“APRES MOI, LE DELUGE”, parole du Maréchal Mobutu

Beaucoup ont réagi contre la prophétie de Mobutu alléguant que celui qui aime son pays et son peuple, un peuple qui l’a pourtant servi, ne peut souhaiter un déluge après son règne. Les mêmes ont aussi dit que Mobutu se croyait « éternel » alors que ses propos mis en exergue démentent cette éternité lui attribuée.
Cette idée même ne l’aurait même pas effleuré sinon il n’aurait jamais prononcé ces termes que les mêmes langues lui attribuent : « Après moi, c’est le déluge ». S’il devait avoir un « après » lui, du fait qu’il le dit, ce que l’homme ne serait plus là. Et Mobutu en était bel et bien conscient.
Mobutu a régné au Congo Zaïre pendant plus de 32 ans de pouvoir en « maître incontesté ». Il y a de quoi dire que Mobutu serait mort en tant que « président de la république » aussi longtemps que sa fin a coïncidé avec sa maladie incurable.
L’homme connaissait son monde , plus particulièrement ses hommes. C’était bien lui qui a recruté la plupart d’entre eux. Ces gens se targuaient de son vivant du titre de « mobutistes ». Ils lui doivent presque tout. A l’instar d »Auguste face à Cinna dans l’oeuvre de Corneille portant le même titre, Mobutu pourrait leur dire :
« Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux ; Mais tu ferais pitié même à ceux qu’elle irrite, Si je t’abandonnais à ton peu de mérite. (…)
Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient…
Tu n’as crédit ni rang qu’autant qu’elle t’en donne, Et pour te faire choir je n’aurais aujourd’hui Qu’à retirer la main qui seule est ton appui » (Acte V, scène 1, vers 1520- 1522, 1527, 1530-1532).
A l’instar de « Lumumbistes », Dieu seul connait leur nombre, les mobutistes ont pris leurs jambes au cou à l’accession de Laurent Désiré Kabila au pouvoir. Ils ont tous pris le large en laissant la direction du pays à ceux que le feu Kabila père a appelé « un conglomérat d’aventuriers ».
Le comble de ridicule est que la plupart d’entre eux se plaisent aujourd’hui dans des rôles combien minables de simples collaborateurs. Certains sont mêmes devenus pro- Kagamé, leur tombeur, d’autres ont prêté maintes fortes à la création du RCD, plus tard du MLC et d’autres encore se retrouvent à la commande du PPRD, un mélange assez ahurissant du personnel politique congolais.
Ceux qui sont restés dans le M.P.R ont conservé sa dénomination mais en y ajoutant un nouveau qualificatif « fait privé ». Une facon pour eux de tourner le dos au Maréchal, mais tout en se revendiquant de lui. Que voulez-vous, comme dirait quelqu’un, c’est de la « congolité » à la mode.
L’impression qui s’en dégage est que personne ne veut assumer le bilan de Mobutu. En tout cas, ils ne sont pas nombreux. La « deuxième république » pour ses nombreux bénéficiaires est devenu un sujet de honte, un slogan fâcheux bien qu’il n’existe pas de différence entre ceux qui se disent « tombeurs » de Mobutu et le régime du défunt.
Honoré Ngbanda a écrit et publiés depuis plusieurs ouvrages. Une de ses publications portent même un titre révélateur, incroyable mais vrai de la part d’un ancien conseiller spécial du Maréchal. Il s’intitule « Pour qui sonne le glas » dans lequel Mobutu est présenté comme un « dictateur », une figure commerciale à la mode. Pauvre de vous « Maréchal », car ceux- là même que vous avez enrichi vous denient avant même que le troisième coq ne fut chanté. Le flot ne s’arrête pas là.
Dans le sillage du nouveau Kabila, le fils de l’autre, on retrouve un autre ancien « mobutiste », un jeune du FROJEMO (Front de la jeunesse mobutiste), qui fut en outre ancien directeur de cabinet du feu Moshobekwa à l’époque où ce dernier fut ministre de Kengo. Son nom est Vital Kamere, auteur d’un récent torchon dans lequel il fait l’apologie d’un certain Joseph Kabila.
A travers ses boniments, Kamere interdit aux parents et à la jeunesse congolaise de cesser de rêver sur l’importance des études dans la vie d’une nation. Il les déconseille vivement de ne point fournir d’efforts à l’école du fait qu’au Congo, n’importe qui pouvait accéder à n’importe quel poste et par n’importe quel moyen. Il dit aux congolais : « Je connais de grands hommes d’Etat à travers le monde qui ont été de très bons gestionnaires alors que ce n’était que de brillants autodidactes… Kabila ne fait pas l’apologie des diplômes ». Quelle race, mon dieu ! Mais où va ce pays, le Congo- Zaïre de nos aïeux?
