Congo étant militaire, je doute fort que le Congo puisse un jour connaître une paix durable. L’espace 1+ 4 est malheureusement là comme un miroir qui nous renvoie l’image d’un Congo en état permanent de guerre. Ceux qui siègent au sein de cet espace, soit comme président, soit comme vice-présidents, ils sont désignés à ces postes comme des représentants d’une réalité militaire que personne n’est à mesure d’enrayer jusque là.Ils resteront rebelles aussi longtemps qu’ils ne seront pas désarmés, aussi longtemps qu’ils conserveront chacun sa capacité de reprise de guerre, qu’il s’agisse du M.L.C., du R.C.D. ou encore du P.P.R.D., aile rescapée de la défunte A.F.D.L. Mais en vertu de quoi allez-vous demander à ceux qui pensent qu’ils n’ont pas été militairement défaits d’accepter de se soumettre à une autorité qui est loin de faire l’unanimité, et même si cette autorité existait, qu’ils ne sont pas prêts à reconnaître parce qu’elle n’est pas le fruit d’une conquête militaire à même de faire taire leurs prétentions. Il ne faudra pas se voiler la face. Seule une victoire militaire est capable d’imposer aux adversaires une pilule qu’ils refuseraient d’avaler. Beaucoup le nieront, mais nous nous entêterons d’y croire.En l’absence d’une victoire militaire, les politiques congolais, du moins ceux qui veulent conserver le pouvoir et diriger le pays, devraient négocier et imposer une victoire politique que les accords de Sun City sont loin d’accorder. Ces accords sont muets. Ils ne disent pas clairement qui est qui et fait quoi au Congo. Ces accords n’arrivent pas à imposer une vue d’une majorité déclarée à une minorité qu’ils ne savent pas non plus isoler. Son seul mérite est d’avoir officialisé la multitude des forces politiques et militaires qui opèrent au Congo. Mais cette reconnaissance ne permet pas de dégager un leadership politique. Et en l’absence d’un leadership défini, le jeu politique congolais est condamné à l’immobilisme.Le jeu politique ressemble à un certain moment à un tournoi de football. Il a besoin d’une victoire pour départager deux ou plusieurs adversaires. Et en l’absence d’une telle victoire, le leadership est loin d’être acquis.

C’est la voie ouverte à l’incertitude, à la contestation et aux affirmations de puissance auxquelles on assiste ce dernier temps. Joseph Kabila, le « fils » de l’autre Kabila ne gouverne pas le Congo. Ce n’est pas l’épisode de major Kasongo qui le démentira : Le Congo n’est pas gouverné.

Le refus des uns et des autres de bâtir une armée unique et nationale démontre aussi le manque de sérieux des accords de Sun City et la faiblesse d’un « pouvoir » que personne ne respecte, même pas les signataires desdits accords. Tout est dans ce cas possible.

3.Quelle image les Occidentaux ont-ils de la nouvelle classe dirigeante qui est au Pouvoir en RDC depuis le 30 juin 2004?
Je ne pense pas qu’il y ait une classe politique au pouvoir au Congo depuis le 30 juin 2003. Louis Michel, à l’époque ministre des affaires étrangères et parrain du pouvoir actuel au Congo, fut le premier à dénoncer ce qui est depuis un secret de Polichinelle. Ce ne sont pas non plus les récentes déclarations de l’actuel ministre belge des affaires étrangères qui le démentiront. Il y a un manque criant de leadership politique au niveau national. Personne ne se démarque, ni ne sait prendre de l’initiative, sauf dans le cas où ils sont poussés par et de l’extérieur comme des pions manipulés.

Il y a trop de coqs dans le poulailler. Il n’y a pas de place dans un poulailler pour plusieurs coqs. La théorie du fonctionnement d’un poulailler exclut un leadership collectif. Et si les coqs ne savent pas se neutraliser, il faut que quelqu’un les neutralise. Le Congo, qu’on ne se leurre point, n’est pas à l’état actuel une démocratie pour que les règles d’une vraie démocratie y soient appliquées. C’est pourquoi je pense en ce qui me concerne que ceux qui incarnent une conception nouvelle de la chose publique arrachent le pouvoir politique par tous les moyens et impose cette conception nouvelle à tout le monde pour le seul l’intérêt du peuple congolais.

La classe politique actuelle est une création rwando –ougandaise. Le PPRD est une aile rescapée de l’A.F.D.L. Tandis que le R.C.D en est une autre. Les deux ailes forment ce qu’on appelle l’A.F.D.L., un « conglomérat d’aventureux », une création rwando- ougandaise. Le M.L.C. est une autre création ougandaise. Il est dans ce cas bien difficile de parler d’une classe politique congolaise qui gouverne le pays depuis le 30 juin 2003. Il faudra ajouter aussi que ce qu’on appelle chez nous « l’opposition politique » qui est un prolongement des liens que ses alliés politiques internes, à savoir le M.L.C., le R.C.D et le P.P.R.D ont avec le Rwanda et l’Ouganda. C’est révoltant, mais c’est une réalité bien Congolaise car personne ne s’en offusque.

Le Congo a besoin plus que jamais aujourd’hui d’un leadership nouveau, d’un leader « vertébré », aurait dit Monseigneur Monsengwo Pasignya pour incarner sa renaissance. Cette espèce- là est rare de nos jours.

4. L’actualité politique en RDC reste dominée par la suspension de six ministres, dont Joseph Olenghankoy et Diomi Ndongala parce que cités dans un rapport du Parlement pour détournement des deniers publics. Quel est votre avis par rapport à ce dossier?
Je connais assez bien Bakandeja dont les qualités intellectuelles et morales ne peuvent être mises en doute. Je me rappelle bien l’épisode de la Nouvelle Classe Politique, N.C.P. Je peux aussi dire que je connais un peu Joseph Olenghankoy. Je doute fort que Olenghankoy ait si vite changé, lui qui a combattu avec acharnement le régime de Mobutu. Il aurait pu déjà à cette époque se faire largement corrompre. Mais il ne l’a pas été. Pourtant les occasions n’ont jamais manqué. Les malversations financières qui sont mises à sa charge ne me convainquent pas assez pour croire à la culpabilité d’un jeune homme qui a sacrifie une bonne partie de sa jeunesse dans un combat où il avait tout à perdre. N’ayant pas accès au rapport de la commission Bakandeja pour que je fasse ma religion, je demande comme tout le monde que la lumière soit faite sur ce dossier pour que cela n’apparaisse pas comme un règlement de compte en face d’un adversaire éventuel. Qui sait ?

5. Croyez-vous à l’organisation des élections dans six mois en RDC avec tout ce qu’il y a comme écueils sur terrain?
Nous avons été habitués à ce genre de slogan sous le défunt régime mobutiste. Peu prennent les armes de nos jours et se convertissent en démocrates. Il n’existe pas une volonté politique réelle de la part d’un pouvoir très affaibli à qui on demande en plus d’amener le peuple congolais aux élections dans six mois, on dit bien six mois et six mois, c’est déjà demain.

On ne peut pas aller aux élections lorsque le M.L.C, le R.C.D. et le P.P.R.D. ne sont pas prêts à lâcher le contrôle des régions sous leur administration.

On ne peut pas aller aux élections lorsque le M.L.C., le R.C.D et le P.P.R.D. conservent intactes leurs forces militaires respectives et traînent le pied lorsqu’il est question de former une armée nationale.

On ne peut pas aller aux élections lorsque l’autorité censée amener le peuple congolais aux élections s’affronte sur le terrain militaire. Nous avons du mal à croire que ceux qui continuent à se battre sur le terrain et qui conservent intactes leurs forces militaires respectives soient à mesure d’organiser une élection pacifique et libre au Congo.

En conservant leurs forces, le MLC, le RCD et le PPRD affirment n’être pas prêts à accepter le verdict des urnes. Il circule au Congo de nos jours un nombre impressionnant d’armes et des minutions de guerre que personne n’est aujourd’hui à mesure de dire avec certitude leur nombre et leur quantité. Il y a de quoi se demander quel est ce candidat qui s’exposera quand il sait que son groupe ou son parti ne contrôle pas militairement la circonscription électorale où il sera appelé à se présenter. Il est difficile de savoir qui va tirer le premier et le mettra sur le dos de l’autre. Les élections dans six mois au Congo sont une chimère.

Cette nouvelle guerre à l’est, avec la complicité de Kagame, me semble être un prétexte pour arracher au peuple congolais une énième transition.

In le quotidien Le Phare

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Alphonse S.Tshiyoyo Mufoncol