En Roumanie, les proches de Nicolae Ceausescu ont conservé le pouvoir après l’avoir neutralisé. Au Congo, les « Kabilistes » ont tué Laurent-Désiré Kabila et conservé par la suite « leur » pouvoir. Il en est de même au Togo où les amis d’Eyadema ont casé son fils au pouvoir après la mort de ce derneir. Mais les mobutistes n’ont pas su négocier l’après Mobutu alors que Mobutu était mourant,  condamné par sa maladie. Ils ne sont nulle part aujourd’hui. Ils se plaisent à jouer aux éternels seconds. Quel gâchis lorsque l’on sait que le pays a investi beaucoup en eux. S’ils le voulaient et en étaient capables, ils mériteraient mieux que c’est à quoi ils sont reduits.
C’est le déluge auquel Mobutu faisait allusion dans ses propos, lui qui connaissait mieux que quiconque ses créatures. Le Congo de l’après lui est dirigé par un enfant que les mobutistes se plaisent à faire roi.
L’effervescence autour de la publication de la nouvelle constitution du fils de l’autre, constitution inaugurant ce que les uns appellent tout bonnement la troisième république interroge les fils du Congo. Le problème du Congo n’est pas ou n’a jamais été celui de l’absence des textes constitutionnels. Les congolais savent écrire et ce ne sont pas les competences qui manquent en la matière bien que les Belges se comportent toujours en maîtres dans ce pays considéré à jamais une manne pour eux.
La difficulté majeure au Congo est celui du respect ou de manque de culture des textes juridiques. La deuxième république fut le théâtre d’un désordre juridique. Ceux qui applaudissent le fils de l’autre dans sa trouvaille du 18 février 2006 sont les mêmes qui, au nom d’une certaine expertise et du « constitutionnalisme », ont écrit des textes pour renforcer le pouvoir de Mobutu. Les mêmes qui ont expédié Kabila père à la mort. Ils sont là toujours présents.
Au Congo, comme l’écrit le professeur Georges Nzongola, « les institutions et les lois représentent souvent la vitrine du multipartisme et de la démocratie, mais l’office est celui des malversations des dirigeants dont l’objectif réside dans le maintien au pouvoir ». Le fils de l’autre n’échappe pas à cette règle. Il a déjà comptabilisé 5 ans de trop à son actif. Eh bien, comme en politique, c’est la durée qui compte, nonobstant l’échec du résultat, les Congolais vont lui accorder 100 ans de pouvoir. On chantait et dansait sous Mobutu « 100 ans tomotombeli ».
Déjà, la teneur du discours du 18 février 2006, « finit le temps de partage équitable et équilibré de pouvoir », est révélatrice de l’esprit de cette troisième république souhaitée. Un discours qui s’attaque aux principes fondateurs du constitutionnalisme et de la démocratie.
En décembre 1993, Kabila disait à Mobutu qu’il était « impossible de sortir de la crise actuelle du sommet transmutée en crise de re-démocratisation, où le pays est sans constitution, sans gouvernement constitutionnel, sans parlement constitutif, sans corps judiciaire indépendant… ». Une fois au pouvoir, le même Kabila et sa fameuse AFDL dont le PPRD est l’un des rejetons, n’ont fourni aucun effort de démocratisation du système politique.
Justine Mpoyo Kasa-Vubu, ancienne ministre de la Fonction publique du régime de Kabila a tenu à l’époque des mots durs à l’endroit du père de l’autre : « La moindre compétence est bafouée, la moindre popularité est rabrouée (…), il ne respecte pas leur personnalité. Il a conquis un territoire et, donc, travailler avec lui implique une relation de maître à esclave. Il stoppe toute initiative, s’acharne à discréditer, pour affirmer son pouvoir ». Ne pourrait-on pas dire de la même manière de la procédure du remplacement du père par le fils ? Etait-elle constitutionnelle ? C’est pour dire que l’avènement d’une nouvelle constitution au Congo est loin d’être un début de solution à la crise qui secoue le pays. Après des élections que l’on voudrait  »démocratiques » au Congo, mais qui n’auront pas lieu, est égal avant les élections. Mobutu n’avait pas tort de dire: « Après moi, c’est le déluge », propos du maréchal Mobutu.

Mufoncol Tshiyoyo